Danses partagées

cnd.jpgDanses partagées  au Centre National de la Danse les 2 et 3 octobre 2010

Le Centre national de la danse a ouvert pour la quatrième  année consécutive sa saison  Danses Partagées .

Cette rencontre entre danseurs, amateurs et professionnels a réunis 2000 participants sur deux  jours. Pour 8 euros par atelier ( 6 euros quand on possède la carte du CND), le public peut bénéficier d’un ou plusieurs ateliers avec un échauffement commun chaque jour, cette année avec Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile de l’opéra de Paris. Ces ateliers très diversifiés, de la danse classique au Hip Hop, peuvent parfois aboutir à une mini représentation en fin de journée le samedi ( orchestrée en 2010 par Daniel Larrieu).

La médiathèque est ouverte ce week-end là et le rythme de tous ces studios occupés pour l’occasion, donne la sensation d’assister à la vie d’une « ruche » de danseurs et danseuses évoluant d’un atelier à un autre .Le Centre national de la danse regroupe 90 permanents et a 1500 abonnés qui peuvent assister aux ateliers et aux spectacles du CDN durant toute l’année, ainsi qu’à des spectacles à tarif préférentiel au Théâtre National de Chaillot, au Théâtre de la Ville, ou au Théâtre de la Bastille. Cette manifestation témoigne de la vitalité de la danse aujourd’hui.  Jean-Claude Galotta, Boris Charmatz, ou Pina Bausch ont intégré dans le passé des amateurs au milieu de leurs spectacles.
Plusieurs fois une phrase emblématique a été entendue durant ces ateliers, «  Il faut que cela fasse mal, mais cela fait du bien ». Que la notion d’exigence souvent oubliée dans le milieu du spectacle soit redécouverte  n’est pas inutile; rendez vous donc l’année prochaine.

Jean Couturier
www.cnd.fr

 

 


Archive pour 4 octobre, 2010

De l’art en Avignon

De l’art en Avignon

couvterramarepetit.jpgAvignon, ce n’est pas seulement un célèbre festival! C’est aussi un haut lieu d’activité muséale, comme le rappelle la député maire Marie-Josée Roig: « Depuis 1947, le théâtre est dans les monuments mais aussi sous les cieux étoilés, en plein air, et les arts plastiques s’imposent sur les murs dépouillés par le temps de leurs fastueux décors médiévaux ».
Ainsi l’artiste catalan  de renommée internationale Miquel Barcelo est-il exposé au Palais des papes (après Picasso en 1970 !), au musée du Petit palais et à la Collection Lambert depuis le 27 juin, et ce jusqu’au 7 novembre 2010. L’artiste majorquin a déjà une fine connaissance de la cité des Papes, d’une part parce que Majorque, son île natale, est historiquement liée à Avignon, d’autre part parce qu’il y a créé pour le Festival en 2006 avec Josef Nadj un spectacle désormais légendaire, « Paso doble ».
À cette occasion, les éditions Actes Sud publient Terramare, Miquel Barcelo. Bien plus qu’un simple catalogue d’exposition, ce beau livre a été mûrement pensé et bien construit. Belles reproductions des bronzes, plâtres, céramiques, peintures et autres œuvres de Barcelo, mais aussi photos de ses ateliers, et des trésors gothiques de Majorque que l’artiste a souhaité exposer : reliquaires, statues, plats, peintures italiennes et provençales…  Par ailleurs, il comporte  un texte inédit du romancier Alberto Manguel, des commentaires d’historiens médiévistes, un entretien passionnant avec Éric Mézil, le commissaire d’exposition, sur son travail au quotidien, sa technique, ses passions, son amour pour la Méditerranée… et de superbes illustrations liées à l’histoire de la Cité des papes et à l’île de Majorque.
Un ouvrage enrichissant qui dépasse donc largement le cadre de la stricte exposition pour situer Barcelo dans le contexte plus large de l’héritage culturel et patrimonial de la cité avignonnaise. L’œuvre foisonnante et protéiforme d’un artiste érudit, dont on appréciera les dimensions historique, esthétique et littéraire, à Avignon ou bien en lisant ce  beau livre !

