Colloque de Cerisy. Lire, jouer Ionesco

Colloque de Cerisy. Lire, jouer Ionesco

image.jpgEn complément du spectacle Les Chaises, actuellement mis en scène par Luc Bondy au Théâtre Nanterre-Amandiers, les éditions Les Solitaires intempestifs font paraître les actes du colloque de Cerisy. Une nouvelle rencontre organisée à l’occasion du centenaire de la naissance d’Ionesco qui s’est efforcée d’envisager son œuvre avec le recul du temps. Son théâtre est ici abordé aussi bien sous l’angle des écrits que sous celui des mises en scène, tant en France qu’à l’étranger.
C’est aussi l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’œuvre picturale, ainsi que les articles et interviews où l’auteur expose, sur lui-même et sur le théâtre, ses choix, ses doutes, et surtout ses interrogations. Et c’est enfin une opportunité de réfléchir avec plus de sérénité sur son engagement politique.
L’ouvrage est édité sous la direction de Norbert Dodille et Marie-France Ionesco, avec les communications  entre autres de Marie-France Ionesco‚ Marie-Claude Hubert‚ Benoît Barut‚ Pascale Alexandre-Bergues‚ Norbert Dodille‚  et les témoignages de metteurs en scène comme Jorge Lavelli‚ Lucian Pintilie‚ Luc Bondy, Jean-Luc Lagarce‚ Laurent Pelly et Emmanuel Demarcy-Motta.  


Colloque de Cerisy. Lire, jouer Ionesco, Editions Les Solitaires intempestifs, collection « Du Désavantage du vent », 560 pages, 17 €.



Archive pour octobre, 2010

Les Chaises

Les Chaises, d’Eugène Ionesco, mise en scène Luc Bondy

172338chaiseunejpg70843.jpg«  Plus on va, plus on s’enfonce », déclare le pitoyable vieux sur scène. Funeste présage que vient corroborer le gibet dressé : deux cordes pour se pendre, qui tanguent et se balancent. Car on l’ignore encore mais pour les deux vieux, ce soir est le grand soir. Sur le plateau nu et dépouillé, éclairé de la seule lumière blafarde des néons, une radio TSF juchée sur un tabouret lance une vieille ritournelle italienne, tandis qu’un radiateur fuit dans son coin. D’ailleurs, le sol recouvert d’une bâche en plastique abrite de grandes flaques d’eau, mare aux canards d’un nouveau genre sur laquelle le vieux pousse des bateaux en papier à l’aide d’une baguette de pain, où il fait patauger ses pieds avec la même gaieté qu’un enfant. Touchante scénographie (Karl-Ernst Herrmann) qui se fait l’écrin d’une élégante dramaturgie : les saynètes rythmées par la musique se succèdent avec de beaux fondus au noir, la lumière révélant à chaque fois une nouvelle posture. Mais que font, demanderez-vous, ces deux vieux au crépuscule de la nuit éternelle, en attendant la venue de la grande faucheuse ?   Comme à l’accoutumée, ils se racontent leurs petites histoires, drôles et dérisoires, avec les souvenirs qui ne s’accordent pas toujours.
Car tout est mâtiné chez Ionesco : les vieux, avec la souplesse des équilibristes, courent, font des acrobaties et des cascades − la vieille danse avec la fraîcheur et la légèreté d’un petit rat. Le tragique de certains moments (la vieille tombée de sa chaise rampe) le dispute au comique d’autres (le vieux perd son dentier en riant). Et, au soir de la vie, l’infantilisme et l’impuissance du nouveau-né les rattrape : le vieux porte piteusement une couche, rit et pleure comme un mioche.
C’est qu’ils sont touchants nos deux vieux ! Touchants et attachants dans leur délire à rassembler pour leurs hôtes imaginaires une tonne de chaises et à les disposer sur scène et en coulisses jusqu’à saturation, à faire la conversation à ces êtres invisibles, mais en restant à l’affût de l’arrivée de l’orateur que lui a invité.
Et justement, quand le moment tant attendu arrive, que la deuxième scène de théâtre apparaît dans la première, avec son rideau de velours fuchsia, le fauteuil de vinyle assorti, que le « grand maître », sa « majesté » surgit, tenant du rocker des années 50, avec sa veste et son jean à paillettes, sa banane sur la tête, et ses bottes noires vernies, on se dit que vraiment, Luc Bondy a le sens de la mise en scène. Fulgurant!
Si Ionesco a composé une belle pièce sur la vieillesse, sa solitude, ses petites manies, la maladie et la souffrance qui l’accompagnent irrémédiablement, la tendresse désarmante d’un couple de centenaires, Luc Bondy a su lui donner toute sa force et la faire résonner en s’entourant de trois excellents comédiens, deux qui simulent de manière bluffante la vieillesse (et pas seulement grâce aux costumes et au maquillage, mais grâce à une gestuelle et une diction d’une précision redoutable) : Micha Lescot, Dominique Reymond, et un troisième qui campe un désopilant orateur sourd muet : Roch Leibovici.
Beaucoup de style et de conviction pour cette adaptation des Chaises; on passera volontiers sur  quelques petites longueurs ici ou là. L’essentiel est ailleurs, la vieille le savait bien, elle qui conseillait à son mari : « Tourne, mon p’tit chou ! »

