LE TRIOMPHE DE L’AMOUR

LE TRIOMPHE DE L’AMOUR  mise en scène Jacques 0sinski T.O.P de Boulogne Billancourt

 

Jacques Osinski avait présenté un beau spectacle au Théâtre du Rond Point, L’Usine de Magnus Dahlström (voir decrypt.blog.lemonde.fr), voilà quatre ans avant d’être nommé à la tête du CDN de Grenoble.
Le Triomphe de l’amour met en scène Léonide, une princesse ayant hérité d’un pouvoir absolu, amoureuse de son cousin Agis dépossédé du trône dont il aurait dû hériter. Il a été élevé par un philosophe sévère, Hermocrate qui vit dans une campagne retirée, sur des terres voisines de celles de la princesse. Léonide qui veut conquérir le cœur d’Agis, se travestit en homme avec sa suivante et séduit tour à tour la sœur du philosophe, Hermocrate qui abandonne sa rigueur inflexible, ainsi qu’Agis, tous trois disposé à l’épouser. Et l’amour doit triompher. Cet étonnant quiproquo est proprement monté dans une scénographie champêtre de Lionel Acat qui fait regretter celle d’Alain Chambon pour la belle mise en scène de Jacques Nichet vue au Théâtre de la Ville,voilà des années. Les travestis manquent de théâtralité, on ne croit pas au Phocion d’Aline le Berre trop féminine, sa suivante Corine qui s’ébat avec un Arlequin dépoitraillé est plus crédible. La salle pleine du TOP les acclame.


Edith rappoport

Au TOP jusqu’au 17 octobre www.top-bb.fr, en tournée jusqu’à fin décembre cdna grenoble.


Archive pour octobre, 2010

La Tempête

La Tempête, de Shakespeare, adaptation, mise en scène et jeu Marie-Paule Guillet et Etienne Guichard

L’idée est lumineuse : puisque « nous sommes faits de l’étoffe des rêves », jouons de la baguette de l’enchanteur Prospero  et de la magie de la vidéo. Duc de Milan chassé par son usurpateur de frère, Prospero a quand même gardé sa meilleure arme : ses livres, son savoir et sa puissance de magicien. Ce jour-là, donc, il a provoqué une tempête qui rassemble sur son île tous ses ennemis, mais aussi celui qu’il a choisi pour son futur gendre, agent de la réconciliation générale et du retour à l’ordre humain et politique.  Avec l’aide de son génie aérien Ariel, il va passer de la vengeance à l’apaisement. Etienne Guichard et Marie-Paule Guillet créent de superbes rencontres entre comédiens et images vivantes projetées – particulièrement réussi : le monstre à quatre pattes formé d’un Caliban virtuel et du comédien bien vivant en Trinculo. Derviche tourneur, illusionniste, ce Prospero-là dépasse les codes du cabaret en donnant une vraie place de Fregoli à celle qui ne serait traditionnellement qu’une “assistante“.
Voilà une mise en scène juste, inventive. C’est bien vu. La direction d’acteurs est moins réussie : on attend plus. Plus de gravité, plus d’émotion, un rire plus aiguisé. Plus de profondeur dans la lecture de la poésie shakespearienne, pour la laisser se lever à chaque phrase, pour ne pas dire à chaque mot. La vraie magie. Le projet mériterait cela, et aussi le public de tout âge.