Barbara Petit

Terramare, Miquel Barcelo, Palais des papes, Petit palais, collection Lambert en Avignon, Actes Sud, 372 pages, 39 euros.

 

GERTRUDE-LE CRI

GERTRUDE-LE CRI

 

De Howard Barker, mise en scène Gunther Leschnik dans le cadre de Cups of theatre, festival de théâtre anglais contemporain “the very best of british drama !” ***

 

dsc64891300x199.jpgUn choc rare ! On sort de ce spectacle ravageur le souffle coupé…Gertrude, c’est la mère criminelle d’Hamlet qui fait assassiner son époux pour convoler avec Claudius son frère. Le Théâtre du Corbeau Blanc frappe très fort dès la première image, Gertrude entièrement nue excite Claudius qui assassine son frère endormi, en lui versant du poison dans l’oreille et c’est là qu’elle pousse un cri de jouissance suprême. La violence du texte, splendide errance autour de la pièce de Shakespeare centrée autour de Gertrude qui ne parvient plus à jouir, est portée avec force par une vraie troupe. Ophélie est Ragusa, oie blanche en tailleur qui peine à conquérir son Hamlet qu’elle ne retrouvera qu’après sa mort, Mecklenbourg nouveau personnage conquiert la reine qui se donne à lui devant Claudius, le serviteur Gaston voue un dévouement amoureux à sa reine avant de mourir nu sur la table dressée, Hamlet revêt sa livrée avant de mourir lui-même. Sophie Million porte avec un beau naturel la nudité de Gertrude, son indifférence aux autres jusqu’à l’enfant qui naîtra de ses amours avec Claudius, on voit l’accouchement, son cri jaillit. La nudité est bien portée par les acteurs dans ce spectacle ! L’inquiétant personnage de la mère de Claudius et du défunt roi Hamlet, fascinée par sa belle fille à cause de ses crimes est interprété avec une belle ambiguïté par Marie Pascale Grenier. Une horreur salvatrice, la purgation des passions.

Edith Rappoport

Jusqu’au 9 octobre www.gareautheatre.com

Théâtre du Corbeau blanc, Gare au Théâtre Vitry

LES JUSTES

203804emanuellebeartvincentdissezfont.jpgLES  JUSTES d’Albert Camus, mise en scène de Stanislas Nordey.

 

En collaboratiion avec le Festival d’Avignon,  Wajdi Mouawad a fait venir à Ottawa les créations d’Ostermeier (Hedda Gabler, Berline Schaubühne,) et de Varlikowski (Krum, de Hanokh Levin dans une coproduction du TR Warszawa et du Norodowy Stary Teatr en Pologne) Cette semaine, pour commémorer le 50e anniversaire de la naissance d’Albert Camus, alors que le Théâtre Denise Pelletier à Montréal présente une nouvelle adaptation de L’Étranger, le Centre national des Arts à Ottawa présente la pièce les Justes revue par la troupe française de Stanislas Nordey. La venue de cette production est le résultat d’une étroite collaboration entre Wajdi Mouawad et Nordey. Celui-ci a joué Szymanowski le Cryptanalyste dans Ciels (de Wajdi Moawad), présenté à Ottawa la saison dernière. Maintenant, Nordey arrive avec sa propre troupe, pour nous présenter une lecture à la fois troublante et très recherchée de Les Justes, l’œuvre de Camus rarement jouée au Canada.

Les communiqués de presse nous ont assuré que cette mise en scène évite toute affinité avec l’Idée du terrorisme actuel et je veux bien le croire après m’être laissé imprégnée par la vision esthétique que Nordey a privilégiée.  L’idée est très claire. Il s’agit de savoir si on peut légitimer le meurtre, n’importe quel meurtre, lorsque la cause semble juste, sans doute  une orientation tout à fait particulière de l’idée mrchiavélienne selon qui la fin justifie les moyens.  Camus ne donne pas de réponse à la question mais la pièce nous permet d’observer le comportement d’un petit groupe de jeunes révolutionnaires dans cette situation limite.

