Une famille ordinaire

Une famille ordinaire, de José Pliya, mise en scène de Hans Peter Cloos

famil.jpgComment dire l’indicible ? Comment dire, en deçà ou au-delà du massacre, le consentement de ceux qui l’ont commis, ou pire, leur sentiment d’agir pour le bien, là où précisément va se nicher le mal ? José Pliya avait  voulu parler du Rwanda et de la Bosnie. Impossible. Trop près de nous.
Il a donc fait appel à l’histoire des Bourreaux volontaires d’Hitler, pour peindre une famille ordinaire, prise dans l’engrenage des amours et désamours, du non-dit et de l’incompris, de la folie sécuritaire. Tout viendrait du fait qu’on ne sait pas se parler, qu’entre la belle-mère et la bru, il y a toute l’histoire de l’Allemagne, et, entre le père et le fils, un honorable et stérile mutisme, en pleine montée du nazisme. Mais  l’écriture est à la fois démonstrative et compliquée : on ne règle pas si facilement les implications entre le public et le privé, et n’est pas Brecht qui veut…
Utiliser l’histoire de l’Allemagne nazie comme métaphore du mal qui serait au cœur de tout homme, ce qui est déjà en soi contestable, demande au moins l’exactitude historique. Or les noms de Sobibor, de Maidanek, sans référence à leur histoire réelle, sont utilisés ici comme des lieux communs d’une vision émotionnelle de la Shoah. Le procédé noie la prise de conscience dans ce qui est devenu une fade mythologie contemporaine. Évidemment, la petite fille des voisins juifs, un moment menacée par le grand-père , s’appelle Sarah…
La mise en scène de Hans Peter Clooos n’éclaire pas le propos, et en rajoute même dans le lieu commun : projection d’images de guerre, en sourdine, bras trempés de peinture rouge, passage du fils soldat en capote… Tout est prévu et prévisible, on ne voit là aucune recherche propre à cette pièce. La direction des acteurs est approximative, et les excellents Christiane Cohendy et Roland Bertin jouent sur la corde rassurante et éprouvée de l’émotion au premier degré; quant aux  jeunes comédiens, ils auraient beaucoup à apprendre…  et la pièce ne trouve jamais son rythme.
On sort de là mécontent : mécontent des précautions que prend l’auteur pour traiter son sujet de façon acceptable par le public – alors, il faudrait rendre acceptable l’inacceptable ? – et  mécontent de la mise en scène qu’on est bien obligé de dire paresseuse.

Christine Friedel

Théâtre de l’Est parisien, 01 43 84 80 80 – Jusqu’au 27 novembre.

 


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