STRIPTEASE

STRIPTEASE de Cédric Orain 

« La sublime séduction » avec Céline Milliat-Baumgartner,

Cédric Orain, on avait pu découvrir sa plume au Théâtre du Peuple de Bussang dans son Cabaret Gilles, une biographie imaginaire de Gilles Defacque, le clown magnifique du Théâtre du Prato de Lille (voir théâtre du blog du 9 août 2009).
Ce Striptease insolite se déploie étrangement sur le plateau du Théâtre 71, devant une centaine de spectateurs fascinés, rassemblés sur des gradins. Mutine, aguichante, pleine d’humour, Céline Millat-Baumgartner effeuille son corps, avec une malice et un plaisir émouvants.
Aucune gêne, aucune obscénité, le simple plaisir d’un dévoilement joyeux, apprécié sans honte par le public. Elle décline les noms de célèbres stripteaseuses: Rita Renoir, Linda Romeo, Foufoune Darling, Lily Saint Cyr… et nous dit sa fascination pour Mae Dix, chanteuse de cabaret des années 20. Le final où on  la voit se trémousser autour d’une barre métallique, énumérant tous ces noms,  est tout  simplement beau.

Edith Rappoport

Théâtre 71 de Malakoff

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Archive pour 14 janvier, 2011

L’avenir, seulement

L’avenir, seulement, texte et mise en scène de Mathieu Bertholet

 

  mathieubertholet.jpg Elle, c’est Rosa Luxembourg, figure de la Révolution, refusant les arrangements réformistes et partisans. Lui, c’est le soldat-jardinier avec qui elle parle de communisme, et qui n’entend pas : si tout est à tous, qu’est-ce que j’aurai, moi ? Et puis le rideau s’ouvre sur l’immense perspective de la double scène de Gennevilliers, ( la petite salle n’étant séparée que par un mur rideau de la grande). Avec de chaque côté le public.
Sur une allée qui sera le lit du courant de l’histoire, une rangée de bureaux kafkaïens, qui deviendront au cours du spectacle le vestiaire des petites et grandes métamorphoses des comédiens ; de l’autre côté, une rampe lumineuse. À partir de ce moment, la mécanique de la troupe se met littéralement en marche. L’auteur metteur en scène a distribué au gré de chacun les 488 (en chiffres, il y tient) fragments qui constituent son texte. Peu importent les lieux : ils sont annoncés et répétés comme le texte lui-même. Peu importe la chronologie : la seule chose qui compte, c’est le temps même du spectacle, structuré comme une partition musicale, avec des thèmes très rigoureux repris en variations jusqu’au désordre final. La chorégraphie s’emballe, le mouvement ne s’arrête jamais, et, du piétinement perpétuel de ces quatre filles et sept garçons,  naît une énergie, une vibration porteuse de toute l’impatience d’une Rosa Luxembourg : L’avenir, seulement !, comme un slogan.
Rosa et son optimisme, Rosa et sa solitude en prison, Rosa assassinée, Rosa démultipliée sur le plateau : elle est la figure, non pas abstraite, mais motrice d’une révolution à faire, au-delà du plateau.
Si Mathieu Bertholet a voulu faire de L’avenir seulement  une expérience révolutionnaire de la mise en scène en “autogestion“, s’il invente une forme forte, efficace, le spectacle fonctionne évidemment sur qu’il dit : par exemple, il n’est pas indécent de parler de Karl Marx, il est urgent de considérer le capitalisme pour ce qu’il est, mangeur d’hommes et de femmes, et  l’espoir,  c’est le  travail.
On ne sort pas du spectacle le poing en l’air : à quoi bon ? Mais bien décrassé de la mollesse ambiante, forme et fond, qui ne sont – plus que jamais – qu’une seule et même chose.

Christine Friedel

T2G Gennevilliers 01 41 32 26 26 jusqu’au 29 janvier

 

http://www.dailymotion.com/video/xgf4x2

Cérémonies

Cérémonies de Dominique Paquet mise  en scène de Patrick Simon.