Christine Friedel

19H, à la Folie Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt 01 43 55 14 80 – jusqu’au 31octobre

La coupe et les lèvres

La coupe et les lèvres, d’Alfred de Musset, mise en scène Jean-Pierre Garnier

 

   Musset a vingt-et-un ans quand il écrit cette longue ode dramatique qu’est La coupe et les lèvres. Et il bouillonne de la révolte, de la haine de l’ennui, du refus de l’intégration dans une société de brutes et d’épiciers (rappelons que l’épicier est l’ennemi emblématique du romantique), de l’espoir désespéré qu’on retrouve dans sa Confession d’un enfant du siècle et dans son théâtre. Franck, le héros – et son nom est porteur de liberté, « ce qui ne veut pas rien dire », comme dirait un autre enfant sublime -, décide de tout quitter pour se lancer à la découverte d’un monde peut-être possible. Sans retour : il brûle la maison paternelle, rompant avec tout lien social, toute tendresse.
Il abandonne son innocente et pure amoureuse pour une magnifique catin – et au passage Musset pose la dualité du féminin qui hante le romantisme et le XIXe siècle en général-, il cherche le bien dans le mal et l’apaisement dans la fureur… Jusqu’à retrouver le Bien. Mais, entre la coupe et les lèvres « il y a place pour le malheur » et pour les conséquences de ses actes. Ici : souffrance et solitude. On pense à un Peer Gynt sans rédemption, aux Brigands de Schiller… Jean-Pierre Garnier et sa troupe voient dans La coupe et les lèvres – et ils ont raison – une formidable interpellation collective de la jeunesse au monde dans lequel elle entre. Dans le chœur impeccablement réglé qu’ils nous proposent, les personnages, la parole, circulent de l’un à l’autre, se démultiplient, empruntent à la musique (en direct), dans un dispositif sans cesse en mouvement, dynamique, astucieux.

  Adresse directe au public, reprise du jeu dramatique, la machine tourne à fond, jusqu’à la saturation parfois. On a envie de faire taire ce sale gosse de Musset : Dieu, le vie, la mort, ça va ! On a aussi envie, parfois, de dire au metteur en scène : d’accord, c’est superbe, mais on a compris le système, il faudrait peut-être maintenant inventer un nouveau ressort. Mais, basta. L’important est ce que l’on reçoit. Et c’est fort.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de la Tempête à 20h – 01 43 28 36 36 – jusqu’au 24 octobre

Rapaces

Rapaces

Création de Fabrice Macaux

rapaces213x300.jpgServie par une mise en scène épurée qui libére un espace de jeu traversé, transpercé, pourfendu cent fois par une Laurence Mayor éblouissante d’engagement (une qualité qu’on lui reconnaît à chaque fois qu’elle joue d’ailleurs), par Michael Vessereau, un jeune sangliste (artiste utilisant les sangles avec force d’ingéniosité et d’expressivité ce qui n’est pas rien compte-tenu de la réputation supposée limitée dudit agrès) et par Corentin Seznec, poly-instrumentiste proposant des mélodies et autres sons joués « live » qui participent pleinement à la réussite du travail , cette pièce – dont c’est la seconde représentation – promet d’être un œuvre à part entière.

Une femme assise. La radio annonce un attentat à Bagdad visant l’immeuble des Nations Unies. Des morts, des blessés. Elle vient de perdre son fils. Le cri. L’histoire de la genèse du processus de deuil. Un dialogue impossible entre une mère et le spectre de son fils ou comment réminiscences et projections fantasmées s’entrechoquent violemment, passionnément.
Jouant dans les quatre dimensions de l’espace, nous faisant toucher au vertige par des pertes de repères temporels, ces deux là vivent leurs personnages – chacun très différemment, et avec une justesse toute particulière pour Laurence Mayor – « les tripes à la main » sans jamais perdre une magnifique qualité de mouvements.
L’entreprise nous touche autant par « l’histoire » contée (presque sans mots, surtout de gromelots) que par sa plastique. Les variations d’états de corps sont d’une grande diversité, et la variété, toute en nuances, des relations que la mère établit avec son fils témoigne d’un sérieux travail d’investigation de registres émotionnels. On l’aura compris, les esthétiques sont nombreuses, laissant s’échapper au loin l’effet de « poignant » qui menaçait l’entreprise de devenir un exercice un tantinet convenu.