Barbara Petit

Au Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 23 octobre 2010 à 21 heures.

Tournée en France et en Europe jusqu’en juin 2011 : www.nanterre-amandiers.com


LA MARQUISE D’O

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LA MARQUISE D’O  de Kleist,mise en scène  de Niqson Pitaqaj.


La compagnie
Libre d’Esprit avait présenté en mars 2010. Crime et châtiment d’après Dostoiewski, longuement mûri à l’Ile Saint Denis où ils étaient en résidence  Niqson Pitaqaj y voyait des similitudes avec la folie destructrice qui avait ravagé son Kosovo natal. La marquise d’O lui permet d’aborder les ravages au sein d’une famille au nom du respect de l’honneur dans un pays en guerre.
La marquise d’O, veuve et mère d’un enfant, a été sauvée de la mort par un courageux comte qui l’a protégée au péril de sa vie. Au terme d’une maladie qui a failli l’emporter, il vient demander sa main, mais le père de la marquise lui oppose le respect des engagements militaires, il lui oppose un délai catégorique, malgré l’insistance du comte. Le temps passe et la marquise se retrouve enceinte, terrifiée elle nie toute relation amoureuse, mais son père la chasse du logis.
On découvrira le pot aux roses avec le retour du comte qui répond à la petite annonce qu’elle a fait passer pour retrouver son séducteur. Il y a une belle rigueur dans cette mise en scène géométrique, tous les déplacements sont rythmés à angle droit, hormis des rondes folles auxquelles la marquise se livre avec sa petite fille, le spectacle est rythmé en permanence par la musique de Grégoire Lorieux.
Il y a une étrange unité dans les costumes militaires, les mêmes pour les hommes et les femmes, seuls les revers changent, hormis la couleur rouge du costume du comte, grand colosse chevelu. La raideur empesée du jeu des acteurs, leurs yeux fixes montrent la destruction des liens familiaux que seule l’adorable fillette blonde vient rétablir.

 

Edith Rappoport

 

Jusqu’au 16 octobre Théâtre de l’Épée de bois : 01 48 08 39 74 http://unautomneatisser.com

La Tempête

La Tempête de Shakespeare, mise en scène de Georges Lavaudant.

