Rapaces

Rapaces

Création de Fabrice Macaux

rapaces213x300.jpgServie par une mise en scène épurée qui libére un espace de jeu traversé, transpercé, pourfendu cent fois par une Laurence Mayor éblouissante d’engagement (une qualité qu’on lui reconnaît à chaque fois qu’elle joue d’ailleurs), par Michael Vessereau, un jeune sangliste (artiste utilisant les sangles avec force d’ingéniosité et d’expressivité ce qui n’est pas rien compte-tenu de la réputation supposée limitée dudit agrès) et par Corentin Seznec, poly-instrumentiste proposant des mélodies et autres sons joués « live » qui participent pleinement à la réussite du travail , cette pièce – dont c’est la seconde représentation – promet d’être un œuvre à part entière.

Une femme assise. La radio annonce un attentat à Bagdad visant l’immeuble des Nations Unies. Des morts, des blessés. Elle vient de perdre son fils. Le cri. L’histoire de la genèse du processus de deuil. Un dialogue impossible entre une mère et le spectre de son fils ou comment réminiscences et projections fantasmées s’entrechoquent violemment, passionnément.
Jouant dans les quatre dimensions de l’espace, nous faisant toucher au vertige par des pertes de repères temporels, ces deux là vivent leurs personnages – chacun très différemment, et avec une justesse toute particulière pour Laurence Mayor – « les tripes à la main » sans jamais perdre une magnifique qualité de mouvements.
L’entreprise nous touche autant par « l’histoire » contée (presque sans mots, surtout de gromelots) que par sa plastique. Les variations d’états de corps sont d’une grande diversité, et la variété, toute en nuances, des relations que la mère établit avec son fils témoigne d’un sérieux travail d’investigation de registres émotionnels. On l’aura compris, les esthétiques sont nombreuses, laissant s’échapper au loin l’effet de « poignant » qui menaçait l’entreprise de devenir un exercice un tantinet convenu.

Certains aspects du spectacle paraissent encore perfectibles comme le rythme qui retombe un peu par moments (revers de la médaille de l’engagement des artistes sur le plateau, à n’en pas douter), le jeu du personnage du fils gagnerait à être approfondi pour qu’il apparaisse encore davantage comme une surface de projection des fantasmes endeuillés de sa mère, enfin, et cela tient avant tout aux directeurs de théâtre, cette pièce mériterait d’être donnée dans un espace plus vaste, avec une hauteur plus importante, surtout. La pièce savamment écrite et interprétée,  regorge d’astuces de mises en scène et la scénographie dont on vous laissera la surprise est des plus astucieuses).Elle conforte l’impression -qui ressort à chaque  travail  de Fabrice Macaux , auteur aussi de magnifiques documentaires- celle d’un artiste engagé dans des chantiers artistiques toujours risqués, où se rencontrent des expériences de mise en transversalité artistiques  fondées sur  un propos qui s’intéresse « aux gens ».
Un théâtre du réel qui le met à distance pour mieux nous le faire cerner et ressentir. « Une fonction de base du théâtre », me direz-vous ? Oui, mais avouez qu’elle se fait rare.

Jérôme Robert

Par la compagnie Corpus , Au théâtre de Verre (17 rue de la Chapelle 75018 Paris Métro Marx Dormoy)

Du 13 au 16 octobre à 20h00 et le 17 octobre à 18h00 

 Au Centre culturel de Jouy-le-Moutier
96, avenue des Bruzacques – 95280 Jouy-le-Moutier
01 34 43 38 00    billetterie@jouylemoutier.fr

Les vendredi 25 et samedi 26 février à 21h dans le cadre de CirquEvolution.

 


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