Certains aspects du spectacle paraissent encore perfectibles comme le rythme qui retombe un peu par moments (revers de la médaille de l’engagement des artistes sur le plateau, à n’en pas douter), le jeu du personnage du fils gagnerait à être approfondi pour qu’il apparaisse encore davantage comme une surface de projection des fantasmes endeuillés de sa mère, enfin, et cela tient avant tout aux directeurs de théâtre, cette pièce mériterait d’être donnée dans un espace plus vaste, avec une hauteur plus importante, surtout. La pièce savamment écrite et interprétée,  regorge d’astuces de mises en scène et la scénographie dont on vous laissera la surprise est des plus astucieuses).Elle conforte l’impression -qui ressort à chaque  travail  de Fabrice Macaux , auteur aussi de magnifiques documentaires- celle d’un artiste engagé dans des chantiers artistiques toujours risqués, où se rencontrent des expériences de mise en transversalité artistiques  fondées sur  un propos qui s’intéresse « aux gens ».
Un théâtre du réel qui le met à distance pour mieux nous le faire cerner et ressentir. « Une fonction de base du théâtre », me direz-vous ? Oui, mais avouez qu’elle se fait rare.

Jérôme Robert

Par la compagnie Corpus , Au théâtre de Verre (17 rue de la Chapelle 75018 Paris Métro Marx Dormoy)

Du 13 au 16 octobre à 20h00 et le 17 octobre à 18h00 

 Au Centre culturel de Jouy-le-Moutier
96, avenue des Bruzacques – 95280 Jouy-le-Moutier
01 34 43 38 00    billetterie@jouylemoutier.fr

Les vendredi 25 et samedi 26 février à 21h dans le cadre de CirquEvolution.

La Course

La Course

Texte et mise en scène par Colette Alexis Varini

sp43200g.jpgPierre disparaît dans l’enfer du théâtre – des opérations – indochinois en 1946, laissant derrière lui un frère jumeau, une famille et des pans de questions laissées sans réponse sur les motifs de son engagement. Figure d’un trauma familial métonymique de celui d’une génération de survivants, il revient, sous la forme d’une présence fantomatique pour décrypter les raisons de cet engagement autant que pour commenter les troubles mémoriels subis par la génération familiale qui lui a succédée.

Au-delà d’un propos présentant un indéniable intérêt mais dont le traitement est un peu confus, la mise en scène est précise et particulièrement léchée. La scénographie permet la mise en espace d’aires de jeux situés sur des plans à profondeurs distinctes (ce qui évite à l’œil de se lasser compte tenu du fait que les déplacements sont réduits). Elle offre aussi la possibilité de projections vidéos d’une très belle plasticité, qui non moins expressives servent aussi le propos. Les six comédiens tiennent parfaitement leurs rôles, même si les personnages manquent un tantinet de profondeur, peut-être est-ce du reste la conséquence d’un parti pris visant à ce que chacun puisse s’y projeter ? Les lumières découpent avec brio l’espace, le rendant là aussi plus vaste et plus riche tout en participant à la réussite du projet vu suivant un regard posé sur sa plastique.

On l’aura compris, cette première représentation (insistons sur cet aspect puisque les fragilités pointées viennent probablement de ce fait) laisse une impression nuancée, celle d’un travail très précis, d’une forme réussie mais d’un propos un peu en deçà de l’attente qu’on pouvait projeter au regard des enjeux soulevés par le sujet traité. Cette pièce mérite tout de même qu’on s’y arrête et qu’on lui permette de jouer pour qu’un rythme plus juste soit trouvé dans le jeu, afin que le spectateur se sente un peu moins contemplatif, davantage concerné par les ressentis des personnages.