   tempete.jpgAu fond, qui est Prospero, sous l’ironie de son nom ? Malheureux duc de Milan jeté au bon vouloir de la tempête par son usurpateur de frère, heureux habitant de l’île providentielle surgie de la même tempête ; bon père pour sa Miranda ; roi ou plutôt tyran de deux habitants, Ariel, l’esprit volant et entravé, et Caliban, corps lourd et cerveau plus lourd encore ; maître à son tour de la tempête, par la force de sa baguette magique…
Ce jour-là, Prospero l’homme blessé, le magicien, va amener sur son île tous les protagonistes de l’histoire politique – son frère l’usurpateur, le roi de Naples, un petit bout de cour…-, réunir les deux amoureux désignés l’un à l’autre depuis toujours – sa fille et le fils du roi de Naples -, éventer un complot boueux entre Caliban et quelques ivrognes rescapés, emballer tout ça, pardonner et retourner à Milan.
La Tempête est un conte merveilleux non destiné aux enfants: Shakespeare ne peut s’empêcher d’y enclore une rêverie mélancolique sur la destinée humaine, plus exactement celle d’un homme qui serait tout homme, victime et tyran, bon et méchant, chêne et roseau, faible et tout puissant, jusqu’à prendre la superbe liberté de briser in fine sa baguette magique. Comme toujours, aussi, Shakespeare ne peut s’empêcher de jeter sur l’île une bande de clowns et la dose de farce qu’ils trimballent. À l’intérieur de cet édifice, Georges Lavaudant a inclus une version courte du Songe d’une nuit d’été : féerie dans la féerie, mélancolie dans la mélancolie, illusion dans l’illusion, comédie dans la comédie.
La fameuse scène des artisans jouant « la fastidieuse et courte tragédie comique de Pyrame et Thysbée » sert de modèle formel à ce système d’inclusions. Et de grille de lecture : sommes-nous dans une claire confusion ou dans une confuse clarté ? Est-il nécessaire de bien connaître les deux pièces pour apprécier le montage ? L’adaptation et la traduction de Daniel Loayza , vives et percutantes, donnent aux acteurs et au spectacle énergie et rapidité, au détriment de la poésie.
André Marcon joue Prospero-Obéron avec une sobriété quelque peu solennelle, les jeunes gens n’ont pas l’air de s’amuser sur le plateau autant que la bande d’acteurs de Pyrame et Thisbée, Pascal Rénéric, Jean-François Lapalus, Luc-Antoine Diquéro, Olivier Cruveiller, à eux tous un régal de fantaisie et de précision. Plus quelques chorégraphies dérisoires dans le style TF1 : mais finalement, ce spectacle dont on sort un peu mi-figue mi-raisin va plus loin qu’il n’en a l’air.

 

Christine Friedel

 

MC93 01 41 60 72 72 , jusqu’au 24 octobre

SOLIDARITÉ AVEC LE CIRQUE ROMANES

SOLIDARITÉ AVEC LE CIRQUE ROMANES  Paris 17e
4 octobre 2010 

  capturedcran20101006211459.jpg Une foule énorme est rassemblée autour du chapiteau, appelée par Alexandre qui mène depuis plusieurs semaines une campagne opiniâtre dans tous les médias, radio, télévision, presse écrite, pour la sauvegarde des Tsiganes et de son son cirque Tsigane en particulier (lui ne parle pas de Roms). On recueille les signatures et les soutiens financiers, on vend ses livres à tour de bras, on peut se régaler de choux farci et de vin rouge, et on essaye de se faufiler dans le chapiteau pour la première séance car devant l’affluence la compagnie décide de faire deux courtes représentations.
Tout le monde s’entasse autour de la piste, seul un minuscule espace est laissé aux artistes, il y a des caméras et des micros braqués sur le chef de troupe qui déclare : “On nous accuse d’avoir de belles voitures, mais tirer une caravane avec une Clio, c’est impossible ! On est pauvres, le mot lendemain n’existe pas dans l’univers tsigane, ce qu’on aime, c’est l’espace. Les sédentaires n’ont jamais aimé les nomades, les pauvres n’ont plus le droit d’exister…”
Et les numéros se succèdent en un éclair, un clown les deux pieds dans le même sabot, une petite fille d’Alexandre aux cerceaux, des jongleurs, une contorsionniste, un beau numéro de corde volante d’une jolie rousse. Et les vedettes réclamées par Alexandre prennent la parole: d’abord,  Jacques Blanc directeur du Quartz de Brest, et Christophe Girard adjoint à la culture de la mairie de  Paris,  qui proclame “Vous êtes citoyens de la ville tant qu’on est là”, ainsi que Pierre Laurent du parti communiste.
On parle aussi de la création du Centre artistique tsigane rêvé par Alexandre qui déclare : “On n’a pas pu jouer depuis deux mois puisqu’on nous a retiré nos autorisations de travail, on n’est pas sûr de les récupérer, mais on rouvrira le 6 novembre !”

