nouvelle direction au Théâtre français au Centre national des Arts, Ottawa

Wajdi Mouawad présente son successeur: Brigitte Haentjens, la nouvelle directrice désignée du Théâtre français au Centre national des Arts. 

Conférence de Presse, présidée par Rosemary Thompson.

 

dsc00492.jpgLors d’une conférence de presse, mercredi après midi, le Centre national des arts nous a présenté la nouvelle directrice artistique « désignée » du théâtre français de l’établissement. Voici la première fois qu’une femme occupe ce poste (au Théâtre français) parce que Marti Maraden a déjà remplis le rôle du côté du théâtre anglais, depuis sa création en 1969.

En septembre 2011, Mme Haentjens assumera le poste de directrice artistique désignée au moment où Wajdi Mouawad entamera sa dernière saison artistique et en septembre 2012, elle deviendra directrice artistique en titre et occupera le poste jusqu’en 2016.

Mme Haentjens, originaire de Versailles, France a étudié le théâtre avec Jacques Lecoq, le grand créateur de mime et celui qui a développé le travail corporel. Elle s’est installée en Ontario en 1977 où elle a donné une impulsion importante à l’épanouissement du théâtre franco-ontarien en tant que directrice artistique du Théâtre du Nouvel-Ontario pendant huit ans. Pendant cette période elle a créé de nombreuses grandes mises en scène dont le Chien de Jean-Marc Dalpé (1988). En collaboration avec Dalpé, elle a écrit Hawkesbury blues (1982) et Nickel (1984). Parmi les nombreuses productions réalisées à Ottawa ou elle a aussi travaillé avec le théâtre de la Corvée (devenu le Trillium) a mis en scène Qui a peur de Virginia Woolf.

Elle s’est installée à Montréal en 1991 et c’est à ce moment-là qu’elle s’est vraiment épanouie en tant que metteure en scène, où elle a souvent renoué sa collaboration avec Anne Marie Cadieux, une comédienne franco-ontarienne qui avait débuté sa carrière à Ottawa vers la même époque. Entre autres, Mme Haentjens a coprésidé le Carrefour international de théâtre avec Marie Gignac (1996 à 2006) et en 1997, elle fond sa propre compagnie – Sibyllines, pour approfondir sa démarche artistique. C’est avec sa propre compagnie qu’elle monte les œuvres de Sophocle, de Strindberg, de Feydeau, de Koltès, de Heiner Müller, de Sarah Kane, de Georg Buchner (Nous avons pu voir sa version de Woyzek à Ottawa l’année dernière (http://www.criticalstages.org/criticalstages2/28?category=6.)

Surtout, elle réalise des adaptations extrêmement intéressantes des œuvres littéraires qui donnent vie aux voix de nombreuses femmes écrivains : nous retenons surtout Malina, d’Ingeborg Bachman, Eden Cinema de Marguérite Duras, Vivre de Virginia Woolf, La cloche de verre de Sylvia Plath. .

En 2007, elle a reçu le prix Siminovitch de théâtre et le prix Gascon-Thomas de l’École nationale de théâtre du Canada. À partir de septembre, 2012 la nouvelle Directrice artistique, Brigitte Haentjens signera son premier programme artistique au CNA

 

Entretien avec Wajdi Mouawad au Salon du C. N.A. devant les invités de la presse 

Wajdi Mouawad : Le jeu est simple. Je vous pose des questions et vous répondez mais il n’y aura pas de questions de la salle. Ma première question est la suivante : qu’est-ce que cela représente pour vous d’être directrice artistique dans un grand établissement comme Le Centre national des Arts?

Brigitte Haentjens : Je dois dire quelque chose avant de répondre à votre question. Le théâtre français pour moi, quand j’étais à Ottawa (puisque j’ai travaillé à Ottawa pendant presque cinq ans) était un énorme espace très prestigieux qui me semblait tout à fait inaccessible. Je venais voir tous les spectacles mais l’institution elle-même semble très loin de moi. Plus tard, les liens se sont établis quand J’étais au théâtre du Nouvel Ontario à Sudbury avec Jean Claude Marcus (directeur artistique du théâtre français à l’époque) surtout lors qu’il y a eu des coproductions avec le CNA. Certains artistes sont venus travailler avec nous à Sudbury et nous avons développé de belles complicités à ce moment-là puisque le CNA est devenu un organisme ouvert. Les rapports entre Sudbury and Ottawa étaient très étroits.