 Jérôme Robert

 Création du Théâtre du Néon

au théâtre de L’Opprimé jusqu’au 31 octobre 2010

78 rue du Charolais 75012 Paris Tél : réservation 01 43 40 44 44

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La course

 Nous confirmons avec sans doute… un peu moins d’indulgence. A cette sorte d’exorcisme familial d’un ascendant tombé comme beaucoup au champ d’horreur de la guerre d’Indochine comme on disait alors, dont, soit dit en passant, les hommes politiques de l’époque dans l’ensemble , qu’il soient de droite ou de  gauche, ne s’émouvaient guère, manque une véritable écriture dramatique. Et cette petite suite de tableaux, aux arrières-goûts brechtiens laisse indifférente malgré l’horreur de cette tragédie rustico-familiale…
Pourtant, c’est plutôt bien joué – tous les comédiens font leur boulot-et très correctement mis en scène; on préférerait qu’il y a ait quelques erreurs pardonnables mais là c’est un ennui pesant qui ne tarde pas à s’installer, et comme ce qui nous est proposé dure quand même une heure et demi…
Malgré toutes les bonnes intentions de l’auteuse-metteuse en scène, c’est sec comme un coup de trique : pas un brin d’émotion ne passe.  Par ailleurs,  la scénographie pourtant simple: deux grands châssis de toile translucide ne fonctionne pas non plus : trop envahissante pour la petite scène du Théâtre de L’ Opprimé !
Que sauver de ce spectacle? Pas grand chose sinon ,  et bien qu’elles soient en décalage complet avec ce texte-récit, les images projetées: une petite route de campagne française en été puis couverte de neige, un gros plan de rayons de roue de vélo,  un escarpin rouge vif. Comme si l’image plastique prenait miraculeusement le relais d’un texte qui n’en est pas vraiment un.
Y aller ou pas? Si vous avez vraiment d’excellentes raisons que nous ne connaissons pas, si vous avez envie de comprendre pourquoi faire du théâtre est vraiment très difficile, si… Mais la vie est courte et l’Oncle Vania au Théâtre de l’Athénée nous attend: encore un des paradoxes contemporains: les metteurs en scène préférent  souvent s’en remettre à des valeurs plus sûres.
Au fait, saviez vous que le merveilleux Vania à la Campagne  du Théâtre de l’Unité -qui se joue à la lumière du jour et sans autre décor qu’un pré, ou un jardin de grande propriété avec quelques dix sept comédiens, s’en va sur ses 80 représentations…

Philippe du Vignal

Dieu, qu’ils étaient lourds!

 Dieu, qu’ils étaient lourds! ,  rencontre théâtrale et littéraire avec Louis-Ferdinand Céline, conception, adaptation et mise en scène de Ludovic Longelin.
 
  img0760.jpgLe spectacle a été construit à partir de différents entretiens de Céline pour la radio dans les années cinquante où l’auteur parle de sa vie, de son enfance où les gifles pleuvaient et où mangeait presque uniquement des pâtes pour ne pas donner d’odeur aux dentelles que sa mère réparait pour gagner sa vie dans un petit appartement du Passage Choiseul éclairé comme les autres au gaz. Et tout sentait le gaz…ajoute résigné le vieux Céline.
Son père était, lui, gratte-papier « correspondancier » comme on disait, dans une banque. Si ce n’était pas la misère profonde, cela y ressemblait et il passa son bac, tout en faisant des petits boulots, puis fit médecine… Bref, un autre monde, mais pas si finalement éloigné du nôtre!

