Le Diptyque du rat

Le Diptyque du rat, textes de Bohumil Hrabal et Copi, mise en scène Laurent Frechuret (création)

fb764c986eee843f1.jpgLe Diptyque du rat, c’est le nom intriguant d’un spectacle original. Laurent Fréchuret est l’instigateur d’une rencontre improbable entre deux auteurs qui a priori n’ont pas grand chose à voir l’un avec l’autre : le Tchèque Bohumil Hrabal et l’Argentin Copi. À bien y regarder de plus près toutefois, ils sont tous deux à l’origine de textes, Une trop bruyante solitude et La Pyramide, qui ont pour personnage principal un rat (de manière littérale ou plus figurée). C’est ce fil conducteur qui a poussé le metteur en scène à créer cette composition en deux tableaux. Et les ponts entre ces deux écrivains ne feront de plus en plus évidents au fur et à mesure de la soirée (nous ne les révélerons pas ici pour ne pas gâcher l’effet de surprise).

Dans le premier tableau (l’adaptation de Hrabal), Thierry Gibault campe un Hanta à la présence spectrale et hallucinante. Seul en scène, son regard inquiétant de reptile ne nous quittera pas pendant toute la représentation. Sa performance est éblouissante : il tient physiquement du rat par ses postures, ses gestes et ses mimiques, et il tiendra ce rôle jusqu’au bout. Mais c’est à un rat cultivé et pétri de lettres auquel nous avons affaire. Même si cela ne se voit guère à sa mise : un tablier sale recouvre une salopette repoussante, son visage et ses bras sont tatoués d’encre. Et comme il ne se lave plus, la poussière vole partout quand il se frappe les mains (il travaille en effet dans une usine de recyclage de papiers et de vieux livres).

 Écouter Hanta raconter sa vie s’avère souvent drôle et irrévérencieux. Les mésaventures de Marinette, son amie, dont le destin semble irrémédiablement lié à ses excréments, sont truculentes. Parfois, on flirte avec le fantastique (les jeux de lumière (Éric Rossi) et les bruitages (son François Chabrier), ravissants, n’y sont pas pour rien), parfois aussi les tragédies de l’Histoire affleurent en filigrane (mention de la littérature nazie, l’aventure avec l’amie tsigane déportée). Un troublant chassé-croisé entre réel et imaginaire qu’enfilera le second tableau.

Après l’entracte au cours de laquelle le CDN fait l’honneur d’offrir au public des rafraîchissements, retour en salle pour la pièce de Copi. La configuration a changé : les spectateurs ne sont plus face à la scène mais sur des gradins disposés en triangle, de manière à former une pyramide inca. Nous n’allons pas tarder à savoir pourquoi.

 Attention, univers déjanté et mordant ! Nous sommes chez un esprit libre, et « le monde est à l’envers » : ici le rat porte un manteau de fourrure sur un k-way rouge, il roule en Cadillac et sait déchiffrer les hiéroglyphes, la princesse porte des collants fuchsias, une robe à fleurs, et le jésuite un duffle-coat rose pâle sur une robe de soirée bleue, et des bas résille ! L’intrigue est celle d’un rat (un ami du père de la reine) en visite qui risque de se faire dévorer par ses hôtes : la reine, la princesse et le jésuite, affamés. En arrière-plan, une réflexion sur les abus de pouvoir, la dictature, l’autocratie… C’est jubilatoire et on ne s’en lasse pas, les événements s’enchaînent à un rythme frénétique, servis par une troupe débordante d’énergie et de talent : Philippe Baronnet est Chrysanthème, le vendeur d’eau homosexuel qui fournit des champignons hallucinogènes en période de famine, Elya Birman le rat bibliothécaire au coup d’œil perfide et poète, Élisabeth Macocco la reine aveugle, cruelle et sadique, qui disparaît derrière un rideau de paillettes en se trémoussant sur la musique d’Ennio Morricone, Nine de Montal la princesse au teint livide et au regard terriblement inquiétant qui tel un petit oiseau en cage fait des pirouettes sur un trapèze, Rémi Rauzier le jésuite inouï et cocasse qui traîne avec lui son arbre mort. Les relations parents-enfants plus que douteuses n’ont rien à envier aux yeux que l’on se crève de mère en fille ou aux instincts cannibales de la royauté ! La direction d’acteurs est impeccable et l’espace pyramidal est très bien exploité.

L’idée de coupler ces deux textes politiques et subversifs est bienvenue. Néanmoins, s’agissant d’une seule soirée, cela la rend riche, alors venez en forme !

Barbara Petit

Jusqu’au 23 octobre au CDN – Théâtre de Sartrouville.

En tournée : La Pyramide du 1er au 17 décembre 2010 au Centre dramatique régional de Haute-Normandie – Théâtre des Deux Rives, Une trop bruyante solitude du 29 mars au 9 avril 2011 au Nouveau Théâtre – CDN de Besançon et de Franche-Comté.


Archive pour 16 octobre, 2010

LE TRIOMPHE DE L’AMOUR

LE TRIOMPHE DE L’AMOUR  mise en scène Jacques 0sinski T.O.P de Boulogne Billancourt

 

Jacques Osinski avait présenté un beau spectacle au Théâtre du Rond Point, L’Usine de Magnus Dahlström (voir decrypt.blog.lemonde.fr), voilà quatre ans avant d’être nommé à la tête du CDN de Grenoble.
Le Triomphe de l’amour met en scène Léonide, une princesse ayant hérité d’un pouvoir absolu, amoureuse de son cousin Agis dépossédé du trône dont il aurait dû hériter. Il a été élevé par un philosophe sévère, Hermocrate qui vit dans une campagne retirée, sur des terres voisines de celles de la princesse. Léonide qui veut conquérir le cœur d’Agis, se travestit en homme avec sa suivante et séduit tour à tour la sœur du philosophe, Hermocrate qui abandonne sa rigueur inflexible, ainsi qu’Agis, tous trois disposé à l’épouser. Et l’amour doit triompher. Cet étonnant quiproquo est proprement monté dans une scénographie champêtre de Lionel Acat qui fait regretter celle d’Alain Chambon pour la belle mise en scène de Jacques Nichet vue au Théâtre de la Ville,voilà des années. Les travestis manquent de théâtralité, on ne croit pas au Phocion d’Aline le Berre trop féminine, sa suivante Corine qui s’ébat avec un Arlequin dépoitraillé est plus crédible. La salle pleine du TOP les acclame.


Edith rappoport

Au TOP jusqu’au 17 octobre www.top-bb.fr, en tournée jusqu’à fin décembre cdna grenoble.

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