 

Edith Rappoport

 


www.cirqueromanes.com

Dernière station avant le désert


Dernière station avant le désert
de Lanie Robertson, mise en scène de Georges Werler.

dernier.jpgLanie Robertson est maintenant un dramaturge bien connu aux Etats-Unis, moins en France où, pourtant Georges Werler a déjà monté plusieurs de ses pièces. Nous sommes dans une station service, comme le dit le titre : au bord du désert, au milieu de nulle part. Un hangar délabré où s’accumulent des vieux pneus et où un bar sert exclusivement  à éponger la soif de Pete, qui ne boit pas que de l’eau.. C’est un gros bonhomme, sans doute pas très futé mais suffisamment quand même  pour sentir le danger et pour se faire respecter; il vit avec Sally, une belle plante, beaucoup plus jeune que lui. Il y a aussi, rescapé de la guerre du Viet nam, un jeune homme,  très choqué encore par toutes les horreurs qu’il a pu voir qui sert un peu à tout et à rien, dans la station service, puisqu’il n’y pas beaucoup de clients, et qui est vite bien sûr ,devenu l’amant de Sally..
Ce dont n’est, pas dupe Pete., contrairement à ce que croient les deux amoureux .Chaleur insupportable du Sud , huis-clos, sinistrose permanente: le cocktail est prêt pour un soudain embrasement de violence. Sally, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, pousse le jeune homme à abattre Pete, comme si le crime pouvait rester impuni. On ne vous racontera pas la suite, fort bien construite; en fait, l’on va apprendre que cette station service minable est en fait une sorte de centre de rééducation privé mais géré par l’armée américaine pour essayer de réinsérer ses anciens soldats paumés…. La trouvaille est astucieuse mais bon…Comme disait Sacha Guitry, les pièces de Scribe étaient bien construites mais on ne les joue plus; celles de Musset sans doute moins mais elles continuent à avoir du succès .Le trio: Vincent Grass/ Pete, Florence Muller/ Sally et Emeric Marchand/ le jeune homme, joue tout à fait bien et leurs personnages très crédibles, le décor sonne juste et le scénario habilement ficelé, trop peut-être:  l’on sent le rebondissement arriver à 130 kms à l’heure.  Et, au début du moins, on se laisse prendre un moment,  mais la mise en scène souffre d’un manque de rythme, comme si Werler s’était surtout préoccupé de mettre un climat en place sans se soucier vraiment de donner du corps et de l’énergie à la suite. Si bien que l’on reste un peu sur sa faim. Alors à voir? Oui, si vous n’êtes pas trop difficile et si vous avez envie de découvrir un auteur   américain dont la pièce n’a quand même pas les qualités de celles de Tennessee Williams…

 Philippe Duvignal

Théâtre du Petit Saint-Martin à 17 heures.

Hot Pepper, Air Conditioner and the Farewell Speech

Hot Pepper, Air Conditioner and the Farewell Speech , mise en scène de Toshiki Okada. 

 

