OPIUM

OPIUM d’après Baudelaire, mise en scène Ezéquiel Garcia-Romeu
avec Redjep Mitrovitsa et Ezéquiel Garcia-Romeu. 

Opium ouvre les Rencontres Ici et Là qui se promènent dans la ville d’Aubervilliers jusqu’au 10 octobre. Au programme quatre autres spectacles, dont le très bel Obludarium des frères Forman évoqué dans ce blog, présenté sous chapiteau du 4 au 7 octobre, parmi d’autres spectacles insolites et des ateliers proposés au public local.
Redjep Mitrovitsa qu’on n’avait pas vu depuis bien longtemps sur un plateau, incarne un Baudelaire mettant en garde ses lecteurs contre les paradis artificiels avec une belle sensibilité. Il dialogue avec les minuscules et poétiques marionnettes d’Ezéquiel Garcia-Romeu qui émergent d’un imposant dispositif, énorme table de billard sur laquelle se referme un couvercle qui descend des cintres à la fin du spectacle. On peut regretter que le verbe inspiré des Confessions d’un fumeur d’Opium de Thomas de Quincey,  bien mâché par ce magnifique comédien, se cache derrière une sonorisation inutile. C’est une pénible manie de la majorité des metteurs en scène de nos jours, qui dans la plus petite salle avec la meilleure acoustique, ne peuvent se dispenser d’une sonorisation qui désincarne le texte.

Edith Rappoport

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 29 octobre 


Archive pour 2 octobre, 2010

Le Radeau de la Méduse

Le Radeau de la Méduse ou le théâtre d’une peinture

    gericaultfr3d.jpgIl est toujours plaisant d’observer les résonances entre les différentes pratiques artistiques. À cet égard, le théâtre et la peinture paraissent en particulier intimement liés. Les deux superbes monographies qui viennent de paraître chez Phaïdon sur Géricault et Constable en attestent. De fait, les tableaux des grands maîtres, passionnant certains metteurs en scène, ont su offrir le décor, parfois même le sujet, de pièces de théâtre ou d’opéra. Et dans ce cadre, Le Radeau de la Méduse, avec son « écho métaphysique », parce qu’il est « une peinture d’histoire inspirée qui d’un événement contemporain qui associe le circonstanciel et l’intemporel, le particulier et l’universel », est très vite entré au rang des mythes de la culture visuelle moderne. Au sujet de ce chef-d’œuvre du peintre romantique, auquel pas moins de deux chapitres sont consacrés, Nina Athanassoglou-Kallmyer écrit d’ailleurs : « En avril 1839, le théâtre de l’Ambigu-Comique à Paris donnait la pièce de Charles Desnoyer et Adolphe d’Ennery « Le Naufrage de la Méduse » dans un décor de Philastre et Cambon d’après le tableau de Géricault (…) Des poèmes et d’autres pièces sur le naufrage tel que l’avait dépeint Géricault apparurent durant toute la monarchie et le second Empire ».
Et ce, sans cesse jusqu’aujourd’hui, pourrait-on ajouter. Entre autres exemples, citons l’auteur dramatique allemand Georg Kaiser qui compose Le Radeau de la Méduse au début des années 1940. Ou le metteur en scène polonais Tadeusz Kantor qui, dans son recueil de textes Le Théâtre de la mort, parle du Radeau de la Méduse dans le cadre d’un « happening marin ». Pour sa part, Roger Planchon mettait en scène en 1995 le Radeau de la Méduse au TNP de Villeurbanne. Et actuellement, au théâtre de la Bastille, le tableau de Géricault figure dans le décor du Tartuffe d’après Tartuffe de Gwenaël Morin. La liste est longue ! Il faut savoir gré à cette passionnante monographie de plonger au cœur de cette figure tourmentée du romantisme qui inspira de si nombreux artistes et fascina tant le public. Elle brosse le portrait non seulement d’un esthète ambitieux, exalté, en quête d’absolu et animé d’un feu ardent, mais aussi d’un homme ancré dans son époque et résolument engagé pour les causes qui lui semblaient chères.
Nina Athanassoglou-Kallmyer dresse fort à propos des ponts avec la littérature, l’histoire, les grands mouvements esthétiques et idéologiques en vigueur en France et en Europe. Avant de conclure à juste titre : « La figure de Géricault et son extraordinaire production artistique connurent un destin autonome. Devenus des symboles polyvalents, malléables à l’infini, ils servirent les causes les plus diverses, tant personnelles qu’artistiques et publiques ».

