La Tempête

La Tempête, de Shakespeare, adaptation, mise en scène et jeu Marie-Paule Guillet et Etienne Guichard

L’idée est lumineuse : puisque « nous sommes faits de l’étoffe des rêves », jouons de la baguette de l’enchanteur Prospero  et de la magie de la vidéo. Duc de Milan chassé par son usurpateur de frère, Prospero a quand même gardé sa meilleure arme : ses livres, son savoir et sa puissance de magicien. Ce jour-là, donc, il a provoqué une tempête qui rassemble sur son île tous ses ennemis, mais aussi celui qu’il a choisi pour son futur gendre, agent de la réconciliation générale et du retour à l’ordre humain et politique.  Avec l’aide de son génie aérien Ariel, il va passer de la vengeance à l’apaisement. Etienne Guichard et Marie-Paule Guillet créent de superbes rencontres entre comédiens et images vivantes projetées – particulièrement réussi : le monstre à quatre pattes formé d’un Caliban virtuel et du comédien bien vivant en Trinculo. Derviche tourneur, illusionniste, ce Prospero-là dépasse les codes du cabaret en donnant une vraie place de Fregoli à celle qui ne serait traditionnellement qu’une “assistante“.
Voilà une mise en scène juste, inventive. C’est bien vu. La direction d’acteurs est moins réussie : on attend plus. Plus de gravité, plus d’émotion, un rire plus aiguisé. Plus de profondeur dans la lecture de la poésie shakespearienne, pour la laisser se lever à chaque phrase, pour ne pas dire à chaque mot. La vraie magie. Le projet mériterait cela, et aussi le public de tout âge.

Christine Friedel

19H, à la Folie Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt 01 43 55 14 80 – jusqu’au 31octobre


Archive pour 15 octobre, 2010

La coupe et les lèvres

La coupe et les lèvres, d’Alfred de Musset, mise en scène Jean-Pierre Garnier

 

   Musset a vingt-et-un ans quand il écrit cette longue ode dramatique qu’est La coupe et les lèvres. Et il bouillonne de la révolte, de la haine de l’ennui, du refus de l’intégration dans une société de brutes et d’épiciers (rappelons que l’épicier est l’ennemi emblématique du romantique), de l’espoir désespéré qu’on retrouve dans sa Confession d’un enfant du siècle et dans son théâtre. Franck, le héros – et son nom est porteur de liberté, « ce qui ne veut pas rien dire », comme dirait un autre enfant sublime -, décide de tout quitter pour se lancer à la découverte d’un monde peut-être possible. Sans retour : il brûle la maison paternelle, rompant avec tout lien social, toute tendresse.
Il abandonne son innocente et pure amoureuse pour une magnifique catin – et au passage Musset pose la dualité du féminin qui hante le romantisme et le XIXe siècle en général-, il cherche le bien dans le mal et l’apaisement dans la fureur… Jusqu’à retrouver le Bien. Mais, entre la coupe et les lèvres « il y a place pour le malheur » et pour les conséquences de ses actes. Ici : souffrance et solitude. On pense à un Peer Gynt sans rédemption, aux Brigands de Schiller… Jean-Pierre Garnier et sa troupe voient dans La coupe et les lèvres – et ils ont raison – une formidable interpellation collective de la jeunesse au monde dans lequel elle entre. Dans le chœur impeccablement réglé qu’ils nous proposent, les personnages, la parole, circulent de l’un à l’autre, se démultiplient, empruntent à la musique (en direct), dans un dispositif sans cesse en mouvement, dynamique, astucieux.

