Funérailles d’hiver

Funérailles d’hiver d’Hanokh Levin, mise en scène de Laurent Pelly.

 funerailles.jpg Hanokh Levin, écrivain israélien plus de dix ans après sa disparition, est encore cordialement détesté dans son pays où ses pièces ont été soit censurées ou interrompues à cause de violentes disputes dans le public.; en France, plusieurs de ses quelque 33 pièces ont été montées en France, depuis Kroum l’ectoplasme en 2000, puis Yacobi et Leindestal, Schitz,… Levin, il faut dire , ne mâche pas ses mots quand il critique , dans nombre de ses pièces, la vie sociale et politique d’Israël, en particulier l’ occupation des territoires palestiniens. Ce qui le rendrait plutôt sympathique. Ses comédies  ont pour thème la vie d’un famille et d’un quartier, reflet de la condition humaine, un peu comme chez Goldoni à qui il fait parfois penser. C’est  tragi-comique, avec une bonne dose d’humour,  et la poésie n’y tarde jamais à rejoindre le quotidien de personnages souvent hauts en couleur,mais mal dans leur peau.  Levin, depuis ses cabarets politiques et foncièrement antimilitaristes ne fait pas dans le théâtralement correct: il dérange, et prend un malin plaisir à déranger et sa parole est souvent provocante, volubile et il n’hésite pas à employer des injures et des mots crus.     Funérailles d’hiver, c’est l’histoire d’une famille que le fils d’une vieille tante vient déranger en pleine nuit pour lui annoncer son décès et son enterrement le lendemain. Alors qu’ils s’apprêtent à fêter le mariage prévu depuis très longtemps de leur fils et de leur belle-fille… Et  toute la famille fera l’impossible pour s’en aller en pleine nuit sur une plage déserte pour échapper à cette malédiction… où bien entendu, le fils finira par les retrouver… La noce aura quand même lieu après mille péripéties. Il y a du Labiche chez Levin, avec une bonne touche d’ Eugène Ionesco, avec un  style bien à lui pour mettre en place le délire d’une famille en dénonçant la bêtise avec férocité. Reste à savoir ce que l’on peut faire avec ce genre de comédie où passent et repassent quatorze personnages, dans un tourbillon infernal,  qui  est mise en scène avec précision par Laurent Pelly.
Cela dit, l’on se demande pourquoi il fait sans arrêt surjouer ses comédiens, en particulier Christine Murillo, dans une scénographie parfois inutile, comme cet escalier du début qui doit servir au maximum une quinzaine de minutes, ou ce long mur de plage. La pièce de Levin a-t-elle besoin de tout cette construction? Sans  doute pas et ,de toute façon, la pièce de Levin aurait été plus solide si l’on avait commencé par retirer une bonne demi-heure de cette histoire qui traîne en longueur et  la seconde partie, en particulier, n’en finit pas. C’est parfois drôle, reconnaissons-le , même quand c’est vulgaire à souhait, et c’est vrai qu’une partie du public rit,  comme ma voisine qui s’esclaffait à chaque réplique, mais le reste de la salle restait de marbre ou presque, comme si elle se sentait finalement peu concernée.
Laurent Pelly dit qu » Hanokh Levin dresse une galerie de portraits formidables, épingle l’individualisme et l’égoïsme absolu » . On veut bien mais ce n’est pas évident , du moins dans sa mise en scène , et cette histoire de famille nous a paru  longuette, et passé le début de ces deux heures, profondément ennuyeuse: les effets se répètent et on a connu Laurent Pelly mieux inspiré et plus novateur. Quant au langage d’Hanokh Levin, il ne nous a pas  semblé d’une si grande drôlerie que cela. Sans doute la grande salle Renaud-Barrault n’est-elle pas non plus  idéale pour ce genre de pièce…
Alors à voir? Si vous êtes un passionné de Levin, peut-être. Sinon, ni la pièce ni la mise en scène ne valent vraiment le déplacement. Même en ce mois de novembre pluvieux et triste…

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 11 décembre.

 


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