  Et puis il y aussi dans cet entretien avec Céline,  tout ce qui touche au domaine historique, politique et, bien entendu littéraire; sur  son profond antisémitisme. Céline semble regretter ses prises de position, mais, à vrai dire, il  semble s’en foutre un peu et pressé de passer à autre chose. Mais là où il est vraiment brillant , c’est  évidemment quand il parle boutique c’est à dire littérature, non parfois sans crier cocorico, mais quelle insolence, quelle lucidité/  » Je ne suis pas un homme à message, je ne suis pas un homme à idées… j’ai pas d’idées moi! aucune! et… heu…oui, c’est ça… je trouve rien de plus vulgaire, de plus commun, de plus dégoûtant que les idées ». Et c’est merveille que de l’entendre vitupérer sur le roman de son époque: « Le roman n’a plus la mission qu’il avait et n’est plus un organe d’information. Du temps de Balzac, on apprenait la vie d’un curé de campagne, du temps de Flaubert, la vie de l’adultère dans Madame Bovary, etc.. . Maintenant, nous sommes renseignés sur tous ces chapitres forcément renseignés. Et par la presse! Et par les tribunaux! Et par la télévision! Et par les enquêtes de niveau social!  Et bien il ne lui  reste plus grand chose ( au roman) : il lui reste le style! » Que ne dirait-il pas maintenant à l’époque d’Internet et des portables!
Le style auquel Céline aura voué toute son énergie, mais que ce soit Pour Le Voyage au bout de la nuit, ou pour Mort à Crédit, cela sent souvent l’artifice, quand il veut à tout prix recréer une langue orale. Relit-on ses romans plusieurs fois? La réponse est non. Cherchez l’erreur.. Et ces entretiens finalement nous donnent beaucoup plus à voir sur ce qu’était ce drôle de bonhomme, blessé par la vie, courageux et patriote, qui avait une envie qui le tenaillait: celle ce créer son style à lui, mais manquant singulièrement de lucidité  politique.

 Un des meilleurs moments, c’est quand il vitupère sur les philosophes qui savent manipuler la jeunesse. C’est à la fois féroce et juste, d’une formidable écriture parlée ,alors que, d’un autre côté, l’écrivain, malade et pauvre, vit isolé dans sa petite maison de Meudon, et en veut à la France entière qui le lui rend bien. Il évoque ainsi sa vie quotidienne, sans  autre revenu qu’une petite retraite, et somme toute, assez content d’être aussi haï par ses chers confrères., et croit-il, par  l’opinion française en général.
Les phrases sont incisives, souvent prophétiques, d’une clarté  fabuleuse, et on sent qu’il ne vit que pour l’écriture, sans tricher, sans être à la remorque de financements douteux: « N’oubliez pas une chose, la vraie inspiratrice, c’est la mort, n’est-ce pas. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien. Il faut payer. Le reste pue le gratuit. » On reste étonné par cette  langue admirable, bien éloignée de celle qu’il a voulu mettre au point dans son écriture romanesque. Bref, comme une confession d’homme à homme, à la fin de sa vie, de quelqu’un qui n’a plus rien à perdre
et qui doit savoir en médecin qu’il était, qu’il n’en a plus pour très longtemps à vivre.
  La mise en scène de Ludovic Longelin ne vaut sans doute pas son adaptation des entretiens: le début et la fin avec des voix off, la lumière sépulcrale pendant toute la durée du spectacle avec le personnage de Céline vissé sur une chaise de bureau, surmonté de deux micros  et la petite scène où officie le journaliste qui l’interviewe, loin de lui: et que le public ne voit pas bien tout cela n’est pas très fameux!
   Marc- Henri Lamelande, lui, fait un excellent travail d’acteur, profondément marqué par Céline, jusqu’à vouloir lui ressembler physiquement, et à adopter sa voix nasillarde,(ce qui n’est sans doute pas la meilleure idée du siècle) et il est très bien soutenu par Ludovic Longelin qui lui pose les questions… Mais Marc-Henri Lamelande est tellement juste, tellement vrai qu’on lui pardonne une diction parfois trop rapide, surtout dans les meilleures fulgurances du texte. Et l’heure passe sans que l’on s’en rende compte.
  Alors à voir? Oui, malgré les défauts de la mise en scène et de la direction d’acteurs, ce spectacle nous donne une autre image de Céline, celle d’un homme émouvant, empêtré qu’il est dans ses contradictions, à la fois lucide et d’un rare aveuglement, plus intéressant finalement que le romancier que l’on a sans doute un peu surévalué.
Mais chaque époque aime bien avoir ses écrivains sulfureux et maudits…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 6 novembre.

