Dämonen

Dämonen Démons de Lars Norén, traduction en allemand d’Angelika Gundlach,  mise en scène de Thomas Ostermeier.

Lars Norén, 66 ans est sans aucun doute le dramaturge suédois le plus connu en France, avec des  pièces comme Guerre, La Force de tuer, Kliniken, La Veillée, Munich-Athènes. Sur les quelque file587hddaemonenlarseidingerbrigittehobmeier.jpgdizaines qu’il a écrites. Dämonen  ( 1983)  est une sorte de tranche de vie: un couple, Frank 38 ans- l’âge qu’avait Norén quand il écrivit sa pièce- et Katarina vivent ensemble depuis longtemps mais le couple a quelques difficultés relationnelles dans leur vie quotidienne. Les reproches et les injures se mettent à pleuvoir. Et cela passe, on le sait bien, par des détails qui, accumulés au fil des années, deviennent une bulle prête à exploser avec violence. Un soir, Quand Frank rentre, Katarina est en train de prendre une douche et elle casse un verre, et le verre cassé s’éparpille partout sur le carrelage. Ce qui excède Frank qui  lui rappelle qu’elle avait déjà cassé la plaque de verre du bac à légumes du réfrigérateur il y a quelques années, de celles que l’on ne trouve jamais à acheter. Elle, de son côté, a un peu de mal à accepter que l’urne contenant les cendres de la mère de Frank soit toujours dans le couloir…

L’escalade verbale va commencer du genre: « Ne me regarde pas avec tes petits yeux ridés de cochon ». ou « Ta pute italienne que tu as baisée à Orly »  Qui peur de Virginia Woolf ?  que nous avions vu jeudi a, vingt ans plus tard, évidement inspiré Lars  Norén. … D’autant plus que Frank propose à ses voisins du dessous Jenna et Tomas un jeune couple comme eux mais qui ont deux enfants, dont un bébé Wolfgang qui est malade, de venir prendre un verre. Jenna, un peu enveloppée, mère de famille,  est un peu l’antithèse de Katarina qui a quelque chose de la Vénus de Boticelli. Ils se mettent à boire tous les quatre et dans ce huis-clos, la machine à produire de la cruauté mais aussi à révéler  la vérité de chacun des personnages est programmée de façon irréversible.

Complices et victimes à la fois, Katarina, très séduisante, et Frank mènent le bal, visiblement assoiffés d’échapper à un quotidien qu’ils ne supportent plus, incapables aussi sans doute de ne plus s’aimer.  Jamais sans toi, plus jamais avec toi…: « Ou je te tue ou tu me tues, ou on se sépare ou continue comme çà. Choisis, dit Frank, tout en sachant qu’il n’y a pas de vraie réponse. Et on pouvait s’y attendre: elle se met à draguer Tomas qui ne résiste gère à ses avances. Et comme dans la pièce d’Edward Albee, l’autre couple va vite être contaminé par ce déluge de violence verbale, où l’attirance sexuelle n’est jamais vraiment avouée mais sans arrêt présente. Et Frank a visiblement des penchants homosexuels et se met à draguer Tomas de façon très physique. Dans un moment de grande violence et déjà très imbibé, il versera les cendres de sa mère sur Katerina, pour ensuite  passer l’aspirateur et les remettre dans l’urne…

Ce qui n’empêchera pas Frank, à la fin de partir avec Jenna qui un besoin irrépressible d’amour: « Tomas ne m’a jamais aimé; c’est pour cela que je tombe enceinte tout le temps « . Thomas Ostermeier a repris un dispositif scénographique comparable à celui de Maison de Poupée soit une vaste tournette avec, d’un côté,  un appartement contemporain avec table basse, fauteuils et de l’autre côté, séparé par un box en verre où est placé un vélo d’entraînement, une petite cuisine, le lit d’une chambre et une douche avec lavabo.

Le directeur de la Schaubühne a placé deux projecteurs vidéo qui retransmettent certaines scènes sur les murs de l’appartement, surtout quand elles se passent de l’autre côté. C’est techniquement de grande qualité mais comme d’habitude, cette vidéo- véritable manie du siècle que nous avons souvent dénoncée- ne fonctionne pas très bien; et voir de gros plans de visages ou Frank pisser dans le lavabo quand les trois autres personnages continuent à discuter dans le salon tient de la provocation  de potache et n’apportent strictement rien au spectacle.