En ce qui me concerne, cela fait à peu près vingt ans qu’il y a des rumeurs à mon sujet concernant la direction du théâtre français. C’est drôle parce que j’avais fais le deuil de ce poste. On m’a tellement dit que tu seras la prochaine directrice qu’à un moment donné je n’y croyais plus. Donc, c’est d’autant plus étrange d’être ici aujourd’hui. Il est certain que j’y arrive maintenant avec moins de naïveté et plus d’expérience. J’ai toujours été accueillie ici avec énormément de chaleur. Venir au CNA est toujours un moment de grande émotion pour moi parce que comme j’ai vécu ici à Ottawa et comme j’ai travaillé ici, il y a toujours un sentiment de famille.

W.M. Maintenant, tu as ta compagnie (Sibyllines) et tu as codirigé le Carrefour international de théâtre à Québec avec Marie Gignac, donc tu arrives avec l’expérience de la programmation et de la direction globale d’une compagnie. Tu connais très bien la responsabilité qui vous attend. Que signifie la direction artistique pour toi. Qu’est-ce que tu privilégies au théâtre, instinctivement? Qu’est-ce qui t’enchantes par rapport au théâtre?

B.H. Il y a plusieurs questions ici. Ce qui m’enchante et qui m’attire? C’est la poésie et le sens des mots qui m’interpellent comme artiste et comme directrice artistique, Je suis très sensible à la parole, Et en vieillissant, je suis toujours très intéressée par les voies artistiques. Ce qui m’intéresse c’est de promouvoir les voix artistiques qui s’expriment par nécessité. J’ai peur d’être prise dans le carcan de l’institution. Je connais l’équipe ici et je sais que ce n’est pas le cas ici mais c’est ma grande crainte.je me suis battue toute ma vie pour ma liberté de création. J’ai peur de perdre cette liberté-là.

W.M.Tu as peur d’être prise dans l’institution mais que signifie être pris par l’institution?

B.H.Tout simplement la peur viscérale que tu ne puisses plus t’exprimer. Je crois que cela vient avec la nature même de l’artiste qui est assoiffé de liberté.

W.M. Toute à l’heure, Rosemary Thompson (directrice des communications au CNA) a expliqué comment la passation de la direction va se réaliser et maintenant j’explique ma démarche. Moi je tenais absolument à ce que le prochain directeur puisse être maître de sa première saison. C’est très important puisque c’est ce qui m’a manqué ici. Nous avons pris une décision officielle pour faire en sorte que la personne, en l’occurrence Brigitte, puisse commencer à travailler sur sa propre saison pendant la saison précédante. Donc la prochaine saison je vais pouvoir me consacrer entièrement à l’accueil des artistes qui formeront ma dernière saison pendant que Brigitte dans les mêmes locaux, côte à côte, va être en train de préparer sa propre saison. C’est une chose qui pour moi, va rendre cette passation formidable parce qu’il n’y aura pas de transition. Je crois que le théâtre est un endroit ou il ne doit jamais y avoir de transitions. Il doit y avoir de ruptures mais jamais de transitions. La transition est une perte de temps. Et c’est un travail qu’on va pouvoir faire à deux et où le public ne va pas sentir la transition mais il va sentir la rupture, le changement, la différence. Voilà en quoi consiste la liberté du directeur artistique. Donc je tenais à vous le dire pour que vous ayez un peu le sens de ce que cela va signifier pour Brigitte, pour moi et pour l’équipe du théâtre français, cet accompagnement que nous commençons maintenant. Brigitte doit déjà penser à sa première saison, qui se fera dès septembre 2012. Cette nouvelle manière de faire est désormais officielle…

B.H. Ce serait très chouette de travailler ensemble

W.M.Toi tu as déjà collaboré de cette manière avec Marie Gignac mais pour moi, c’est la première fois que je travaille avec un autre artiste alors que je suis directeur artistique. Pour moi, c’est une expérience précieuse et rare

Rosemary Thompson (directrice de communications)

Merci Brigitte et Merci Wajdi.

Ensuite, Alvina Ruprecht s’entretient rapidement avec Brigitte Haentjens, Ottawa, mercredi, 29 septembre, 2010

 

Alvina Ruprecht : On pourrait dire que vous revenez à la maison….

Brigitte Haentjens : Oui c’est ca, mais trente ans plus tard..!