  Ce  créateur  japonais de 37 ans s’est fait connaître il y a quelques années par une sorte de théâtre/ danse , où ce sont moins les mots qui comptent-ceux de l’argot de la jeunesse nippone d’aujourd’hui qu’ un ensemble de gestes où chaque mouvement est d’une absolue clarté, à la limite de l’artificiel, et où la gestion du corps est soigneusement décalée de la parole. Il n’y a en vérité pas vraiment de dialogue mais des phrases souvent répétées de façon obsessionnelle. Le mot engendrant le geste.
Et Toshiki Oikada sait montrer la standardisation, la rigueur impitoyable et le  vide d’un monde urbain où le travail lui-même n’a plus grande signification personnelle. Il semble suggérer, à la façon d’un Brecht contemporain ,que c’est sans doute le prix à payer pour arriver à produire toutes les petites merveilles de technologie que le Japon exporte dans le monde entier…Un téléphone portable, cela ne se paye pas seulement en euros mais aussi en discipline insupportable et en souffrance humaine !    Toshiki Oikada a choisi une scénographie exemplaire df9c74c98c0ef0f3c1.jpg‘intelligence et de raffinement:  qui a les mêmes vertus que le décor d’un nô: des châssis blancs, une grande table, quelques chaises en plastique moulé: c’est tout, pour figurer l’univers impitoyable d’une grande société japonaise où un employé stagiaire va être remercié, et où quelques employés également stagiaires préparent la fête de départ  et en choisissent le restaurant.
C’est au travail précaire et sous-payé que s’attaque Toshiki Okada. En trois courts volets: le choix du restaurant par trois employées pour fêter le départ de leur collègue Erika, puis un dialogue entre deux employés et enfin le discours d’adieu d’Erika. En 70 minutes chrono, où Oikada semble à la fois étirer le temps du quotidien et en même temps concentrer le gestuel. C’est sans doute l’aspect de son travail le plus remarquable.
Tout se passe avec une grande élégance gestuelle et vocale, alors que paradoxalement, l’on sent la  tension monter. Les voix sonorisées  et un éclairage glacial ajoutent encore à la dureté, à l’absence d’émotion et à l’insignifiance des propos où les mots sont essentiellement utilisées pour savoir quel est le degré idéal de la température de la la climatisation ou la mise en cause par les employés stagiaires du  fait que ce soient eux qui doivent préparer la fête,et non les permanents de la maison.
Le surtitrage est très bien réalisé, et c’est vraiment une occasion unique d’aller voir le travail d’un créateur japonais contemporain, à mi-chemin entre une expression dramatique et une chorégraphie superbement réglée.  Et , plus de trois siècles après se vérifie la merveilleuse phrase de son compatriote Chikamatsu Monzaemaon:  » L’art du théâtre se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ».

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de Genevilliers jusqu’au 5 octobre; et seconde pièce de de Toshiki Okada : We Are the Undamaged Others du 7 au 10 octobre.

Danses partagées

cnd.jpgDanses partagées  au Centre National de la Danse les 2 et 3 octobre 2010

Le Centre national de la danse a ouvert pour la quatrième  année consécutive sa saison  Danses Partagées .

Cette rencontre entre danseurs, amateurs et professionnels a réunis 2000 participants sur deux  jours. Pour 8 euros par atelier ( 6 euros quand on possède la carte du CND), le public peut bénéficier d’un ou plusieurs ateliers avec un échauffement commun chaque jour, cette année avec Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile de l’opéra de Paris. Ces ateliers très diversifiés, de la danse classique au Hip Hop, peuvent parfois aboutir à une mini représentation en fin de journée le samedi ( orchestrée en 2010 par Daniel Larrieu).

La médiathèque est ouverte ce week-end là et le rythme de tous ces studios occupés pour l’occasion, donne la sensation d’assister à la vie d’une « ruche » de danseurs et danseuses évoluant d’un atelier à un autre .Le Centre national de la danse regroupe 90 permanents et a 1500 abonnés qui peuvent assister aux ateliers et aux spectacles du CDN durant toute l’année, ainsi qu’à des spectacles à tarif préférentiel au Théâtre National de Chaillot, au Théâtre de la Ville, ou au Théâtre de la Bastille. Cette manifestation témoigne de la vitalité de la danse aujourd’hui.  Jean-Claude Galotta, Boris Charmatz, ou Pina Bausch ont intégré dans le passé des amateurs au milieu de leurs spectacles.
Plusieurs fois une phrase emblématique a été entendue durant ces ateliers, «  Il faut que cela fasse mal, mais cela fait du bien ». Que la notion d’exigence souvent oubliée dans le milieu du spectacle soit redécouverte  n’est pas inutile; rendez vous donc l’année prochaine.