Mais avec une pièce mineure, Thomas Ostermeier a réalisé une mise en scène exemplaire, notamment dans sa direction d’acteurs; on connaissait déjà Lars Eidinger  (Frank) qui avait déjà joué  dans son Hamlet mais Brigitte Hobmeier, Eva Meckbach et Timan Straub sont d’une vérité et ont une qualité de jeu tout à fait exceptionnelle. Ce qui frappe le plus, c’est la simplicité apparente de leur interprétation et l’unité de jeu du quatuor.

Alors à voir?  Même si la pièce beaucoup trop longue, (deux heure vingt cinq sans entracte) sur un thème très proche, n’a pas la force d’écriture de Qui a peur de Virginia Woolf?  et si elle n’offre guère d’émotion, on est quand même séduit par la mise  en scène de Thomas Ostermeier. A vous de choisir. Apprentis comédiens, courez y, vous verrez une direction d’acteurs d’une rare qualité.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris (VIème)  jusqu’au 11 décembre.

 

 


Archive pour décembre, 2010

La Vieille et la bête

La Vieille et la bête d’Ilka Shonbein.

    lavieilleetlabtemariodelcurto1024x682.jpgSur scène, une chanteuse-bonimenteuse accueille avec énergie et humour les spectateurs, elle leur parle,ainsi qu’à Simone la régisseuse , et fait chanter le public qui se prête au jeu de bonne grâce. Sur une petite estrade au centre, dans la pénombre, une femme en noir, tête penchée et coiffée d’une couronne d’or mat à trois picots hérissés de travers, épluche soigneusement une pomme rouge, comme si elle tricotait avec son couteau pointu et la pelure fine s’allonge, s’allonge, sans se rompre. Sur une musique d’étranges instruments (du « temps enchanté », une vieille femme couronnée évoque la Reine de Blanche-Neige, des pommes… Tout est en place pour tisser un conte de fées et le faire recevoir par le public. Ou plutôt des contes : ceux qui traversent la vie d’une femme, la vieille, et de son corps, la bête.

Surgissant à travers de rares paroles, émises par une bouche qui semble édentée, et déformées par un rythme saccadé et par le léger accent de l’actrice-magicienne, et qu’elle compose avec son corps de fulgurantes images où elle raconte les métamorphoses de la petite fille en ballerine, puis en âne et enfin en vieillarde. C’est avec une extrême virtuosité qu’Ilka Shonbein tient ses masques de papier mâché sur le visage, ou dans la bouche ou elle les manipule comme un gant au bout d’un bras qui devient cou… Elle fabrique à vue, sous nos yeux émerveillés, non pas des figures, terme qu’elle refuse, mais des créatures de théâtre – marionnettes, ces chimères grotesques, moitié masques, et moitié corps vivant.
Ses postures et la manipulation de ses artefacts dont elle a pétri la matière donnent des expressions que la lumière et le mouvement rendent bouleversantes. C’est de son corps maigre et fragile, mais acrobatique et inventif, qu’elle tire ses créatures, chair de sa chair, comme elle avait titré l’un de ses précédents spectacles. Cette artiste n’est pas une marionnettiste, c’est une sur-mariomnette, comme Edward Gordon Craig l’avait appelée de ses voeux — si on veut bien oublier la misogynie regrettable de ce grand visionnaire. 

Le regard d’Ilka Schonbein se modifie à chaque instant — aveugle, absent, intérieur, rivé au masque qui vit avec elle et par elle, ou glissé, presque diabolique, en direction de la salle qu’elle jauge par-dessus sa progéniture qui alors semble vivre par elle-même. Ses créatures dansent sur la pointe de chaussons roses élimés, vêtues de ces loques déchirées, qu’elle enfile, plie, tasse et déplie ; elles pissent dans un seau rempli de paille, renversent des verres remplis de cidre qui se cassent et marchent sur les débris coupants pour en offrir un – rescapé du désastre- à une spectatrice. Elles peuvent même voler quand la comédienne, munie d’une troisième jambe, en appui sur une de siennes gainée de noir et donc invisible, transcende tout simplement la condition humaine. Possédée et détachée à la fois, Ilka Shonbein fait sourire, rire, pleurer, et soupirer la salle comme un instrument de musique, infiniment sensible, respirant avec elle… Toute une vie est concentrée sur l’espace réduit de la petite estrade, avec des apparitions et des disparitions sidérantes , rusant avec la Mort omniprésente que l’artiste-magicienne grâce à la métamorphose artistique et àla naissance de créatures scéniques vivantes, tandis qu’elles agonisent au quotidien : ainsi, la saisissante danse finale de la vieille qui ne veut pas disparaître, allongée dans le mitan d’un drap avec la Mort qui lui chante inexorablement tous les doux couplets bien connus d’Aux marches du palais . Du grand balagan  métaphysique … Du « vrai théâtre, celui qui n’existe que dans le mélange des genres », comme disait un jour Peter Brook, et, bien avant lui, Meyerhold.

