Onomabis repetito
Onomabis repetito, texte et mise en scène de Régis Hébette.
Bis : la compagnie Public chéri avait créé en 2008 Ex onomachina, ce qui signifie, en gréco-latin : « sorti de la machine à nommer », ou « du nom machine », ou « de la machine nom ». Et si l’on ôte un N, cela devient « Ex Onomachia », c’est à dire « du combat des noms ».
Là est la question, creusée, agitée, retournée, pressée comme un citron dont chaque goutte viendrait vous piquer au vif… Être ou ne pas être dit, dédit, et dédié. Le texte joue à l’infini sur les mots, et ce sommet du « -yau d’poêle » (comment vas-tu…), en vidant les mots de leur sens les remplit de potentialités inattendues et d’une incroyable richesse. C’est le triomphe du n’importe quoi, de la coquille, du lapsus, des accidents de langage dont se régalent les « bêtisiers » de la télé et du net ? Oui, et c’est le triomphe du vivant : chaque particule tombée d’un langage foudroyé grouille de sens, et si elle se brise à son tour, ce sera pour produire encore des étincelles de langage.
L’expérience n’a rien d’abstrait ni, encore moins, de rébarbatif – essayons la méthode : de « vraie barbe à tifs », de « rhubarbe hâtif », « d’air et barre bâtie… »- . Elle est portée par quatre compères dont une commère qui ont de la bouteille – le spectacle précédent -, et une présence hyperprécise, heu : une précision hyperprésente. Bande inénarrable de clowns minimalistes, capables d’irrésistibles regards, clin d’œil(s) et même clins de genoux, oui, oui, autant que d’effets hénaurmes, quand ils ont décidé de surchauffer la machine.
L’écriture de Régis Hébette ne ressemble à aucune autre, sinon à celles qui célèbrent la langue sens dessus dessous, Rabelais, Devos, Queneau, Novarina, plus une brochette d’Oulipiens qui franchiraient allégrement leurs propres règles, sans oublier Francis Blanche et Pierre Dac. Et ça joue. Entre eux, avec nous, entre les lignes : on rit, on se sent à la fois très intelligent et idiot, avec bonheur, on aime bien que les acteurs ne se refusent aucun plaisir, même potache, potiche et lieux communs. On est contaminé, comme vous pouvez voir.
Christine Friedel
Avec Pascal Bernier, Fabrice Clément, Sylvain Dumont, Madija Ghomari.
L’échangeur, à Bagnolet – 01 43 62 71 20 – jusqu’au 9 octobre