A.R.J’ai vu une de vos premières créations à Ottawa intitulée, Strip, joué en anglais au théâtre 2000, mais vous l’avez créée en français au Théâtre de l’Isle je crois?

B.H.. Non, c’était au Théâtre de la Corvée qui l’avait produit dans un petit théâtre dont je ne me souviens pas le nom. Mais ce n’était pas mon premier spectacle ici, Il était La parole et la loi, en 1978 ou 1979 créé par le Théâtre de la Corvée devenu le Trillium

A.R. Pour revenir au présent, jusqu’à maintenant, la plupart des directeurs artistiques que nous avons eus ici, comme Robert Lepage, Denis Marleau et Wajdi Mouawad étaient souvent en déplacement, des artistes pris ailleurs. Ceci n’est pas une critique mais ils avaient leur manière de fonctionner et étant donné que vous êtes établie à Montréal, je suppose que vous serez là un peu plus souvent que les autres l’étaient.

B.H. (rire) oui j’ai l’intention de passer beaucoup de temps à Ottawa.

A R. Vous allez faire des mises en scène ici lors de votre mandat j’espère…

B.H. Ah Oui, il le faut. Dans une institution comme le théâtre français on ne peut pas faire du bureau non plus. Je vais continuer mes propres projets artistiques

A.R. Et puis, puisque nous sommes dans un milieu un peu particulier avec un public francophone qui n’est pas le même public que celui de Montréal et en plus il y a le public anglophone qui s’intéresse aussi, de plus en plus à la culture de langue française, ce qui est tout à fait récent d’ailleurs, est-ce que cela va déterminer vos choix lorsque vous préparez votre programmation? J’ai vu certaines de vos œuvres à Montréal dont Malina d’Ingeborg Bachman, des moments de création scénique extrêmement profonde et sophistiquée et je me demandais si vous alliez repenser vos choix pour le public ici ou si vous alliez continuer votre voie habituelle.

B.H : En tant qu’artiste on est toujours en dialogue avec un public et que parfois on comprend que le théâtre n’est pas quelque chose de si universel que cela, qui voyage tant que cela. Vous mentionnez avec justesse et justice que la sensibilité diffère d’un groupe à un autre. C’est sur que je veux entrer en dialogue avec le public ici mais je ne sais pas encore de quelle manière ce dialogue va se faire. Il y a quand même une ouverture de ma part. Cela ne veut pas dire que je vais faire exactement ce que les gens veulent mais il y aura un dialogue ouvert.

A.R. Parce qu’en fait, le CNA est malgré tout un lieu »officiel » et vous avez mentionné le fait que vous craignez cette ambiance de « fonctionnaire » ou de « notable » alors que vous avez l’habitude de travailler dans les lieux ou vous pouvez donner libre cours à votre réflexion artistique. Si on travaille dans une institution comme celle-ci on pourrait même arriver à une situation d’autocensure.par crainte de ne pas plaire à tout le monde.

B.H. Bon, ce qui me donne de l’espoir c’est quand même le fait je ne suis plus une jeune poulette (grand rire), j’ai vu l’eau couler sous les ponts quand même, c’est un avantage pour moi dans le sens que j’ai vu tellement de situations que je m’adapte facilement. J’ai quand même travaillé dans des contextes qui étaient très difficiles et très rudes. Par exemple, ce n’était pas très facile de faire la création à Sudbury

A.R Mais cela était il y a très longtemps

B.H Oui mais c’est ce que je veux dire, et depuis j’ai affronté beaucoup d’épreuves

A.R. Le fait de savoir qu’il existe un public anglophone potentiel y aura-t-il la possibilité de se rapprocher de Peter Hinton, le directeur du théâtre anglais, parce que votre anglais est impeccable, vous pourriez même travailler en anglais ou entrevoir une forme de collaboration possible.

B.H. Mais je suis ouverte. Je rentre en poste dans un an donc c’est loin. Mais je peux commencer à y réfléchir et voir ce qui arrive. Je connais bien Peter Hinton, j’ai vu souvent ses spectacles ici à Ottawa. D’ailleurs je travaille en anglais parce que je présente « Tout comme elle » en anglais au prestigieux festival Luminato à Toronto au mois de juin prochain.

A.R. Merci Brigitte Haentjens et je dois vous dire que je suis très contente que vous soyez « de retour » parmi nous.

 

Alvina Ruprecht

Ottawa, le 29 septembre

 


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