Alexandra Lupidi, a une belle voix aux registres très variés, qui joue avec Shonbein comme elle joue elle avec son corps et son visage, dialogue avec « la Reine », et interprète le Requiem de Mozart, des airs yiddish ou du flamenco, tapis sur lequel se déploie ou se repose l’art de la comédienne dont les « Disparates » nous font songer à Goya.

A l’accueil enjoué du public, répond le bar dressé en un clin d’œil sur l’estrade à la fin du spectacle où la petite troupe en forme de trio sert du cidre aux spectateurs. On peut tout faire avec les pommes. Raconter, accueillir, abreuver, s’en remettre à Dieu et tromper la Mort.

Béatrice Picon-Vallin

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers jusqu’au 17 décembre.

Qui a peur de Virginia Woolf?

Qui a peur de Virginia Woolf? d’Edward Albee, traduction de Daniel Loayza,mise en scène de Dominique Pitoiset.

quiapeurdevirginiawoolf004ressourceoriginale.jpgLa célèbre pièce qui fut créée en 62 à New York puis en 64 au Théâtre de la Renaissanc avec ces formidables comédiens :  Raymond Gérôme, Madeleine Robinson, Pascale Audret  et Claude Giraud, seul encore vivant dirigés par Franco Zefirelli. Et l’on connait tous le film adapté de la pièce,  de Mike Nichols avec  Richard Burton et Elizabeth Taylor. Qui a peur… n’est pas si souvent représentée que cela, et pour des raisons évidentes: la pièce est axée sur deux personnages assez monstrueux, pas commodes à incarner, George et Martha qui vont mener deux heures durant une sorte de psychodrame devant  Nick et Honey 28 et 26 ans apeurés puis fascinés par ce coupe hors norme  qui pourraient être leurs parents ,dont ils n’arrivent à décoder le fonctionnement, et  dont, par moments, il deviennent  complices.
La nuit est déjà avancée quand George et Martha son épouse, rentrent chez eux après une réception bien arrosée chez le père de Martha, président de l’Université où George est professeur d’histoire. Martha lui rappelle qu’il a invité à prendre un verre un jeune professeur de biologie  et Honney, son épouse blonde et mince . Effectivement, quelques minutes plus tard, leurs deux invités arrivent, et le  » jeu » va commencer. Martha commence  à injurier son mari, George, cynique et impitoyable renvoie la balle sans aucun scrupule. Ils boivent tous les quatre sans arrêt, et pas du jus d’orange…
Et c’est un feu d’artifice: aveux truqués, ruses, mensonges , phrases à perfidies: Nick va vite comprendre dans quel abime de folie ils se sont fourrés, et prend peu à peu conscience que, d’abord témoins innocents, ils vont se trouver très vite eux aussi emportés dans une spirale irréversible. Avec, en prime,  la projection « in vivo « de ce que pourrait être leur quotidien de leur couple dans quelque vingt cinq ans… sur fond d’alcool et de règlements de compte., dans un campus universitaire où les chers collègues ne se font aucun cadeau.   Martha se met à draguer ouvertement Nick, presque sous les yeux de George qui joue les indifférents.
Quant à Honey, c’est un mélange de naïveté apparente mais elle ne tarde pas, elle aussi, même si elle a trop bu d’alcool, et qu’elle doit aller vomir, à voir que les dés sont pipés et qu’ils ont été invités , elle et son mari, comme figurants intelligents d’un épisode d’un conflit qui doit durer depuis longtemps. Mais ce n’est pas la jeune idiote que pouvait laisser supposer le début de la pièce. Sans eux, en tout cas, le jeu n’aurait plus de sens… Albee a bien réussi son coup en alternant les  scènes entre les personnages de ce quatuor, de façon à ce que l’intérêt ne faiblisse pas. On apprendra à la fin que  le fils dont ils parlent tient du phantasme et que le couple, en fait, n’a pas réussi à