ARTAUD-BARRAULT

ARTAUD-BARRAULT  conçu par Denis Guénoun. 

  Dans le cadre des manifestations organisées du 8 septembre 2010 au 15 juillet 2011 pour le centenaire de Jean-Louis Barrault , par l’INA, la BNF et le département des arts du spectacle, une soirée passionnante a été conçue au Théâtre Marigny que la compagnie de Jean-Louis Barrault a occupé de 1946 à 1956.
En ouverture, Jean-Louis Barrault, une vie sur scène, un film monté à partir d’extraits d’interviews qui aident à retrouver la stature exceptionnelle de ce chef de troupe, acteur majeur, qui a toujours préféré la liberté de création à la servitude.
En deuxième partie,  Stanislas Roquette campe un étonnant dialogue entre Antonin Artaud et Jean-Louis Barrault,  dont la complicité artistique est née autour de Charles Dullin dans les années trente, ne s’éteindra au bout du voyage au Mexique qu’à la fin de l’internement psychiatrique du poète.
Ce jeune et brillant comédien qu’on avait découvert dans un précédent spectacle de Guénoun sur Céline et Rilke à la maison des Métallos a décidément une surprenante capacité de dédoublement.

Edith Rappoport


Coordination:  Marie-Françoise Georges, +33 6 31 95 01 24, mariefgeorge@gmail.com

LE GRAND ORDINAIRE

LE GRAND ORDINAIRE
Projet laboratoire entre écriture contemporaine et peinture abstraite de Claudine Pellé.

 


C’est une sortie de chantier de la compagnie de l’Ambre installée en Arles, qui travaille depuis deux ans à travers des résidences courtes sur ce texte en devenir de Claudine Pellé. Les acteurs voyagent autour d’un dispositif cerné par les peintures abstraites de Chris Voisard, qui peint avec ardeur pendant toute la représentation.
Malgré un véritable engagement des comédiens, tout particulièrement celui de la minuscule Mireille Mossé qui interprète une grand-mère allant rendre visite en prison à son petit fils et celui de Choé Hervieu, belle plante désarticulée en en robe écarlate qui tombe ,un escarpin à la main, on se perd dans ces quatre nouvelles qui ne parviennent pas à trouver une unité.

 

Edith Rappoport

Spectacle vu au Studio des Trois Oranges à Audincourt

Les Femmes savantes

Les Femmes savantes, de Molière, mise en scène Marie Montegani

femmessavantes7.jpg« Molière visionnaire vient interpeller à plusieurs siècles de distance la femme que je suis. Il me permet d’aborder de façon critique des fonctionnements sociaux qui tendent à perpétuer le modèle courtisan. Il ravive en moi l’urgence de ce combat que les femmes doivent continuer de mener pour tendre vers une égalité », déclare Marie Montegani. Les Femmes Savantes, une pièce terriblement d’actualité.La metteuse en scène, comme Philaminte, Bélise ou Armande, comme aussi Marie Curie, George Sand, Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar, Olympe de Gouges, Elsa Triolet ou Marie Bashkirstef, dont elle a placé le portrait en première page du dossier de presse, est une femme de culture et une militante qui cherche à faire avancer la cause féminine. La scénographie marie tout un arsenal magistral d’éléments  17 ème siècle: un télescope, un globe terrestre, une grande table de bois, des costumes noirs (Françoise Klein) en velours, satin, dentelles, avec fraise, chemise à manches flottantes, collet, hauts-de-chausses…, à une technologie toute récente : un écran sur lequel viendront défiler plusieurs images tout au long de la pièce. De même, la musique joue  elle aussi entre partition classique et rengaines populaires actuelles. Et  l’éclairage tamisé  qui évoque celui  de bougies  est parfois contrebalancé par de vifs faisceaux de lumière rouge ou jaune. Un mélange à l’image de cette tension qui parcourt toute la pièce entre haut et bas, corps et esprit, nature et culture, deux pôles entre lesquels il serait bon de trouver un juste milieu, chacun incarné à l’excès par les personnages de Molière.
Et les comédiens sous la houlette de Marie Montegani s’en donnent à cœur joie : on les sent totalement investis. Rares sont les spectacles récents où chaque personnage, loin d’être interchangeable, a une aussi forte individualité: Philaminte, femme à poigne et farouchement déterminée, Bélise qui s’imagine tous les hommes amoureux d’elle, Henriette sensuelle, Armande sur la barricade et à fleur de peau… Bref, des femmes exigeantes et ambitieuses, mais aussi élégantes, belles et féminines dans leur apparat. Il n’y a pas là d’antinomie, semble nous dire Marie Montegani.