Nous sommes en Russie bien avant la Grande guerre et donc bien avant la révolution d’octobre.  Les jeunes anarchistes se disent membres du Parti socialiste et ils ont pris pour cible Le grand duc Serge, un homme cruel qui terrorise les Russes. Puisque le Duc doit être éliminé pour que le peuple soit enfin libéré, le meurtre est inévitable.  La seule question à résoudre : à quel moment lance-t-on la bombe, et dans quelles conditions? Seulement, Kaliayev  l’Idéaliste,  celui qui devait assassiner le grand Duc, a refusé de lancer la bombe parce que le jeune neveu du Duc l’accompagnait dans le carrosse. Kaliayev était incapable de tuer un innocent.  Toutefois, la deuxième tentative a réussi. Kaliayev est appréhendé, emprisonné et exécuté, sans qu’il pense renier son geste, même à la demande de la Grande-Duchesse jouée par  l’admirable Véronique Nordey, qui veut entendre son repentir, ce que Kaliayev refuse.

Pour mettre en valeur l’engagement quasi mystique de cette petite équipe d’assassins , Nordey créé une vision esthétique inspirée à la fois d’une discipline militaire rigoureuse, de l’expression quasi mythique de la tragédie grecque, et d’une ambiance monastique minimaliste. Dans cette confrérie où les êtres humains sont d’un dévouement à toute épreuve, la pureté de leur engagement moral se reflète dans la pureté des lignes de cette scénographie couleur de terre, où les corps rentrent et sortent en traversant l’immense plateau en lignes droites et où les bottes militaires résonnent sur la scène comme les bruits d’une puissance invisible.

Mais, puisque nous sommes au théâtre et que Les Justes  est surtout un théâtre d’idées, Nordey créé une forme de mise en abyme joué par les révolutionnaires eux-mêmes pour assurer la distance entre eux et le public dans la salle, pour mettre en évidence la nature théâtrale  plutôt que politique, de sa propre réflexion. La démarche est extrêmement saisissante et permet au metteur en scène de nous piéger par des rebondissements  dramatiques, des moments de grande émotion et des scènes qui frôlent la comédie…malgré le fond de la situation qui devient, elle aussi, un assassinat « théâtral » avant que Dora, jouée par Emmanuel Béart  (dont la belle voix est  parfois tombée dans un  monotone énervant), se sacrifie et parte rejoindre son amant dans la mort. Un dénouement digne des grands opéras tragiques.

La nature purement théâtrale de ce monde troublé est mise en évidence partout : la gestuelle hiératique, le style déclamatoire de la tragédie grecque côtoient une relecture plutôt ironique de ces mêmes mouvements au ralenti mais grandioses lorsque le chef de police Skouratov fait signe à la Régie afin de manipuler l’ éclairage scénique. La rencontre extrêmement émotionnelle avec la grande duchesse au bord des larmes, devant les rideaux en velours rouge, signe d’un cadre plutôt mélodramatique, ou le moment où Stepan (Wajdi Mouawad) le pur et dur capable de tuer dans la quasi indifférence, hurle de colère ou s’écroule dans la douleur absolue lorsqu’est annoncée la mort de Kaliayev. Ce sont des personnages limites, plus grands que la vie, dont la puissance des cordes vocales nous fait rêver à l’opéra.

En effet, Nordey possède une oreille très subtile. Il entend toutes les tonalités, les rythmes et les bruits de fond. Il repère des voix riches et mélodiques, et des voix rauques et grinçantes. Cette orchestration de sonorités vocales a créé le drame, a provoqué l’émotion et finalement nous a laissé ébahie par la puissance de l’ensemble.

Alvina Ruprecht,
Une coproduction du Théâtre national de Bretagne, de la compagnie Nordey, du Grand théâtre de Luxembourg, du Théâtre populaire de Villeurbanne.
Présenté au Centre national des Arts à Ottawa  28 sept au 2 octobre, 2010

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