avoir d’enfants, et qu’ils gardent malgré tout une tendresse évidente l’un pour l’autre. Cette nuit aura été pour tous les quatre une sorte d’exorcisme nécessaire, et l’aube arrivant, il ne leur rester plus qu’à tenter d’essayer de  continuer à vivre pour George et Martha, et de commencer  à naviguer dans un monde universitaire sans pitié pour Nick et  Honey. Mais le temps d’apprendre à vivre , il est déjà trop tard, disait  Aragon. Et les dernières répliques de la pièce quand George et Martha se retrouvent seuls et ne peuvent plus se jouer leur comédie, laisse un  goût amer… Il était intéressant d’aller voir comment Dominique Pitoiset  l’avait mis en scène; le spectacle  a été créé il y a un an au Centre Dramatique de Bordeaux dont il est le directeur. Jeune, il avait été élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon et il a toujours été son propre  scénographe. Pour Qui a peur…, il a imaginé un sol de verre lumineux où il y a juste un très grand canapé et deux fauteuils en cuir blanc, avec en fond de scène, un long buffet bas qui sert de bar à boissons.
C’est sur le plan plastique, comme toujours chez lui, intelligent et impeccable , un peu comme une installation d’art contemporain qui n’oserait pas dire son nom. Et ce serait exposé au Musée de Tokyo qu’on n’en serait pas étonné mais il n’est pas sûr que ce dispositif convienne bien à la pièce, qui est quand même fondée sur un huis-clos  et ici les acteurs semblent un peu flotter dans le vide, d’autant plus que le plateau des Gémeaux est  assez vaste; au dessus, un grand châssis de toile  blanche,  dont George dit gentiment que le tableau représente l’espace mental de Martha … et qui servira à projeter entre les actes des  images  des locaux de l’Université de Bordeaux vides de toute présence humaine. Images dont on ne voit pas du tout l’intérêt, sinon de faire comprendre au  spectateur que les mœurs des universitaires, sont identiques
et que la solitude humaine existe partout..(mais cela on l’avait compris même si  l’espace et l’époque ne sont pas les mêmes!) .Cette vidéo, comme la plupart du temps, est absolument superflue…
Du côté de la mise en scène, c’est plutôt réussi: Dominique Pitoiset aurait sans doute pu préciser parfois davantage les intentions de jeu de Nick et Honey et il y a parfois sur la fin quelques baisses de rythme mais il  sait diriger ses comédiens, y compris lui-même, que l’on ne connaissait pas comme acteur et qui excelle dans ce rôle de prof cynique et manipulateur. Et Martha  ( Nadia Fabrizio) , son épouse à la ville, est aussi très juste et tout à fait crédible.
Quant aux deux jeunes comédiens: Cyril Texier et Deborah Marique, ils n’ont pas la tâche facile, puisqu’ils servent un peu, et même beaucoup, de punching ball et de faire-valoir, mais il sont , eux aussi , absolument impeccables, même si, au début, ils semblent avoir un peu de mal à trouver leurs marques comme  personnages: c’est un des défaut de la pièce qui, à quelque 48 ans , garde cependant une force et une virulence que n’ont plus beaucoup de ses contemporaines!
Quant à la traduction de  Daniel Loayza, les termes injurieux , qui appartiennent à des registres différents,  sont beaucoup plus durs  que dans le texte de Jean Cau mais, en tout cas, le dialogue possède comme un sang neuf et un souffle plus dramatique. Alors à voir? Oui, malgré les réserves indiquées, et malgré le vent mauvais et la froidure, si vous pouvez vous déplacer jusqu’à Sceaux ( le RER est à quelques centaines de mètres), cela vaut le coup, et pour la pièce et pour l’interprétation.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre des Gémeaux à Sceaux,  jusqu’ au dimanche 19 décembre..