constablefr3d.jpgLa monographie consacrée à Constable rend elle aussi tout son prestige à l’artiste anglais du XIXe siècle qui initia la peinture en plein air bien avant les impressionnistes. C’est grâce à lui, le peintre de la campagne et de ses ouvriers agricoles au travail, que la peinture de paysage a pu sortir de son rang d’art mineur, bien loin derrière la peinture historique, le portrait et les scènes d’intérieur. Comme l’écrit Jonathan Clarkson : « « La Charrette de foin » ne montre pas seulement l’apparence du monde mais témoigne d’une compréhension des processus naturels et d’une vision de la société humaine ». Une perspective sociétale qui rapproche ses œuvres des enjeux de l’art théâtral. Et ainsi, les paysages classiques deviennent plus que des paysages : les tableaux de Constable, sous-tendus par des lignes directrices, avec leurs nombreux plans dignes d’une scénographie, transforment la peinture en une scène de théâtre où se dérouleraient les différentes actions d’une même intrigue. Enfin, on notera que Constable a influencé de nombreux artistes contemporains, comme Frank Auerbach et Lucian Freud…

L’automne est la rentrée de tous les rendez-vous artistiques !

Barbara Petit

Théodore Géricault, par Nina Athanassoglou-Kallmyer, éditions Phaïdon, 234 pages, 59,95 euros.

John Constable, par Jonathan Clarkson, éditions Phaïdon, 224 pages, 59,95 euros.

Onomabis repetito

Onomabis repetito, texte et mise en scène de Régis Hébette.

Bis : la compagnie Public chéri avait créé en 2008 Ex onomachina, ce qui signifie, en gréco-latin : « sorti de la machine à nommer », ou « du nom machine », ou « de la machine nom ». Et si l’on ôte un N, cela devient « Ex Onomachia », c’est à dire « du combat des noms ».
Là est la question, creusée, agitée, retournée, pressée comme un citron dont chaque goutte viendrait vous piquer au vif… Être ou ne pas être dit, dédit, et dédié. Le texte joue à l’infini sur les mots, et ce sommet du « -yau d’poêle » (comment vas-tu…), en vidant les mots de leur sens les remplit de potentialités inattendues et d’une incroyable richesse. C’est le triomphe du n’importe quoi, de la coquille, du lapsus, des accidents de langage dont se régalent les « bêtisiers » de la télé et du net ? Oui, et c’est le triomphe du vivant : chaque particule tombée d’un langage foudroyé grouille de sens, et si elle se brise à son tour, ce sera pour produire encore des étincelles de langage.
L’expérience n’a rien d’abstrait ni, encore moins, de rébarbatif – essayons la méthode : de « vraie barbe à tifs », de « rhubarbe hâtif », « d’air et barre bâtie… »- . Elle est portée par quatre compères dont une commère qui ont de la bouteille – le spectacle précédent -, et une présence hyperprécise, heu : une précision hyperprésente. Bande inénarrable de clowns minimalistes, capables d’irrésistibles regards, clin d’œil(s) et même clins de genoux, oui, oui, autant que d’effets hénaurmes, quand ils ont décidé de surchauffer la machine.
L’écriture de Régis Hébette ne ressemble à aucune autre, sinon à celles qui célèbrent la langue sens dessus dessous, Rabelais, Devos, Queneau, Novarina, plus une brochette d’Oulipiens qui franchiraient allégrement leurs propres règles, sans oublier Francis Blanche et Pierre Dac. Et ça joue. Entre eux, avec nous, entre les lignes : on rit, on se sent à la fois très intelligent et idiot, avec bonheur, on aime bien que les acteurs ne se refusent aucun plaisir, même potache, potiche et lieux communs. On est contaminé, comme vous pouvez voir.

Christine Friedel

Avec Pascal Bernier, Fabrice Clément, Sylvain Dumont, Madija Ghomari.

L’échangeur, à Bagnolet – 01 43 62 71 20 – jusqu’au 9 octobre

onomabisrepetitobaf561.jpg

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