INDEFINI de FRANCOIS CHAT

INDEFINI de FRANCOIS CHAT.

 

23330.jpgFrançois Chat est, on le sait, un magnifique jongleur à la grâce particulière, qui ne se contente pas de son savoir de jongleur. Entre théâtre et danse, son corps dialogue avec les objets .   Il a travaillé avec Bob Wilson qui créa pour lui « Wings on Rock », et à qui il dédie ce spectacle en intitulant son prologue « Le regard du sourd » ; c’est auprès de lui il qu’il a appris la lenteur.
« Indéfini« , ce sont sept séquences entre ce prologue et un épilogue intitulé « disparition ».D’abord,  François Chat tout en noir, jongle  avec quelques balles blanches qui semblent tantôt lui obéir, tantôt vivre leur vie puis il y a  une séquence en blanc où le jongleur s’animalise, devient  un chat blanc qui joue avec une énorme pelote de laine blanche. Puis, retour au noir. .
Mais, à vouloir refuser la performance, François Chat vide son art. Quelques moments magiques nous font imaginer ce que pourrait être cet Indéfini mais… un texte inaudible nous éloigne encore de ce parcours que François Chat dit tracer entre origine et disparition.
Seule , Hiroko Komiya qui joue  avec lui , de  sa voix, des pierres, des objets, donne vie à
un spectacle qui n’est pas vraiment à la hauteur de ses ambitions.

 Françoise du Chaxel

Théâtre de Châtillon jusqu’au 15 Janvier. O1 55 48 06 90.

 

 


Archive pour 13 janvier, 2011

Life and times

Life and times, texte d’après une conversation téléphonique avec Kristin Woorral,conception et direction de Pavol Liska et Kelly Cooper, musique originale de Robert M. Johanson.