Afghanistan

Afghanistan de Véronique-Marie Kayeafganistan.jpg

Cette pièce,  destinée aux élèves  du secondaire  (14 à 17 ans) est une œuvre qui fait tout, sauf prendre les jeunes pour des imbéciles. En effet, les propos sont sérieux, la manière d’exposer les conflits subtile et la conclusion  exigeante , puisqu’elle ne résout rien, et ne cherche ni à rassurer ces jeunes,  ni à confirmer leur regard sur le monde, ni à proposer des solutions irréalistes.
Un jeune homme d’origine afghane  (Jim) travaille dans une salle de Quilles qui appartient à sa famille.  Axelle, une copine arrive pour reprendre contact avec lui,  après une séparation de plusieurs mois. Tout a changé depuis cette dernière nuit qu’ils ont passée ensemble et dont le résultat est un bébé qui doit bientôt naître.
Pendant  les premières trente minutes, nous avons vraiment l’impression que la pièce n’ira nulle part : l’auteur mène un jeu tout à fait racoleur  avec des blagues trop faciles, des réactions presque clownesques, surtout celles  de Jim qui ne semble pas prendre au sérieux le fait qu’Axelle soit   hors d’elle.
Ce bébé  à  naître  l’empêche en effet de réaliser son rêve: partir avec l’armée canadienne  pour faire la guerre en Afghanistan. Mais c’est Jim qui partira à la guerre  contre son gré.  Le jeune homme  voudrait plutôt rester chez lui et  s’occuper de cette salle de Quilles. Voilà les rôles masculins et féminins renversés, apparemment. Mais  tout va basculer: après une demi-heure, la situation se corse et la  stratégie dramaturgique de l’auteur se clarifie. Le dialogue entre au fond des choses;  les deux jeunes commencent à révéler leurs pensées les plus profondes et les raisons de leurs choix  émergent dans un flux de paroles qui avancent et reculent, comme le ressac d’une mer qui coulent dans tous les sens à la fois. Jim est bouleversé lorsqu’il apprend que « son » bébé sera adopté par d’autres… Il nous raconte le passé de sa famille, ses rêves, ses espoirs, les déceptions. Axelle  parle  aussi de son passé familial avec une mère célibataire et alcoolique. Les arguments s’accumulent. Pourquoi partir à la guerre, pourquoi refuser la guerre, pourquoi ne pas rester ensemble, la discussion s’ouvre vers toutes les préoccupations des jeunes actuels : la guerre, la famille, l’immigration, les rapports avec les parents,  la sexualité, la grossesse et le rôle de la femme  et de l’homme dans cette société où la femme  est souvent livrée à elle-même. Le dialogue est un peu coq-à-l’âne.
Toutefois,  l’auteur a bien capté le rythme chaotique de la vie actuelle  qui  oblige les jeunes  à faire des choix, à comprendre pourquoi ils agissent de la sorte, tout en prenant la responsabilité de leur propre avenir. La vie devient presque trop lourde et nous le sentons bien. Nous avons assisté à une matinée scolaire où la salle était bondée de jeunes et où tout le monde écoutait attentivement. Quel beau public! Evidemment  interpellé par ce qu’il voyait : même quand les propos deviennent parfois pénibles, le rire n’est pas absent. Mehdi Hamdad ( Jim) a une aisance en scène et un charme  captivant qui le servent bien servi  quand il  fait  le jeune qui s’en fiche un peu, réaction  d’autant plus choquante quand il est devant l’excellente Julie Grethen qui incarne une Axelle enceinte, nerveuse, très amère et presque révoltée.
Pourtant, les deux personnages vont évoluer.  Jim mûrit (même si Mehdi Hamdad pourrait   calmer un jeu parfois trop agité ),  alors qu’Axelle  est enfin capable de  sourire…  Nous entrevoyons la lueur d’une réconciliation encore possible, mais pas du tout sûre. Patricia Marceau a bien  dirigé les acteurs  dans un  décor efficace d’Ivo Valentik. La guerre devient  une métaphore pour parler de l’avenir des jeunes et Patricia Moreau a réussi  ce pari scénique et textuel.

Alvina Ruprecht

 

Production du théâtre La Catapulte,  théâtre franco-ontarien à Ottawa. à la Nouvelle Scène. Réservations : 613-241-27 27  Poste 1.

