Parlez-moi d’amour

 Parlez-moi d’amour, de Raymond Carver, mise en scène de Jacques Lassalle.

  yif2ye8o.jpgL’amour revient ? L’amour ne revient pas. Il est toujours-là, enfoui sous la rancune, l’abandon, la trahison, la consolation. Qu’importe à la femme restée au pays – quelque part dans l’Oregon, le pays de Carver – que son premier amour revienne, tendre, peut-être repentant, en demande de quelque chose. Elle a « refait sa vie », pour son repos. Mais il n’y a pas de repos, l’amour revient, et fait mal, des deux côtés. Situation symétrique dans Du bout des doigts : le savant, l’écrivain s’est retiré à la campagne avec sa femme, les enfants sont grands, ils sont partis. Tout va bien, tout est calme. Tout est pris dans les glaces. Jusqu’au jour où… Ce jour J est celui de la tragédie, ou plus modestement du drame. Ou mieux de la rupture qui saigne et qui rend à la vie : la femme s’en va. Prétexte : elle a appelé le shérif pour un cheval égaré sur sa pelouse, elle profitera du camion de l’éleveur, et du « politiquement correct » de l’homme de police. Mais rien n’est fini.
Raymond Carver se dédouble, en quelque sorte, dans ces deux nouvelles, homme des bois et écrivain des villes. Bon départ pour comprendre tous les déchirements. Mais l’amour, justement, est indéchirable. Il faut voir Catherine Rétoré ajouter un sucre dans la tasse de café de Jean-Philippe Puymartin avec des intentions meurtrières. Il faut la voir, métamorphosée, dans Du bout des doigts, déposer sur le bureau de son mari une lettre qu’il mettra très longtemps à lire. Il faut écouter les silences pleins de Jean-Philippe Puymartin, sentir la présence des étrangers au couple, Olivier Augrond et Julien Bal.
Au théâtre de l’Atalante, nous sommes tous près d’eux, comme les acteurs sont au plus près de leurs personnages. Jacques Lassalle n’a en effet pas cherché à créer une distance qui aurait été artificielle. Il a confié le récit, les pensées des personnages, parfois, à la voix off (discrète) et dirigé les mots, les gestes, les tensions, avec une précision qu’on a l’habitude d’appeler « diabolique », mais qu’on a plutôt envie de placer du côté de l’amour : l’amour du théâtre, cette fois, et des acteurs portés au sommet de leur art.

 Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante – 01 46 06 11 90


Archive pour 23 novembre, 2010

Parlez-moi d’amour

 Parlez-moi d’amour, de Raymond Carver, mise en scène de Jacques Lassalle.

  yif2ye8o.jpgL’amour revient ? L’amour ne revient pas. Il est toujours-là, enfoui sous la rancune, l’abandon, la trahison, la consolation. Qu’importe à la femme restée au pays – quelque part dans l’Oregon, le pays de Carver – que son premier amour revienne, tendre, peut-être repentant, en demande de quelque chose. Elle a « refait sa vie », pour son repos. Mais il n’y a pas de repos, l’amour revient, et fait mal, des deux côtés. Situation symétrique dans Du bout des doigts : le savant, l’écrivain s’est retiré à la campagne avec sa femme, les enfants sont grands, ils sont partis. Tout va bien, tout est calme. Tout est pris dans les glaces. Jusqu’au jour où… Ce jour J est celui de la tragédie, ou plus modestement du drame. Ou mieux de la rupture qui saigne et qui rend à la vie : la femme s’en va. Prétexte : elle a appelé le shérif pour un cheval égaré sur sa pelouse, elle profitera du camion de l’éleveur, et du « politiquement correct » de l’homme de police. Mais rien n’est fini.
Raymond Carver se dédouble, en quelque sorte, dans ces deux nouvelles, homme des bois et écrivain des villes. Bon départ pour comprendre tous les déchirements. Mais l’amour, justement, est indéchirable. Il faut voir Catherine Rétoré ajouter un sucre dans la tasse de café de Jean-Philippe Puymartin avec des intentions meurtrières. Il faut la voir, métamorphosée, dans Du bout des doigts, déposer sur le bureau de son mari une lettre qu’il mettra très longtemps à lire. Il faut écouter les silences pleins de Jean-Philippe Puymartin, sentir la présence des étrangers au couple, Olivier Augrond et Julien Bal.
Au théâtre de l’Atalante, nous sommes tous près d’eux, comme les acteurs sont au plus près de leurs personnages. Jacques Lassalle n’a en effet pas cherché à créer une distance qui aurait été artificielle. Il a confié le récit, les pensées des personnages, parfois, à la voix off (discrète) et dirigé les mots, les gestes, les tensions, avec une précision qu’on a l’habitude d’appeler « diabolique », mais qu’on a plutôt envie de placer du côté de l’amour : l’amour du théâtre, cette fois, et des acteurs portés au sommet de leur art.

 Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante – 01 46 06 11 90

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