Ithaque

http://www.dailymotion.com/video/xfwix9

Ithaque d’après Les Chants du retour de L’Odyssée , texte de Botho Strauss, mise en scène de Jean-Louis Martinelli.

Il aura fallu une vingtaine d’années d’errance et d’aventures épiques pour que l’habile Ulysse, le subtil, l’astucieux, arrive enfin sur les rivages marins d’Ithaque, sa patrie qu’il ne reconnaît pas. À ses côtés, la déesse Athéna (Gretel Delattre en star de variétés TV) aide ce voyageur trop humain à surmonter les ultimes épreuves, qui l’attendent encore dans ce retour imminent chez les siens. Ainsi, commence Ithaque du dramaturge allemand Botho Strauss, pièce écrite d’après Les chants du Retour d’Ulysse, les derniers de l’Odyssée.
L’intrigue se concentre sur la vengeance du maître des lieux, le massacre passionnel par Ulysse de jeunes rivaux jouisseurs et arrogants, fils des grandes familles de la ville, installés impudemment à la table conviviale et lorgnant  Pénélope pendant l’absence de l’époux.
Si Ulysse revient, il joue quitte ou double. S’il retrouve sa dignité, c’est en exterminant les parvenus et les vaniteux qui ont agi en vertu de la loi du plus fort, loin des règles de la cité et du bon droit .
ithaqueronit35.jpgLes jeunes inconscients agissent en méprisant le mendiant étranger, en lui refusant le gîte, en dépit de toutes les traditions grecques de l’accueil.   Contre la loi implicite bafouée, s’impose la grandeur du héros douloureux qui a gagné en sagesse mais qui n’hésitera pas à massacrer l’ennemi. Il a pour alliés, le silence et son fils Télémaque (Clément Clavel vif et réfléchi).« Le combattant est constamment à la limite, car s’il est en deçà, il risque de se faire tuer, et s’il est trop au-delà, il devient une espèce de monstre sanguinaire. », dit l’historien François Hartog.
Mais, au delà des lois de la guerre, la pièce fait la part belle à Pénélope, figure de l’attente infinie de l’époux disparu. La femme fidèle tisse le jour le linceul de son beau-père Laërte, pour défaire, la nuit, l’œuvre accomplie – et retarder ainsi  son mariage avec l’un des prétendants qui ont envahi de la demeure du maître disparu.
La scénographie de Gilles Taschet joue de l’immensité du décor : colonnes majestueuses de l’architecture grecque, présence de la couleur bleue céleste, proximité et  souffle sonore  de la mer qui mange le sable de la plage,  marches de l’escalier somptueux du palais . Avec en haut, le lit de Pénélope qu’investit avec nonchalance et détermination la brune comédienne Ronit Elkabetz , à la gouaille élégante, cigarette aux lèvres et mimiques de dédain face à la horde de jouvenceaux abrutis qui la courtisent…
L’actrice est vêtue d’une robe d’une largeur impressionnante, révélant la langueur et la boulimie qui a atteint Pénélope qui fume, mange,  mais ne cède pas le moindre centimètre de son corps à l’ennemi concupiscent. À ses côtés, se tient un chœur de trois femmes , morceaux symboliques de Pénélope déchirée. Des amis, restent Eumée, le porcher fidèle et secret et  Laërte, le père d’Ulysse, qu’incarne avec expérience et sérénité le même Jean-Marie Winling, vêtu en pâtre grec .  Reste aussi la nourrice d’Ulysse (Sylvie Milhaud, pleine d’amour et de rage rentrée), qui identifie son maître à la cicatrice qui marque son corps.
Quant aux  nombreux ennemis,   avachis devant les repas, ils tiennent des propos scabreux, et finalement malhonnêtes, puisqu’ils ne se risquent pas à combattre selon leur rang , alors qu’ils prétendent  au pouvoir.   Le vif Amphinomos (Xavier Boiffier) conduit tous les autres, en pantalons et T-shirt noirs, dégaines frimeuses et décoiffées de plateaux télé. Avec à leurs côtés, des servantes légères qui ont préféré les plaisirs, plutôt que le respect dû au maître absent.
Charles Berling donne au personnage mythique d’Ulysse une dimension humaine souveraine. En tenue guerrière princière style Art Déco ou bien en SDF attaché à sa couverture, il possède une belle autorité naturelle – sans afféteries ni complaisances, sans gestes nerveux ni futilité dans la voix – il est majestueusement silencieux ou discoureur intrépide, selon la situation, et ronge son frein avec art .
La mise en scène exigeante de Martinelli répond à un travail de recherche sur le sens de l’œuvre, ce qui n’est pas peu. L’image de la meute des prétendants est particulièrement juste, métaphore cynique de l’arrogance actuelle des « élus » des médias : politiques, intellectuels, diseurs de bonne aventure,  ou donneurs de leçon …La pièce de Botho Strauss , assez didactique et quelque peu scolaire n’est sans doute pas  celle du siècle mais Martinelli a su  mettre en scène avec fidélité cette version contemporaine de la fin de l’Odyssée et a bien dirigé  Ronit Elakabetz et Charles Berling, et le reste de la distribution qui est tout à fait convenable…

Véronique Hotte

Du 7  janvier au 12 février 2011, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h. Théâtre Nanterre-Amandiers 7, avenue Pablo Picasso 92022 Nanterre.