La Cerisaie

La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène de Paul Desveaux

 Décidément La Cerisaie n’a pas trop de chances cette saison: après la mise en scène très médiocre de Julie Brochen, on a eu droit à quelque chose d’aussi inutile: celle de Paul Desveaux que l’on a connu plus inspiré. p924724.jpgDès l’entrée dans la salle, nous avons été saisi par un mauvais pressentiment… Soit une scénographie d’amateur conçue par Paul Desveaux lui-même: un plancher à grosses planches non fini ou déjà défait avec, dans le fond, un mur en ruine (bonjour les symboles!) avec une petite galerie. On y monte par un escalier étroit et viendra y dormir Lioubov; c’est aussi l’endroit où on remise les valises et les malles. Côté cour,  une armoire, la fameuse armoire de la chambre des enfants, un vieux canapé au bois  doré, avec, à côté, une bergère. et un arbre avec des branches sans feuilles, façon cubiste planté là pour donner du sens aux scènes  qui se passent  à l’extérieur… Plus loin,  côté cour, la table de la salle à manger  mais on ne sent ni le froid ni l’aube et tout est sec comme un coup de trique. Et l’on ne sent évidemment pas non plus la présence même lointaine de cette cerisaie en fleurs qui est, que l’on le veuille ou non, le symbole de la pièce.. Tous les personnages sont en costumes contemporains. Pourquoi pas, même si les jeunes femme sont habillées de robes d’été… Mais ce n’est pas cela qui peut faire sens, quand les enjeux mêmes de la pièce sont comme gommés et réduits à quelques images qui ne sont fondées sur aucune dramaturgie. Quant à la direction d’acteurs, là, très franchement, on ne comprend pas  bien ce que Desveaux a voulu faire: ni Christophe Grégoire ni Océane Mozas que l’on sent pas très à l’aise, ne sont Lopakhine  et Lioubov. Et peu crédibles. Alors, dans ces conditions, il n’y plus qu’à tirer l’échelle comme disait Molière. Tout est mou: le spectacle s’étire sans rythme,  fade et pâlichon et même les scènes-culte (comme l’annonce de la vente de la cerisaie ou le dernier dialogue entre Lioubov et Lopakhine) sont ratées. Que sauver de ce désastre? La scène du bal peut-être, bien chorégraphiée par Yannick Iatridès où  tout d’un coup quelque chose se met à vivre dans cette triste chose. Et  il y a aussi la belle présence de Jean-Claude Jay qui joue Firs, le vieux serviteur. Dès qu’il apparaît sur le plateau, c’est un peu de ce temps tchekhovien, si cruellement absent pendant ces quatre actes, que l’on retrouve pendant quelques minutes. Pour le reste.. autant  en emporte le vent dans les branches de cette cerisaie invisible… Alors à voir? Non, surtout pas; ce ne serait pas honnête de vous recommander cet erzatz de Tchekhov… Revoyez plutôt chez vous dans le silence et un (tout petit) verre de vodka à la main La Cerisaie de Peter Brook et/ou celle de Giorgio Strehler, impeccables de vérité, deux monuments tchekhoviens du XX ème siècle dont les images sont encore présentes dans la mémoire de tous ceux qui les ont vues. A chaque fois que nous les avons montrés à de jeunes étudiants qui n’en avaient jamais entendu parler, ces mises en scène ont provoqué leur admiration plus de vingt après. C’est un signe qui ne trompe pas…

 Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, Paris (VIII ème) jusqu’au 11 décembre.

Le Petit Chaperon rouge

Le Petit Chaperon rouge , d’après le conte populaire, texte et mise en scène de Jöel Pommerat.

