Interiors

Interiors au théâtre des Abbesses d’après Maurice Maeterlinck

interiors.jpg C’est à une représentation atypique que nous invite le metteur en scène écossais Matthew Lenton et son groupe Vanishing point, pour sa première venue en France . Cette œuvre, en coproduction avec Napoli Teatro Festival Italia, est inspirée de la pièce de Maeterlinck : Intérieur. Ce récit décrit un vieil homme et un étranger, à l’extérieur d’une maison isolée, qui regardent par une fenêtre, une famille réunis dans le salon. Ils doivent informer les parents de la mort brutale de leur fille noyée, et plus ils regardent cet heureux foyer familial, plus il est difficile d’annoncer la nouvelle. Ce principe du quatrième mur qui rend les deux personnages voyeurs est utilisé dans ce spectacle au profit du public.
L’action se situe lors de la plus longue nuit de l’année dans la salle à manger d’une maison isolée du grand Nord, entourée de neige et d’ours polaires…. Andrews, un homme âgé et sa petite fille Sarah, reçoivent des amis pour un rituel dîner annuel. Et l’on va assister au déroulement de cette soirée, sans entendre les voix et les sons, provenant de ce foyer humain, ( en dehors des musiques du lecteur CD).
Au fur et à mesure, les convives arrivent et s’installent autour de la table. Chacun de ces fragments de vie est mis à nu, devant nous, aidé en voix off, par une étrange narratrice. Cette personne va finir par rejoindre la scène, mais y reste extérieure et observe comme nous les personnages. Une ancienne habitante du lieu? Un fantôme?  Le symbole du destin? Un ange descendu du ciel, comme dans  Les Ailes du désir » de Wim Wenders? Elle va porter d’abord un regard ironique, puis tendre sur chacun d’eux, d’autant qu’elle a connaissance de leurs destinées futures.
Nous assistons à un théâtre intime du quotidien, à un « tragique du bonheur de la vie immobile » comme le dit Maeterlinck. Pour Matthew Lenton « nous projetons nos propres histoires rêvées sur les histoires qui surviennent dans le salon, les petites tragédies prennent des proportions épiques parce que, bien sur, nous les reconnaissons en nous ».
Cette mise en scène est réussie, aidée par une belle scénographie, qui transforme le plateau en maison de poupée pour humains. Les huit acteurs  font un travail d’une grande finesse, et ne tombent jamais dans la pantomime. Dans  Théâtres Intimes  Jean-Pierre Sarrazac évoque la pièce de Maeterlinck, qui « met fortement en résonance l’intérieur et l’extérieur, au point de provoquer un effondrement de l’intimité familiale. La maison est la cible d’un cyclone cosmique dont l’œil tranquille serait la mort et qui, aux derniers instants de la pièce, va la faire voler en éclats ».
Remercions Emmanuel Demarcy-Motta et son équipe d’avoir déniché cette perle noire, qui nous laisse un goût d’amertume quant à notre  destinée: à la fin du spectacle, la narratrice nous dit seulement:  à bientôt…

Jean Couturier

Spectacle présenté au Théâtre des Abbesses  www.vanishing-point.org

 


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