Un nid pour quoi faire

Un nid pour quoi faire d’Olivier Cadiot, mise en scène Ludovic Lagarde.

  nid.jpgLudovic Lagarde persiste et signe : Un nid pour quoi faire est rien moins que sa sixième adaptation pour le théâtre d’un roman d’Olivier Cadiot, son comparse depuis plus de quinze ans. L’écrivain étant l’auteur associé au Festival d’Avignon cette année (en plus de l’être à la Comédie de Reims dont  Ludovic Lagarde est le directeur), c’est là que le spectacle a été créé. Heureusement, le Théâtre de la Ville a eu une pensée pour ceux qui ne pouvaient être dans la Cité des Papes en juillet, et l’a inscrit dans sa programmation automnale. De quoi réchauffer nos petites cellules grises et dégivrer le sourire figé par le froid. Histoire ubuesque et déjantée d’un roi exilé avec sa cour à la montagne, Un nid pour quoi faire est aussi le prétexte à une réflexion sur le pouvoir et ses abus. Car, comme toujours avec Olivier Cadiot, le langage et les jeux qu’il offre ont la part belle : nous vous laissons le soin de découvrir ce « Palais des Glaces » d’un nouveau genre.
Dans un chalet de bois (imaginé par  Antoine Vasseur) simple, pratique et confortable comme une maison nordique Ikea, on s’assoit sur des tapis de fourrures et l’on mange des huîtres fraîches. C’est qu’ici, tout est mêlé : à l’image de ces costumes (Fanny Brouste) qui croisent la panoplie du skieur à celle de l’aristocrate, le respect de l’étiquette le dispute à la débauche plus contemporaine d’une virée en boîte. Ou comme cet écran en fond de scène qui voit défiler des images plus incongrues les unes que les autres.
Au « royaume », les problèmes sont nombreux : l’intimité et la proximité du vase clos (le fameux nid du titre) étouffent, le roi sent son autorité lui échapper. D’ailleurs tous les déjeuners pour travailler le déficit d’image tournent au drame. Jusqu’au jour où l’arrivée d’un impromptu vient changer la donne. Pour ce personnage, qui est en fait le narrateur de l’histoire (même s’il est muet), c’est une voix off qui s’exprime accompagnée d’une petite musique. De l’inattendu, toujours…
L’excellent Laurent Poitrenaux incarne un roi typique : capricieux, dépressif, confit dans sa solitude, rongé d’angoisse et d’ennui, ne pouvant faire confiance à ses courtisans (les flatteurs sont la troupe de la Comédie de Reims : Pierre Baux, Constance Larrieu, Julien Storini…). La direction d’acteurs, impeccable, rend les scènes de groupe savoureuses : celle, bluffante, où les personnages bougent au ralenti ; celle, jubilatoire, de danse en guise d’échauffement avant d’aller skier ; celle, hilarante, du dégel du roi englouti dans dix mètres de neige ; celle, onirique, où le salon se transforme en sauna ; celle, mystérieuse, du bal masqué final où l’intrigue se dénoue. Cela dit, le spectacle mériterait d’être un peu resserré (deux heures quinze tout de même !) pour garder son rythme et son intensité. Une proposition originale et avant-gardiste, flirtant avec la danse et la performance, et exploitant avec maestria les possibilités numériques du son et de l’image.

Barbara Petit

 Jusqu’au 22 octobre au Théâtre de la Ville. En tournée les 4 et 5 novembre au lieu unique de Nantes, les 9 et 10 novembre au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines.

 


2 commentaires

  1. . Merci de vote message anti langue de bois et très lucide.J’ai vraiment bien aimé votre réaction Ce n’est pas vraiment un spectacle lamentable mais du texte romanesque au vrai théâtre, il y un gouffre. Il y a une « belle » scénographie, tout est bien réglé mais très franchement ce genre de prestations ne m »intéresse pas du tout.
    Heureusement il y a Laurent Poitrenaux, mais beaucoup moins à l’aise que d’habitude, et les autres comédiens qui font le boulot, mais sans grande conviction.
    Mais pour dire quoi?????
    Sitôt vu, sitôt oublié; c’est le genre de spectacle branchouille qui a quand même dû coûter assez cher ,et dont on ne peut sortir grandi.
    Dans six mois, qui se souviendra de cette piètre chose? Quant aux auteurs contemporains de théâtre? J’ai souvent bien du mal, comme vous, pour des tas de raisons. Reparlons-en, si vous le voulez bien.
    Laissez moi, s’il vous plait votre téléphone et je vous appelle, ou appelez moi au 01-45-04-O2-26 le matin même très tôt. Sinon au 06-11-87-33-31 aujourdhui après 16 heures.

    Cordialement

    Philippe du Vignal

  2. Chantal dit :

    pourquoi vous n’osez pas dire que c’est un spectacle lamentable, et que tout ça c’est des circuits de coquins, vous comprenez ce que je veux dire.. Reims lagarde, de Marcy Reims etc
    Quand est ce que nous évaluerons les auteurs contemporains à l’aune des vrais auteurs de théâtre ?
    C’est un lobbie mené par Grimbert qui a réussi à imposer depuis 40 ans l’auteur vivant comme valeur, alors qu’ils ne valent rien

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