Mathis le peintre

Mathis le peintre, musique et livret de Paul Hindemith, mise en scène d’Olivier Py 

 mathis1.jpgPassionnante découverte d’un musicien peu joué et d’un opéra ambitieux. L’œuvre, qui embrasse toute la vie du peintre Grünevald – celui de retable de Colmar – s’attache à la question presque inépuisable de la responsabilité de l’artiste dans un monde en guerre. Dans la fiction, il s’agit des luttes accompagnant les progrès du luthéranisme : mais, au moment où Mathis est créé en 1938, à Zurich, l’Allemagne est en plein nazisme…
Que dire de la musique, quand on n’est pas musicologue, sinon qu’elle est dramatique, lyrique, efficace, et parfaitement menée par Christoph Eschenbach et l’orchestre de l’Opéra Bastille,  sans effets superflus , avec des chanteurs-Matthias Goerne en tête- à l’aise dans une partition que demande de la vaillance : un vrai plaisir.
Nous n’en dirons pas autant de la mise en scène: très vite, on se demande si Olivier Py aime vraiment la musique. Fallait-il jouer sans répit avec toute la technologie de l’Opéra Bastille et mobiliser une telle machine pour n’en tirer que parasitage et agitation ? Sortir et rentrer sans cesse des escaliers où crapahutent les chanteurs, clipper non sans bruit d’énormes praticables ?
On comprend l’idée, (un peu lourde) : montrer que le théâtre ne cherche pas l’illusion mais ne renvoie qu’à lui-même, comme tout art. Mais on peut le faire avec plus de discernement et d’économie – l’économie des signes, au moins – et plus de justesse.Mais revenons au fond de l’affaire, et à la responsabilité de l’artiste dans l’histoire. Bien sûr, Paul Hindemith ne pouvait pas créer son opéra dans une Allemagne qui brûlait les œuvres des « artistes dégénérés ».
Mais choisir pour le mettre en scène l’époque de l’écriture plutôt que de celle de la fiction est une idée qui ne fonctionne pas, et est même « contre-productive ». Danger ! L’image de l’officier nazi et des soldats au casque bas-du-front est devenue un lieu commun. La violence, pour avoir trop servi, et de façon trop molle, en est évacuée. Passons sur le coût des chiens parfaitement dressés et silencieux tenus en courte laisse : violence apprivoisée, là encore, pas même un frisson. On nous objectera que l’opéra, c’est le lieu commun : faut-il pour autant accepter les vieilles fausses audaces : danseuses aux seins nus à la Portier de nuit , casquettes à la chinoise de foules (gênées par les décor), plus désorientées qu’animées par la révolte et jolis jeux de drapeaux rouges ?
De quoi Luther est-il le nom ? C’est la question que pose Hindemith, qui n’en reste évidemmment pas à la fresque historique. Qu’en pense le metteur en scène, on ne le saura pas Cher Olivier Py, vous avez signé cette mise en scène en plaçant à la face votre chère « servante ». La modeste lampe doit attendre quatre heures pour retrouver son plateau nu. Que n’écrivez-vous un livret né de votre propre ambition ?… Pourquoi n’avoir pas pris le temps d’aimer ce livret d’Hindemith, dont une phrase vous renvoie – ironiquement – à votre propre responsabilité d’artiste : « ton pire ennemi est à l’intérieur de toi-même ».

Christine Friedel

Théâtre de l’Opéra-Bastille

 

 


Archive pour 6 décembre, 2010

Mathis le peintre

Mathis le peintre, musique et livret de Paul Hindemith, mise en scène d’Olivier Py 

 mathis1.jpgPassionnante découverte d’un musicien peu joué et d’un opéra ambitieux. L’œuvre, qui embrasse toute la vie du peintre Grünevald – celui de retable de Colmar – s’attache à la question presque inépuisable de la responsabilité de l’artiste dans un monde en guerre. Dans la fiction, il s’agit des luttes accompagnant les progrès du luthéranisme : mais, au moment où Mathis est créé en 1938, à Zurich, l’Allemagne est en plein nazisme…
Que dire de la musique, quand on n’est pas musicologue, sinon qu’elle est dramatique, lyrique, efficace, et parfaitement menée par Christoph Eschenbach et l’orchestre de l’Opéra Bastille,  sans effets superflus , avec des chanteurs-Matthias Goerne en tête- à l’aise dans une partition que demande de la vaillance : un vrai plaisir.
Nous n’en dirons pas autant de la mise en scène: très vite, on se demande si Olivier Py aime vraiment la musique. Fallait-il jouer sans répit avec toute la technologie de l’Opéra Bastille et mobiliser une telle machine pour n’en tirer que parasitage et agitation ? Sortir et rentrer sans cesse des escaliers où crapahutent les chanteurs, clipper non sans bruit d’énormes praticables ?
On comprend l’idée, (un peu lourde) : montrer que le théâtre ne cherche pas l’illusion mais ne renvoie qu’à lui-même, comme tout art. Mais on peut le faire avec plus de discernement et d’économie – l’économie des signes, au moins – et plus de justesse.Mais revenons au fond de l’affaire, et à la responsabilité de l’artiste dans l’histoire. Bien sûr, Paul Hindemith ne pouvait pas créer son opéra dans une Allemagne qui brûlait les œuvres des « artistes dégénérés ».
Mais choisir pour le mettre en scène l’époque de l’écriture plutôt que de celle de la fiction est une idée qui ne fonctionne pas, et est même « contre-productive ». Danger ! L’image de l’officier nazi et des soldats au casque bas-du-front est devenue un lieu commun. La violence, pour avoir trop servi, et de façon trop molle, en est évacuée. Passons sur le coût des chiens parfaitement dressés et silencieux tenus en courte laisse : violence apprivoisée, là encore, pas même un frisson. On nous objectera que l’opéra, c’est le lieu commun : faut-il pour autant accepter les vieilles fausses audaces : danseuses aux seins nus à la Portier de nuit , casquettes à la chinoise de foules (gênées par les décor), plus désorientées qu’animées par la révolte et jolis jeux de drapeaux rouges ?
De quoi Luther est-il le nom ? C’est la question que pose Hindemith, qui n’en reste évidemmment pas à la fresque historique. Qu’en pense le metteur en scène, on ne le saura pas Cher Olivier Py, vous avez signé cette mise en scène en plaçant à la face votre chère « servante ». La modeste lampe doit attendre quatre heures pour retrouver son plateau nu. Que n’écrivez-vous un livret né de votre propre ambition ?… Pourquoi n’avoir pas pris le temps d’aimer ce livret d’Hindemith, dont une phrase vous renvoie – ironiquement – à votre propre responsabilité d’artiste : « ton pire ennemi est à l’intérieur de toi-même ».

Christine Friedel

Théâtre de l’Opéra-Bastille

 

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...