Nature Theater of Oklahoma est  le nom de la  compagnie new yorkaise tiré du fameux roman inachevé L’Amérique de Kafka qu’ont créée Kelly Opper et Pavol Liska. « Depuis 2004, selon le programme, il ont créé quelques unes des pièces les plus remarquables dans l’ancienne capitale de l’Avant-Garde » (sic). Ils ont aussi adopté la forme proprement américaine de la comédie américaine ( resic) et » leur travail n’est pas sans rappeler Marcel Duchamp, Andy Warhol qui ont  élevé le quotidien vers les hauteurs de l’art, ou John Cage et Merce Cunningham dans leur rapport à l’aléatoire » (reresic.) Rien que cela! A lire le dossier de presse, cela valait donc le coup devant ces brillantes analyses d’y aller voir de plus près: il n’y a pas tellement de spectacles américains qui débarquent sur nos scènes d’autant qu’au cas où l’on n’aurait pas compris, on nous redit que l’influence des principes aléatoires de John Cage et de Merce Cunningham est évidente. mais quelques lignes plus loin,  rétropédalage en douceur:  » le rôle du hasard est relativement restreint ». Il faudrait savoir ce que veut Florian Matzacher, le dramaturge de la chose, qui nous explique ensuite que « les innombrables petites séquences de mouvements chorégraphiques changent chaque soir de trajectoire ».
Quant à Duchamp et Warhol, leur influence semble s’être exercée à dose homéopathique… D’autant plus que le thème du quotidien d’une famille de la classe moyenne américaine, a déjà et depuis bien longtemps été exploré, en particulier par Meredith Monk avec son opéra Atlas et de façon tout à fait remarquable, en mettant en valeur  les stéréotypes , sans les rendre dérisoires, en les traitant comme une sorte de conte musical.
lifeandtimes.jpgLife and times ( le titre reprend le début de celui d’un spectacle des débuts de Bob Wilson d’une toute autre dimension Life and times of Joseph Staline)  est donc tiré d’une série de conversations téléphoniques d’une durée de 16 heures, transmises mot pour mot y compris les erreurs, bégaiements et ratés, (cette durée peut mais peut seulement faire penser à Warhol) qui défilent sur sur l’écran de traduction simultanée où s’inscrit aussi le texte en américain… Phrases plates, bribes de mots à propos de l’école maternelle, puis du cours élémentaire :petits événements  du quotidien joyeux et tristes comme dans tout commencement de vie de tout citoyen de n’importe quel pays. Soit le dérisoire, le banal, le minuscule portés au rang de spectaculaire, puisqu’on nous dit que c’est du théâtre sur les affiches.
Et sur scène que voit-on? Trois jeunes femmes , comment dire assez enveloppées, en robes grise et tennis, sauf une qui est celle qui a le plus de présence- sans doute parce qu’elles ont mangé trop de sucreries dans leur enfance!- chanter des mélodies seules puis en chœur; comme elles ne semblent pas avoir beaucoup de voix, on leur a collé sur le front des micros H.F. qui transmettent une soupe uniforme, si bien qu’au bout de vingt minutes maximum, on commence  à saturer. Il y a de petites chorégraphies minimales dont on se lasse tout aussi vite. A te point que le second degré, comme c’est souvent le cas pour ce genre de spectacle,rejoint vite le premier!
De temps en temps un des quatre musiciens dont Kristin Worall, dont on le bonheur d’apprécier la conversation téléphonique… Ces jeunes femmes, par ailleurs assez sympathiques dans leur rôle de jeunes filles ridicules et bien comme il faut, ont une curieuse manie: elle plient légèrement mais constamment leurs genoux. .. ou se dandinent en cadence jusqu’à l’usure.. C’est peut-être ici que l’on rejoint l’idée de performance, avec cette idée de temps illimité donc insupportable (l’idée d’ennui dans le happening cher à John Cage qui nous avait quand même expliqué , pendant un repas assez drôle ( voir le 1er numéro du magazine Art press) qu’un happening ne durait pas très longtemps!. Mais ici, la plaisanterie dure quand même une heure 45 ! A la fin , trois comédiens, eux aussi plutôt enveloppés sauf un, les rejoignent, avec le compositeur qui, lui, a une belle voix. Mais ce n’est pas fini! Entracte! Et ce doit être un hasard, la salle déjà pas pleine se vide d’une moitié de son public. Et ensuite rebelote, c’est reparti encore pour 80 minutes: les trois jeunes femmes que rejoignent cette fois les trois comédiens recommencent leur petit numéro avec les mêmes accessoires: ballons rouges que l’on jette dans le public;cercles jaunes manipulés en chœur,petits foulards bleus  qu’ils se mettent sur la tête sans doute pour caricaturer les plus mauvaises des comédies musicales américaines… Il y a , soyons justes , quelques bons moments dans cette seconde partie, beaucoup plus rythmée que la première. Le même Florian Malzacher, qui prend ses précautions, conseille au spectateur » de mobiliser ses propres perceptions pour s’approprier le sens  » ( tous aux abris!) de cette cette chose finalement assez prétentieuse  et que l’on voudrait nous faire passer comme le fleuron de l’avant-garde du spectacle new-yorkais…
Ce qui aurait pu être, dans un musée ou n’importe quel endroit décalé, une sorte de performance de trois quarts d’heure assez déjantée et plutôt comique,  devient dans un théâtre à l’italienne avec lumières sophistiquées, orchestre dans une fosse  et traduction simultanée quelque chose d’un ennui exceptionnel… Signalons aux fans ( il semble en exister quelques uns!) que cet épisode 1 qui dure plus de trois heures couvre les six premières  années de la vie de Kristin Worral mais que cette sublime épopée durera 24 heures.
A l’heure où nous écrivons, nous ne savons pas si Emmanuel Demarcy-Motta  a l’intention de poursuivre l’opération mais ce sera sans nous…

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre des Abbesses jusqu’au 15 janvier ( Il doit rester de la place ; pas la peine de réserver!)

