La passion corsetée

La Passion corsetée, de et avec Laurence Février.

  mmedechartreshorizonphotomargotsimmoney300x225.jpgLe corset a mauvaise presse, depuis que Paul Poiret s’était vanté d’en avoir délivré les femmes, mais certaines avaient pensé toutes seules à se débarrasser de ce symbole de l’oppression, respiratoire et symbolique, d’un sexe que l’objet rendait faible.
À l’opposé, Laurence Février a choisi d’y trouver un symbole de force. Ou plus exactement de tenue. Voilà une notion, pour ne pas dire un concept, qui commence à revenir en force, devant le relâchement du langage présidentiel, en particulier. Les temps sont durs ? Les temps sont mous.
Cette indispensable tenue, elle l’a trouvée dans La Princesse de Clèves, court roman devenu emblème de résistance à la vulgarité et à l’amnésie.
Madame de La Fayette, femme de cour très occupée et auteure peu prolixe, a atteint d’emblée la quintessence du roman d’analyse “à la française“, qui fait du sentiment non seulement le moteur de l’événement, mais l’événement lui-même. Il ne s’agit pas de sentiments mesurés : la Princesse, le Prince, le duc de Nemours hantent les sommets, frôlent les abîmes, sous les yeux d’une cour qui regarde tout, fait salon jusque dans les chambres de malades, partage la lecture d’une lettre tombée d’une poche et collectionne les portraits des “belles personnes“. En pleine lumière, comment tout dire de ses sentiments à l’être aimé, et tout cacher à la cour ?  On avait vu Marcel Bozonnet danser – très corseté, justement- et déclamer musicalement La Princesse de Clèves : toute la tenue nécessaire y était, et la grâce. Ce que l’adaptation de Laurence Février apporte – outre que chaque génération mérite d’entendre sa Princesse de Clèves -, c’est avec le passage à la scène,  la dramatisation du roman.  Et  le  découpage s’apparente aux actes de la tragédie. On n’est pas loin de Racine.
Mais la passion n’est pas que le sujet de l’affaire : elle en est le souffle, peut-être trop tôt, dès le prologue. Et c’est une passion au féminin : le spectacle ne s’achève pas sur l’épilogue désabusé d’une Princesse retirée et d’un Nemours oublieux mais sur les derniers mots de la Princesse…
Apothéose du sublime : elle choisit, libre.

Christine Friedel

Théâtre du Lucernaire 20h – 01 45 44 57 34

 


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