Gardénia

 Gardénia, mise en scène d’Alain Platel et Franck Van Laeckep

gardenia4lukmonsaert1024x681.jpg« Il dépend de celui qui passe, que je sois tombe ou trésor, que je parle ou me taise, ceci ne tient qu’à toi, ami n’entre pas ici sans désir« , cette phrase  de Paul Valéry au fronton du palais de Chaillot, pourrait être une invitation à ce cabaret perdu auquel nous convient Alain Platel, Frank Van Laecke et Vanessa Van Durme.
Loin des palabres actuelles sur l’âge de la retraite et sur ce que cela peut  représenter…l’actrice transexuelle, Vanessa Van Durme qui a déjà joué dans le spectacle  » Tous les indiens » d’Alain Platel, nous propose de découvrir de vrais retraités, orphelins de la scène.
Elle a réuni ses amis interprètes  de spectacles de travestis,  qui  ont aujourd’hui entre 56 et 67 ans. Ils pourraient être considérés comme de vieux messieurs tristes, d’autant qu’au début du spectacle, Vanessa demande au public d’observer une minute de silence au nom de la fermeture récente de ce cabaret imaginaire. Pourtant la vie ,comme la fleur qui donne le titre au spectacle  Gardénia , va renaître grâce à la scène, aux costumes, à la musique et à la danse.
Le temps est passé, il a laissé des traces sur le corps de ces hommes, ils ont la pudeur de ne pas se regarder mais ils nous regardent , nous . Puis,  chacun d’eux va retrouver son costume de scène et les musiques du spectacle. Ces musiques du Boléro de Ravel aux chansons de  Dalida, en passant par Over the Rainbow chanté par Judy Garland nous emportent avec eux. La lumière transforme peu à peu  cette salle de patronage du début en un cabaret de tous les possibles.
La maîtresse de cérémonie Vanessa Van Durme le dit, « nos robes à paillettes ce sont nos armures et nos perruques des casques de sécurité ».Deux personnages décalés sont les témoins de cette métamorphose. Une femme autour de la cinquantaine, à la fois sœur et mère, accompagne un bouleversant jeune acteur russe Timur Magomedgadzhiev, à la recherche de l’amour et du sens de la vie. Ce comédien qu’Alain Platel a trouvé au Gitis, l’Académie du théâtre d’art de Moscou , parle russe sur scène. Il véhicule en lui une mélancolie,volontaire qui accompagne le bonheur éphémère de ses partenaires.
Gardénia est une belle réflexion sur la vieillesse et la différence. Etre artiste aujourd’hui, est sans doute un des rares remparts  contre le temps qui passe. Pina Bausch,Merce Cunningham, Laurent Terzieff, Roger Planchon, Jean-Paul Roussillon, tous disparus dernièrement, en auront été les témoins.
Un seul reproche  par rapport à la représentation donnée en Avignon:  la grande salle Jean Vilar n’est pas du tout adaptée au relations presque intimistes qui se crée ,entre les regards de cette femme, de ces hommes et celui  des spectateurs. Ces regards que nous ne pourrons oublier.  En cet automne triste et froid, allez quand même voir fleurir Gardénia, vous ne le regretterez pas.

 

Jean Couturier

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Vous pouvez aller voir Gardenia mais nous ne partageons pas tout à fait l’enthousiasme de Jean Couturier; bien sûr, il y a cette transformation sidérante de ces vieux messieurs , parés de robes à paillettes, bien sûr, le spectacle est  d’une rigueur  absolue mais on s’ennuie quand même un peu, et il y a quelques tunnels que Platel aurait pu nous épargner. Comme cette démonstration du jeune danseur russe vraiment pas très passionnante…
La faute à quoi: surtout à un manque de rythme et de provocation réelle: les numéros se succèdent aux numéros , sans fil conducteur,sans grande unité, et tout reste un peu sage , trop convenu, comme s’il s’agissait d’une commande dans laquelle Platel ne se serait pas vraiment investi. Et ce n’est effectivement pas une salle comme celle de Chaillot même réduite en haut et sur les côtés qui convenait à ce type de spectacle. Le plancher posé sur la scène Jean Vilar doit quand m^me bien faire dans les 130 m2 !
Malgré quelques bons moments, l’ensemble est décevant, surtout quand on pense aux premiers spectacles de Platel,  plus réjouissants et pleins d’humour et de fantaisie.  Vous avez dit décevant? Oui, décevant…Le public ne boude pas mais les applaudissements ne sont pas vraiment francs du collier!

 

*A signaler:

Il y a dans le numéro d’Alternatives Théâtrales 105 paru a en 2010, un article très pertinent d’Olivier Hespel sur le parcours d’Alain Platel et sur les rapports entre théâtre et danse; à lire dans ce même numéro une excellente analyse d’Yannic Mancel sur la trop fameuse « distanciation » et sur cette notion d Unheimlich  « inquiétante étrangeté », concept forgé par Freud qui, on le sait pas assez fut d’abord neurologue, au début du 20 ème siècle.   Il y a enfin dans ce numéro un entretien avec la chorégraphe Odile Duboc disparue cette année.

Philippe du Vignal

Théâtre National de Chaillot (salle Jean Vilar), jusqu’au 27 novembre puis en tournée en France et en Europe.

 


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