La Belle au bois

La Belle au bois 

À partir de textes singuliers dont le spectateur fait simultanément la découverte, le Collectif Quatre Ailes et son metteur en scène Michaël Dusautoy cultivent le don de sculpter sur la scène des créations de leuaffichelabelleauboisweb.jpgr cru. Après Projet RW d’après la Promenade de Robert Walser, le temps est venu de la Belle au bois, une féerie de 1932 remaniée plusieurs fois. En 47, le souvenir récent de la guerre fait rage en France, et Supervielle évoque dans cette féerie la cruauté des hommes à travers les tueries de la Seconde Guerre mondiale.

Par opposition à ces temps irresponsables, l’histoire qui nous est contée baigne dans une atmosphère irréelle – visions, songes et souffle fantastique – à la fois heureuse et insatisfaisante, pour ne pas dire inquiétante. C’est l’anniversaire des quinze ans de la Belle, une jeune fille vive, enjouée et installée dans le désir de croquer la vie à pleines dents, qu’incarne avec une saveur jubilatoire Valentine Carette. Le corps pour la fillette est une prison décevante puisqu’elle vit, enfermée dans une demeure au milieu d’une forêt sombre que lui a étrangement tricotée sa marraine. Une vaste fresque au fond de la scène tient lieu de mur, une tapisserie façon Dame à la licorne, un lai de tricot ouvragé par les aiguilles de celle qui est douée de pouvoirs magiques, bien que, ces derniers temps, la fameuse baguette ne réponde plus à ce qu’on lui demande. Toujours est-il qu’à travers les mailles du tricot qui grandit à vue, la marraine pincée au goût acidulé (merveilleuse Catherine Mongodin) est bien la tisserande « accro aux aiguilles » qui maintient le fil de la vie, envers et contre toutes les quenouilles, dont celle de Perrault fatale à la princesse.
Ces accessoires mét
aphoriques sont présents sur le plateau. Blanches et neutres, comme vidées de leur sang, les quenouilles sont des outils artisanaux fantastiques, des sortes de vaisseaux naufragés, reliés aux cordes qui investissent les hauteurs scéniques de l’espace, la jungle aérienne de Michaël Dusautoy.
belleaubois21.jpg
Là, les branches de la forêt et les liens tissés par la Nature sont le domaine de Botté, le Chat. Damien Saugeon en félin surréaliste est plus vrai que chat qui griffe, agile, souple, bondissant, soyeux, langoureux ou jaloux. Il est l’Hermès de la princesse, celui qui vole à son secours et l’égaie. Manque au tableau enfantin – façon Shrek – la figure de Barbe-Bleue que François Kergoulay assume avec brio et un plaisir. « gourmand »
Les relations inattendues nouées entre la Belle et l’Ogre déploient un imaginaire tout terrain, qui ne craint pas les embardées que provoquent les scènes convenues, forcément bousculées. La Bête et la Belle s’aiment d’amour, oui : allez comprendre cela !
Il leur faut bien accorder la liberté. Même la cuisinière s’en étonne (Claire Carlier), extraordinaire de sérénité. Quant au Prince (Mathieu Boulet endiablé), c’est un joyeux jouvenceau décoiffé, plutôt brut de décoffrage, dont les attributs héroïques ont pâli.
Même la Fée Carabosse est là, une Marraine inversée, qui vient provoquer le public. Ombres, lumières, apparitions, machine à laver dont le tambour est un écran circulaire pour vidéo mi-aquarium, mi-TV, le spectacle déploie un univers poétique enchanteur et facétieux dans la proximité du rêve éveillé.

 

Véronique Hotte

 

La belle au bois, de Jules Supervielle ; mise en scène de Michaël Dusautoy.

http://collectif4ailes.free.fr/

 Du 11 au 17 janvier à La Scène Watteau/Théâtre de Nogent-sur-Marne (94), les 10 et 11 février au Théâtre de Chelles (77), le 11 mars au Centre Culturel Boris Vian/Les Ulis (91), le 22 mars au Pôle Culturel/Alfortville (94). Du 30 mars au 9 avril au Théâtre des Quartiers d’Ivry/Ivry-sur-Seine (94), le 6 mai au Théâtre des Sources/Fontenay-aux-Roses (92)

 

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