Jean Couturier
www.cnd.fr

 

 

De l’art en Avignon

De l’art en Avignon

couvterramarepetit.jpgAvignon, ce n’est pas seulement un célèbre festival! C’est aussi un haut lieu d’activité muséale, comme le rappelle la député maire Marie-Josée Roig: « Depuis 1947, le théâtre est dans les monuments mais aussi sous les cieux étoilés, en plein air, et les arts plastiques s’imposent sur les murs dépouillés par le temps de leurs fastueux décors médiévaux ».
Ainsi l’artiste catalan  de renommée internationale Miquel Barcelo est-il exposé au Palais des papes (après Picasso en 1970 !), au musée du Petit palais et à la Collection Lambert depuis le 27 juin, et ce jusqu’au 7 novembre 2010. L’artiste majorquin a déjà une fine connaissance de la cité des Papes, d’une part parce que Majorque, son île natale, est historiquement liée à Avignon, d’autre part parce qu’il y a créé pour le Festival en 2006 avec Josef Nadj un spectacle désormais légendaire, « Paso doble ».
À cette occasion, les éditions Actes Sud publient Terramare, Miquel Barcelo. Bien plus qu’un simple catalogue d’exposition, ce beau livre a été mûrement pensé et bien construit. Belles reproductions des bronzes, plâtres, céramiques, peintures et autres œuvres de Barcelo, mais aussi photos de ses ateliers, et des trésors gothiques de Majorque que l’artiste a souhaité exposer : reliquaires, statues, plats, peintures italiennes et provençales…  Par ailleurs, il comporte  un texte inédit du romancier Alberto Manguel, des commentaires d’historiens médiévistes, un entretien passionnant avec Éric Mézil, le commissaire d’exposition, sur son travail au quotidien, sa technique, ses passions, son amour pour la Méditerranée… et de superbes illustrations liées à l’histoire de la Cité des papes et à l’île de Majorque.
Un ouvrage enrichissant qui dépasse donc largement le cadre de la stricte exposition pour situer Barcelo dans le contexte plus large de l’héritage culturel et patrimonial de la cité avignonnaise. L’œuvre foisonnante et protéiforme d’un artiste érudit, dont on appréciera les dimensions historique, esthétique et littéraire, à Avignon ou bien en lisant ce  beau livre !

Barbara Petit

Terramare, Miquel Barcelo, Palais des papes, Petit palais, collection Lambert en Avignon, Actes Sud, 372 pages, 39 euros.

 

GERTRUDE-LE CRI

GERTRUDE-LE CRI

 

De Howard Barker, mise en scène Gunther Leschnik dans le cadre de Cups of theatre, festival de théâtre anglais contemporain “the very best of british drama !” ***

 

dsc64891300x199.jpgUn choc rare ! On sort de ce spectacle ravageur le souffle coupé…Gertrude, c’est la mère criminelle d’Hamlet qui fait assassiner son époux pour convoler avec Claudius son frère. Le Théâtre du Corbeau Blanc frappe très fort dès la première image, Gertrude entièrement nue excite Claudius qui assassine son frère endormi, en lui versant du poison dans l’oreille et c’est là qu’elle pousse un cri de jouissance suprême. La violence du texte, splendide errance autour de la pièce de Shakespeare centrée autour de Gertrude qui ne parvient plus à jouir, est portée avec force par une vraie troupe. Ophélie est Ragusa, oie blanche en tailleur qui peine à conquérir son Hamlet qu’elle ne retrouvera qu’après sa mort, Mecklenbourg nouveau personnage conquiert la reine qui se donne à lui devant Claudius, le serviteur Gaston voue un dévouement amoureux à sa reine avant de mourir nu sur la table dressée, Hamlet revêt sa livrée avant de mourir lui-même. Sophie Million porte avec un beau naturel la nudité de Gertrude, son indifférence aux autres jusqu’à l’enfant qui naîtra de ses amours avec Claudius, on voit l’accouchement, son cri jaillit. La nudité est bien portée par les acteurs dans ce spectacle ! L’inquiétant personnage de la mère de Claudius et du défunt roi Hamlet, fascinée par sa belle fille à cause de ses crimes est interprété avec une belle ambiguïté par Marie Pascale Grenier. Une horreur salvatrice, la purgation des passions.

Edith Rappoport

Jusqu’au 9 octobre www.gareautheatre.com

Théâtre du Corbeau blanc, Gare au Théâtre Vitry

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