 


Archive pour 10 janvier, 2011

Ithaque

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Ithaque d’après Les Chants du retour de L’Odyssée , texte de Botho Strauss, mise en scène de Jean-Louis Martinelli.

Il aura fallu une vingtaine d’années d’errance et d’aventures épiques pour que l’habile Ulysse, le subtil, l’astucieux, arrive enfin sur les rivages marins d’Ithaque, sa patrie qu’il ne reconnaît pas. À ses côtés, la déesse Athéna (Gretel Delattre en star de variétés TV) aide ce voyageur trop humain à surmonter les ultimes épreuves, qui l’attendent encore dans ce retour imminent chez les siens. Ainsi, commence Ithaque du dramaturge allemand Botho Strauss, pièce écrite d’après Les chants du Retour d’Ulysse, les derniers de l’Odyssée.
L’intrigue se concentre sur la vengeance du maître des lieux, le massacre passionnel par Ulysse de jeunes rivaux jouisseurs et arrogants, fils des grandes familles de la ville, installés impudemment à la table conviviale et lorgnant  Pénélope pendant l’absence de l’époux.
Si Ulysse revient, il joue quitte ou double. S’il retrouve sa dignité, c’est en exterminant les parvenus et les vaniteux qui ont agi en vertu de la loi du plus fort, loin des règles de la cité et du bon droit .
ithaqueronit35.jpgLes jeunes inconscients agissent en méprisant le mendiant étranger, en lui refusant le gîte, en dépit de toutes les traditions grecques de l’accueil.   Contre la loi implicite bafouée, s’impose la grandeur du héros douloureux qui a gagné en sagesse mais qui n’hésitera pas à massacrer l’ennemi. Il a pour alliés, le silence et son fils Télémaque (Clément Clavel vif et réfléchi).« Le combattant est constamment à la limite, car s’il est en deçà, il risque de se faire tuer, et s’il est trop au-delà, il devient une espèce de monstre sanguinaire. », dit l’historien François Hartog.
Mais, au delà des lois de la guerre, la pièce fait la part belle à Pénélope, figure de l’attente infinie de l’époux disparu. La femme fidèle tisse le jour le linceul de son beau-père Laërte, pour défaire, la nuit, l’œuvre accomplie – et retarder ainsi  son mariage avec l’un des prétendants qui ont envahi de la demeure du maître disparu.
La scénographie de Gilles Taschet joue de l’immensité du décor : colonnes majestueuses de l’architecture grecque, présence de la couleur bleue céleste, proximité et  souffle sonore  de la mer qui mange le sable de la plage,  marches de l’escalier somptueux du palais . Avec en haut, le lit de Pénélope qu’investit avec nonchalance et détermination la brune comédienne Ronit Elkabetz , à la gouaille élégante, cigarette aux lèvres et mimiques de dédain face à la horde de jouvenceaux abrutis qui la courtisent…
L’actrice est vêtue d’une robe d’une largeur impressionnante, révélant la langueur et la boulimie qui a atteint Pénélope qui fume, mange,  mais ne cède pas le moindre centimètre de son corps à l’ennemi concupiscent. À ses côtés, se tient un chœur de trois femmes , morceaux symboliques de Pénélope déchirée. Des amis, restent Eumée, le porcher fidèle et secret et  Laërte, le père d’Ulysse, qu’incarne avec expérience et sérénité le même Jean-Marie Winling, vêtu en pâtre grec .  Reste aussi la nourrice d’Ulysse (Sylvie Milhaud, pleine d’amour et de rage rentrée), qui identifie son maître à la cicatrice qui marque son corps.
Quant aux  nombreux ennemis,   avachis devant les repas, ils tiennent des propos scabreux, et finalement malhonnêtes, puisqu’ils ne se risquent pas à combattre selon leur rang , alors qu’ils prétendent  au pouvoir.   Le vif Amphinomos (Xavier Boiffier) conduit tous les autres, en pantalons et T-shirt noirs, dégaines frimeuses et décoiffées de plateaux télé. Avec à leurs côtés, des servantes légères qui ont préféré les plaisirs, plutôt que le respect dû au maître absent.
Charles Berling donne au personnage mythique d’Ulysse une dimension humaine souveraine. En tenue guerrière princière style Art Déco ou bien en SDF attaché à sa couverture, il possède une belle autorité naturelle – sans afféteries ni complaisances, sans gestes nerveux ni futilité dans la voix – il est majestueusement silencieux ou discoureur intrépide, selon la situation, et ronge son frein avec art .
La mise en scène exigeante de Martinelli répond à un travail de recherche sur le sens de l’œuvre, ce qui n’est pas peu. L’image de la meute des prétendants est particulièrement juste, métaphore cynique de l’arrogance actuelle des « élus » des médias : politiques, intellectuels, diseurs de bonne aventure,  ou donneurs de leçon …La pièce de Botho Strauss , assez didactique et quelque peu scolaire n’est sans doute pas  celle du siècle mais Martinelli a su  mettre en scène avec fidélité cette version contemporaine de la fin de l’Odyssée et a bien dirigé  Ronit Elakabetz et Charles Berling, et le reste de la distribution qui est tout à fait convenable…

Véronique Hotte

Du 7  janvier au 12 février 2011, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h. Théâtre Nanterre-Amandiers 7, avenue Pablo Picasso 92022 Nanterre.

 

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