Julius Caesar

Julius Caesar de William Shakespeare, mise en scène d’Arthur, spectacle en anglais surtitré.

jc.jpgJules César est , comme le rappelle Arthur Nauzyciel, la première de la série des grandes tragédies de Shakespeare. Pièce politique où la force du langage et du discours peuvent modifier profondément le cours de l’Histoire, hier comme aujourd’hui. Il y  a deux grandes parties dans cette tragédie de cinq actes: dans les trois premiers, c’est d’abord, à Rome,  la conspiration des proches de César avec la réconciliation difficile de Cassius  et de Brutus qui a fomenté et organisé l’assassinat  et  la mise à mort de César, dont le sang versé est comme le signe annonciateur d’autres morts.
Et ensuite, après que Brutus et Marc Antoine se soient adressés au peuple  dans un discours célèbre:  » Brutus est un homme honorable… »L’ armée de Marc Antoine, Octave et Lépide affrontera à Philippes loin de Rome,celle de Brutus et de Cassius. Par un de ces  revirements dont l’Histoire est friande, les morts se succèdent: Cassius se suicide, Titinius, Caton et Brutus seront tués. C’est pour Shakespeare, l’occasion d’une réflexion sur le pouvoir politique, notamment sur l’erreur de jugement , thème que l’on retrouve notamment dans Troïlus et Cressida, et Le Roi Jean.
Réflexion aussi sur le temps et le destin sur lequel les hommes n’ont pas prise, aussi puissants soient-ils  ( l’apparition fantôme de César revient hanter  ses assassins). Les morts chez Shakespeare en particulier influencent la vie des vivants, et le passé donne naissance au futur comme dans une circulation infernale que les hommes ne peuvent en rien maîtriser. » Ma vie a tracé sa boucle » dit Brutus.
Quatre siècles plus tard c’est Tchekov qui dira aussi : « Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants ». Mais comment mettre en scène cette pièce sans la dénaturer? L’épreuve est difficile; Stanislawski puis Antoine en France, et Dullin quelque trente ans plus tard avec des moyens et un espace limité, puis  à sa suite Barrault puis encore Hossein l’avaient montée en gardant l’aspect monumental et épique, en représentant la foule romaine… Ce qui parait plus que difficile aujourd’hui.
Denis Guénoun avait  dans la banlieue d’Avignon réussit en 77 si nous souvenirs sont bons, à mettre en scène Jules César de façon très convaincante dans une église moderne en mettant l’accent sur l’aspect politique de la pièce. Ce qu’a chois de faire aussi Arthur Nauzyciel en en proposant une lecture personnelle , sans doute influencée par l’adaptation qu’en avait faite Brecht, Nauzyciel a travaillé avec des acteurs américains, à la suite d’une commande faite par l’American Repertory Thetaer de Boston. C’est, disons le tout de suite, à la fois  intelligent et superbement dirigé; Arthur Nauzyciel   a  voulu replacer la pièce dans le contexte des années 60, qui resteront marquées par l’assassinat de Kennedy, même s’il n’est resté que quelques années au pouvoir: une ère finissait et une autre commençait, un peu comme dans Jules César.
Les personnages sont  tout à fait crédibles; pas de peplum et de grands effets: les hommes sont habillés en costume et cravates noirs et chemise blanche;  les deux femmes, elles sont en  robe longue: Calpurnia ,qui  a des rapports difficiles avec son mari César, et  Portia, l’épouse de Brutus; il y a conversation  entre les deux époux particulièrement bien traitée par Nauzyciel , avant l’assassinat.de César.
Le metteur en scène a privilégié la vision politique de la pièce ; cela dit, le peuple romain semble un peu lointain,  un peu absent de ce conflit entre les grands dont il est  pourtant l’enjeu et le spectateur impuissant.   Mais quel bonheur d’entendre Shakespeare en anglais…   Les comédiens, même dans les scènes les plus violentes, ne crient jamais ( nous ne visons personne dans l’hexagone mais…),  sont toujours justes  et possèdent une force intérieure de sentiments tout à fait étonnante. Côté scénographie, le grand rideau de fond, photo d’ une grande salle de spectacle  qui , bien entendu , figure le sénat ,n’est pas vraiment convaincant. D’où l’impression d’une certaine démonstration, d’une certaine  sécheresse un peu comme dans Lulu mise en scène par Stéphane Braunschweig- Vitez, dont ils ont été tous  les deux les élèves, aurait-il encore frappé?-.
Et il y a une certaine lenteur, surtout au début, qui tient  à la construction de la pièce, mais Arthur Nauzyciel a eu la bonne idée de faire appel à un trio de jazz avec Marianne Solivan,une chanteuse formidable, dont les chansons qui malheureusement ne sont pas sur-titrées parlent  de suicide et de mort, et ce commentaire musical  aère et ponctue  cette pièce fleuve.
Alors à voir? Oui, sans hésitation, surtout pour la direction d’acteurs d’Arthur Nauzyciel qui est vraiment remarquable. Mieux vaut sans doute connaître la pièce (le surtitrage, très en hauteur et en petits caractères est peu efficace), et oblige à un constant aller et retour pour ceux qui ne maîtrisent pas comme nous la langue anglaise, mais cette mise en scène nous offre une lecture de la pièce  solide et  intelligente, ce que l’on ne voit pas tous les jours.

Philippe du Vignal

Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis jusqu’au 28 novembre; attention: c’est à 19 h 30, le samedi à 18 heures et le dimanche à 16 heures; il y a une navette pour le retour sur Paris. T:01-48-13-70-00

 


3 commentaires

  1. Réponse à Laure:
    Merci pour votre message; l’interprétation de Cassius? Diffficile de vous répndre : compte tenu de mon anglais plus que moyen, j’avais les yeux rivés sur le surtitrage et je vous avoue être passé à côté de ce que vous remarquez sûrement à très juste titre Merci en tout cas de cet éclairage. je poserai la question à Arthur et je vous donnerai la réponse dès que je l’aurai.
    Avez-vous eu tort de partir à l’entracte? Je ne sais. Vous avez échappé quand même à des scènes interminables, et la fin était bien longue, et pas vraiment convaincante. Surtout quand on arrive au théâtre une demi-heure avant l’heure prévue et que cette attente due à une panne de secteur était quand même un peu dure.

    Cordialement

  2. Laure dit :

    Oui, je suis d’accord mais j’avoue être surprise de ne rien lire sur l’interprétation de Cassius, par Mr Montgomery, je dois dire que je n’ai pas compris au 2 sens du terme, pourquoi ce choix de rythme, de coupure des phrases qui ont fait que j’ai eu le plus grand mal à comprendre sauf à me concentrer et encore alors que pour les autres c’était limpide. Pour moi, voir cette pièce dite par des américains était un plaisir car la compréhension m ‘en était parfaite immédiatement sauf pour cet acteur et étant donné son rôle en première partie, je n’ai pu rentrer dans la pièce qu’après et je dois dire que cela à contribué à mon ennui à cause en effet, d’ « une certaine lenteur, surtout au début, qui tient à la construction de la pièce » et de  » l’impression d’une certaine démonstration ». J’avoue m^me que je suis partie à l’entracte mais je suis sûre que j’ai eu tord. L’idée de rester assise encore aussi longtemps sur des sièges inconfortables alors que le spectacle a commencé très en retard et qu’une heure de transport en commun m’attendait m’ont dissuadée de rester; dommage.

  3. Davi dit :

    je l’ai vu l’année dernière à la Maison des Arts de Créteil.
    Mais en lisant votre critique, et les souvenirs revenant, ça donne envie de revoir
    ce beau spectacle !

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