C’est une » petite forme », comme  aurait dit Antoine Vitez  ce qui peut dire bien sûr que c’est   une grande et merveilleuse forme théâtrale. Joël Pommerat a repris le célèbre conte populaire de tradition orale très ancienne dont s’était déjà emparé chez nous Perrault à la fin du 17 ème siècle, et les Frères Grimm en Allemagne au I9 ème siècle. La version de Perrault est plus dure puisque le méchant loup croque, et la grand mère et le petite fille. Dans la version proposée par Pommerat, elles se retrouvent toutes les deux dans le ventre du loup mais un chasseur les en délivre et elles en ressortent toutes les deux indemnes.
Sur le plateau un peu en pente absolument dépouillé de tout accessoire, il y a seulement deux chaises de bois pour raconter l’histoire. Et comme personnages, un conteur en complet noir , trois femmes: une petite fille qui s’ennuie à la maison, sa Maman qui, sans doute trop occupée, ne joue guère avec elle,  sauf, de temps en temps, quand elle s’amuse à lui faire peur, comme si cela  préfigurait déjà la suite des aventures du petit chaperon rouge, et enfin la Grand-Mère, malade, située loin du monde de la petite fille et de la maman, seule dans une maison éloignée. Et puis le Loup.
Mais , le plus curieux de la fable est cette absence de personnages secondaires qui ne sont même pas évoqués. La maman n’a pas de mari, la petite fille n’a pas de papa ni de frère ou sœur, et la grand mère n’a pl
photochaperonrougehautedefelisabethcarecchio1105pcr57.jpgus ou pas de mari. Il y a aussi l’Ombre qui accompagne la Petite fille quand elle part seule avec le flan qu’elle a réussi à confectionner pour l’offrir à sa grand- mère.
La mise en scène de Joël Pommerat est une vraie merveille d’intelligence et de sensibilité;  et son travail est fondé sur la scénographie et les lumières absolument  exemplaires d’Eric Soyer, avec un rare sens des formes et des  couleurs, et un univers sonore de François et Grégoire Leymarie tout aussi efficaces. Il faudrait tout citer mais le moment où le loup mange la petite fille et la grandmère, uniquement sonore, est une pure merveille.Les costumes de Marguerite Bordat sont aussi d’une sobriété exemplaire, avec un clin d’œil que l’on ne remarque pas tout de suite: c’est la mère qui est habillée de rouge!
Alors que bien des spectacles actuels sont dans ce domaine d’une   pauvreté affligeante. Et c’est cet accomplissement absolu  dans la mise en scène, dans le texte, comme dans l’interprétation de tout premier ordre Ludovic Molière( le narrateur), Isabelle Rivoal ( la mère et le Loup) et Valérie Vinci ( le petit chaperon rouge et la grand mère) qui permet à Joël Pommerat de jouer subtilement entre le merveilleux  et la peur, et cette fascination mélangée de crainte pour l’inconnu que nous avons tous connu enfants… et sans doute adultes, avec juste ce qu’il faut de distance et d’humour pour que le cruel et l’horrible soient supportables pour les enfants.
Et il y a des répliques d’anthologie entre la petite fille et le loup »: Le loup est humain , il a seulement faim.- mais je n’ai pas envie tellement- Ce ne sont pas les enfants qui décident ». Le spectacle a beaucoup été joué et sa tournée continue avec une distribution parfois différente .Mais s’il passe près de chez vous en 2011 ( Sablé sur Sarthe, Ajaccio ,Champigny-sur-Marne Perpignan, Saint-Nazaire et Saumur y compris chez nos amis romains et barcelonais, ne le ratez surtout pas., et les enfants étaient visiblement heureux Il y a peu d’exemples d’un spectacle à la fois pour enfants et pour adultes qui dise autant de choses sur notre pauvre condition d’être humains par le biais d’un conte porté à la scène.

Philippe du Vignal

Odéon-Ateliers Berthier 17 ème jusqu’au 26 décembre.

Polnopolunie

Polnopolunie de Vladimir Mishukov

slavavladimirmishukovdemocraticbookspaulsen.jpg « Presque sans mots. Un regard. Un geste. Une pause. Un chuchotement. Un cri. Toujours dans la cible. En plein cœur. Tu te sens idiot. Confus, heureux. Emerveillé. En salle, parmi les spectateurs. A la maison, seul. Au bord de la rivière. Au jardin. La joie, il la répand sur tous. La tristesse, il la contient. En son cœur. Comme un clown », Voilà le seul texte du livre de photos qui nous fait découvrir le monde de Slava. Au fil des pages, de belles photos couleurs ou noir et blanc nous transportent sur scène, dans les coulisses de cette mythique création « Snowshow » ou chez Slava Polunie, dans son moulin jaune, près du Grand Morin en Seine-et-Marne.
Les images les plus émouvantes sont celles des regards des spectateurs, encore sous l’émotion du spectacle, et celles du rapport intime que ce clown jaune et rouge entretient avec la verte nature.
C’est  un beau livre pour réactiver notre mémoire de ce spectacle qui parcourt le monde depuis 20 ans, ou pour donner envie de le découvrir.

 Jean Couturier

 

Coédition Paulsen Democratic Book, Paris, novembre 2010, 176p, 30 euros

Dédicace du livre par Slava à la librairie du Globe 67 Bd Beaumarchais 75003 le samedi 4 décembre à 16h

« Slava’s Snowshow » du 15 décembre au 1er janvier au Théâtre des Célestins de Lyon

et du 27 au 30 décembre dans le cadre du festival Depayzarts 0810 811 877

voir article dans le Théâtre du blog du 9 novembre 2009.

 

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