Et les hommes ? Comme les femmes, ils sont introduits chacun par une petite musique qui les caractérise. Ils représentent eux aussi tout un échantillon de l’humanité : Chrysale, le faible qui s’incline devant l’autoritarisme de sa femme, Vadius et Trissotin, deux imposteurs prétentieux du monde des lettres aux conflits  typiques des intellectuels contemporains de la rive gauche, Clitandre, le cœur ardent… Mention spéciale pour l’intendant Lépine, sous la figure du mime (Clémentine Yelnik) qui incarne la servante Martine avec autant de persuasion. La distribution   des acteurs  est excellente  et il y a des scènes jubilatoires dont on gardera la mémoire. Ainsi, le  renvoi de Martine, puis celle où Bélise se croit séduite par Clitandre, celle où les usurpateurs Vadius et Trissotin se disputent, apparaissant en clowns ridicules, et surtout celle où Trissotin vient lire son sonnet aux femmes savantes : devant un rideau à paillettes de music-hall, éclairé par une lumière rouge, le grand séducteur surgit en chanteur de rock qui fait son show, déclamant son poème dans un micro, avec ses groupies en pleine extase devant ses niaiseries et fadaises… À moins que l’on ne préfère y voir le gourou manipulateur ensorcelant ses adeptes. 

Oui, lorsqu’on entend ces femmes revendiquer, dans le programme de leur future académie, la « résistance à l’oppression », la « distribution des places, des emplois et des industries », le droit de s’exprimer « à la tribune » et pas seulement dans la cuisine, on se dit qu’en quatre siècles, même après mai 68 et la révolution féminine, la cause des femmes est plus que jamais à l’ordre du jour. Les Femmes savantes, la revanche des femmes ? En tout cas, pour Marie Montegani, mettre en scène cette pièce est un « acte de résistance ». Femmes de tous les pays, unissez-vous !

Barbara Petit

 Au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise jusqu’au 23 octobre 2010 à 21 heures.

 

NEMA PROBLEMA

NEMA PROBLEMA de Laura Forti, mise en scène  d’Alain Batis.

 

En 1992, un jeune italien part en Croatie chercher ses grands-parents menacés par la guerre impitoyable qui se déclenche entre serbes et croates auparavant voisins tranquilles.
Pour permettre à ses grand-parents d’émigrer en Italie, il s’engage dans l’armée croate et se rend coupable, sans l’avoir voulu, de crimes inavouables comme dans  toutes les guerres.       Raphaël Almosni livre ce témoignage douloureux dans la lucidité retrouvée d’un homme mûr qui s’est libéré, accompagné par les improvisations au saxophone de Stanislas de Nussac qui brode autour de Charlie Parker.
L’élément de décor dessiné par Sandrine Lamblin dans le vaste espace de la salle de pierre de l’Épée de Bois, cerne bien la quasi-immobilité des protagonistes.

Edith Rappoport

compagnie de la Mandarine blanche, Un automne à tisser.Jusqu’au 24 octobre .

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