  Adresse directe au public, reprise du jeu dramatique, la machine tourne à fond, jusqu’à la saturation parfois. On a envie de faire taire ce sale gosse de Musset : Dieu, le vie, la mort, ça va ! On a aussi envie, parfois, de dire au metteur en scène : d’accord, c’est superbe, mais on a compris le système, il faudrait peut-être maintenant inventer un nouveau ressort. Mais, basta. L’important est ce que l’on reçoit. Et c’est fort.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de la Tempête à 20h – 01 43 28 36 36 – jusqu’au 24 octobre

Rapaces

Rapaces

Création de Fabrice Macaux

rapaces213x300.jpgServie par une mise en scène épurée qui libére un espace de jeu traversé, transpercé, pourfendu cent fois par une Laurence Mayor éblouissante d’engagement (une qualité qu’on lui reconnaît à chaque fois qu’elle joue d’ailleurs), par Michael Vessereau, un jeune sangliste (artiste utilisant les sangles avec force d’ingéniosité et d’expressivité ce qui n’est pas rien compte-tenu de la réputation supposée limitée dudit agrès) et par Corentin Seznec, poly-instrumentiste proposant des mélodies et autres sons joués « live » qui participent pleinement à la réussite du travail , cette pièce – dont c’est la seconde représentation – promet d’être un œuvre à part entière.

Une femme assise. La radio annonce un attentat à Bagdad visant l’immeuble des Nations Unies. Des morts, des blessés. Elle vient de perdre son fils. Le cri. L’histoire de la genèse du processus de deuil. Un dialogue impossible entre une mère et le spectre de son fils ou comment réminiscences et projections fantasmées s’entrechoquent violemment, passionnément.
Jouant dans les quatre dimensions de l’espace, nous faisant toucher au vertige par des pertes de repères temporels, ces deux là vivent leurs personnages – chacun très différemment, et avec une justesse toute particulière pour Laurence Mayor – « les tripes à la main » sans jamais perdre une magnifique qualité de mouvements.
L’entreprise nous touche autant par « l’histoire » contée (presque sans mots, surtout de gromelots) que par sa plastique. Les variations d’états de corps sont d’une grande diversité, et la variété, toute en nuances, des relations que la mère établit avec son fils témoigne d’un sérieux travail d’investigation de registres émotionnels. On l’aura compris, les esthétiques sont nombreuses, laissant s’échapper au loin l’effet de « poignant » qui menaçait l’entreprise de devenir un exercice un tantinet convenu.

Certains aspects du spectacle paraissent encore perfectibles comme le rythme qui retombe un peu par moments (revers de la médaille de l’engagement des artistes sur le plateau, à n’en pas douter), le jeu du personnage du fils gagnerait à être approfondi pour qu’il apparaisse encore davantage comme une surface de projection des fantasmes endeuillés de sa mère, enfin, et cela tient avant tout aux directeurs de théâtre, cette pièce mériterait d’être donnée dans un espace plus vaste, avec une hauteur plus importante, surtout. La pièce savamment écrite et interprétée,  regorge d’astuces de mises en scène et la scénographie dont on vous laissera la surprise est des plus astucieuses).Elle conforte l’impression -qui ressort à chaque  travail  de Fabrice Macaux , auteur aussi de magnifiques documentaires- celle d’un artiste engagé dans des chantiers artistiques toujours risqués, où se rencontrent des expériences de mise en transversalité artistiques  fondées sur  un propos qui s’intéresse « aux gens ».
Un théâtre du réel qui le met à distance pour mieux nous le faire cerner et ressentir. « Une fonction de base du théâtre », me direz-vous ? Oui, mais avouez qu’elle se fait rare.

Jérôme Robert

Par la compagnie Corpus , Au théâtre de Verre (17 rue de la Chapelle 75018 Paris Métro Marx Dormoy)

Du 13 au 16 octobre à 20h00 et le 17 octobre à 18h00 

 Au Centre culturel de Jouy-le-Moutier
96, avenue des Bruzacques – 95280 Jouy-le-Moutier
01 34 43 38 00    billetterie@jouylemoutier.fr

Les vendredi 25 et samedi 26 février à 21h dans le cadre de CirquEvolution.

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