De Profundis

De Profundis d’Oscar Wilde, mise en scène et adaptation de Grégoire Couette-Jourdain

deprofundis.jpgOscar Wilde écrit une ultime lettre à son amant depuis les tréfonds de la geôle où il est incarcéré après avoir été littéralement banni et humilié pour cause d’homosexualité. Son amant n’est pas étranger à la situation puisque c’est son propre père qui a catalysé cette situation sur fond d’intrigue croisant histoire de mœurs et histoire politique que l’on ne va pas révéler ici. Cette lettre fait initialement 180 pages, elle est à considérer comme le testament éthique d’un homme à l’adresse de celui qu’il a aimé, mais aussi comme un témoignage fait à titre posthume, envoyé à l’ensemble de la société de son époque (Wilde avait demandé à ce qu’elle soit publiée après sa mort).
Le dandy a disparu… Reste un homme seul, humble et fragile, qui dévoile son processus de reconstruction en narrant ce qu’il a éprouvé devant le déroulement des faits qui l’ont conduit dans son cachot, puis nous relate l’enfer du quotidien de son univers actuel. Cet enfer lui permet une longue introspection – aux origines de la lettre – qui le fait conclure sur une idée qui peut étonner tant on retient une image d’Epinal du poète : le pire des vices est la superficialité.
Magnifiquement bien écrite, adaptée avec talent par Grégoire Couette-Jourdain et interprétée avec brio par un Jean-Paul Audrain culminant, cette pièce séduira les amateurs de Wilde bien sûr, mais aussi les amoureux de grands textes joués au théâtre comme ceux qui s’intéresseraient à une peinture livrée en creux de l’Angleterre bien pensante de la fin du 19e siècle. La mise en scène sobre sert le propos et sublime l’interprétation de Jean-Paul Audrain. Les lumières ont fait l’objet d’un véritable travail d’orfèvrerie: elles font  plus qu’habiller le plateau noir, elles découpent des espaces (donnant au plateau un peu terne du Lucernaire une vie superbe) et suggèrent sans rien imposer des atmosphères entrant en écho aux ressentis de Wilde….C’est vraiment très réussi.
Ce soir était la quatre-vingtième des représentations de la pièce et aussi la dernière en ce lieu, après plus de deux mois de succès. Gageons que des directeurs de théâtre auront sentiront  l’intérêt de la faire vivre plus longtemps

Jérôme Robert

Au Lucernaire jusqu’au 16 octobre.

 


Un commentaire

  1. Grégoire Couette-jourdain dit :

    Remerciements à l’attention de M. Jérôme Robert

    Monsieur,

    Je tenais à vous remercier chaleureusement personnellement et au nom de toute l’équipe du Théâtre de l’Ours pour votre très jolie critique du De Profundis.
    Présenter une création à Paris, surtout quant la compagnie vient de province, est toujours une prise de risques humains, financiers, artistiques. C’est également pour les artistes, une période de doute sur la pertinence des choix esthétiques, sur la manière dont sera reçu le spectacle. Votre critique m’a beaucoup touché, car elle relève un axe de mon travail auquel je suis particulièrement attaché : la lumière comme habit d’un texte et d’un comédien. Votre critique fait la part belle à notre création lumière et restite une grande partie des choix esthétique qui ont sous-tendu notre démarche; et rien ne pouvait nous faire plus plaisir.
    En vous remerciant encore d’avoir aimé ce spectacle, de l’avoir si bien écrit,

    Cordialement

    G. Couette-Jourdain

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