   ceremonies2.jpgCe sont deux jeunes garçons Razou et Radieux, qui, très jeunes, ont été placés comme disait alors à l’Assitance Pupbluqe et on sait que la vie des enfants-là a rarement été rose et que , souvent ballottés d’un endroit à un autre, sans repères, voire maltraités dans leur famille d’accueil, ils ont eu le plus grand mal à construire leur identité. Razou, incapable de de le faire veut que Radieux lui parle de sa vie à lui au cours d’une  cérémonie qui ressemble fort à une sorte d’exorcisme, et qui peut faire penser  par moments à celui des Bonnes de Jean Genet.
Razou, paumé, possède  assez d’énergie pour exiger fortement de son copain de misère ce qu’il ne  peut se dire de lui-même. Comme si la vie qu’ils ont , n’offre pour eux d’autre intérêt que cette cérémonie où, au moins, ils peuvent se retrouver loyalement, quitte à se faire mal, parce qu’il n’y a pas d’autre échappatoire que cette parole qui ,seule,  peut les libérer de leur angoisse et de leur solitude.
Le dialogue de Dominique Paquet , très ciselé,a une qualité d’écriture et des fulgurances poétiques d’une rare intensité, et la direction d’acteurs de Patrick Simon est tout à fait remarquable: Julien Bouanich et Sylvain Levitte, et, pour quelques répliques à la fin de la pièce , Ariane Simon sont tous les trois impeccables. Diction, présence et gestuelle: tout va droit au but.
Pourtant le spectacle ne fonctionne pas vraiment bien… La faute à quoi? Au dispositif scénique qui, au début est assez fascinant. Les deux jeunes acteurs réussissent à se maintenir, grâce une sangle sur un plateau tournant en bois  qui oscille à chaque pas. L’objet en pin blond est de toute beauté et  serait tout à fait à sa place  dans un musée d’art contemporain mais, très vite, ici, sur cette petite scène , arrive à parasiter visuellement l’espace… et surtout le dialogue. Le regard du spectateur est happé par ce disque qui n’en finit pas de tourner avec ses deux comédiens  qui réalisent un travail  gestuel exemplaire pour arriver à se maintenir dessus. Aucun temps de repos, le plateau continue à virevolter et alors,  le temps, bizarrement, alors que le spectacle ne dure que 55 minutes,  commence à devenir un peu long.
Dommage… Et l’on se dit que cet étrange  et magnifique cérémonial gagnerait beaucoup à ne pas être encombré par la mise sur scène d’un  dispositif aussi encombrant qu’ inefficace…

Philippe du Vignal

Manufacture des Abbesses rue Véron mardi, mercredi et jeudi à 21 heures jusqu’au 10 mars.

www.groupe3581.com

Dominique Paquet : Cérémonies.-école des Loisirs. 6€50

Occupe-toi du bébé

Occupe-toi du bébé, de Denis Kelly, mise en scène olivier Werner

 0935968001294406445.jpgDonna McAukiffe a-t-elle tué successivement ses deux bébés ? Dix-huit mois de prison, dure, puis relaxe au bénéfice du doute ou de l’irresponsabilité : elle-même ne sait plus, bloquée devant le trou noir, ou le blanc, de la mémoire traumatique. Nous non plus, nous ne le saurons pas. Mais les autres personnages, sa mère, son mari, le psychologue, chacun a son intime conviction. Nous assistons donc en direct à l’enquête télévisée menée par « Dennis Kelly », être de fiction auquel l’auteur donne son propre nom, de surcroît joué par le metteur en scène Olivier Werner. On saisit déjà les emboîtements du spectacle.Nous suivrons donc le trajet des deux femmes, la fille dans son innocence aveugle, évoluant vers une douce fatalité (qu’on laisse à deviner), la mère, femme politique locale, d’abord anéantie et ostracisée pour avoir touché, par sa fille, à l’innommable, puis reprenant du « poil de la bête », « battante », courageuse, jusqu’à se renier totalement et en toute bonne foi. Car la perversité de cette écriture tient en grande partie au fait que tous les personnages, toutes les paroles sont de bonne foi. Le psychologue croit dur comme fer au syndrome de Leeman-Ketley qu’il a inventé, comme on « invente » un trésor ; sa femme utilise de bonne foi les doutes de la communauté scientifique pour faire exploser ses frustrations conjugales, à moins que ce ne soit l’inverse.

Tout le spectacle, à tous les niveaux, fiction, video, mise en scène, est une formidable machine à explorer la manipulation. L’auteur a voulu retourner la mode des spectacles « verbatim » qui trouvent leur légitimité dans la garantie que « ce qui suit a été retranscrit mot pour mot… ». Ici, à l’inverse, à commencer par le fait-divers, compilation de diverses affaires récentes en Grande-Bretagne, nous avons l’assurance que « tout est faux ». Mais avec une direction d’acteurs extraordinaire. Dans toute cette machine à illusion, ils apportent un incroyable et fascinant poids de vérité. Aurélie Edeline (Donna) et Olivia Willaumez (Lynn, sa mère), ont une présence saisissante, comme Marie Lounici (l’épouse du psychologue), qui entre en jeu plus tard ; les trois hommes ne sont pas en reste : Jean-Pierre Becker, l’ami Jim, Vincent Garanger, le psychologue, Anthony Poupard, le mari. Tous font un incroyable travail de crédibilité, et c’est précisément l’enjeu et l’objet de la pièce. Même si cela va parfois jusqu’à l’ennui, dans l’insignifiance des propos à tel ou tel moment de l’ »enquête » ; il arrive qu’on regarde sa montre, comme on le ferait au cours d’un vrai - mais on n’ose plus employer ce mot qu’avec précaution – procès.

Il reste que la pensée est captivée, capturée par le vertige de la représentation. On savait déjà qu’il n’y a pire piège, au regard du vrai, que celui de la sincérité. On en a ici la démonstration presque mathématique, avec, en même temps, impossibles à détricoter de cette démonstration, des moments d’émotion très forts, celui où le mari se met à parler « quand même », la confrontation des deux femmes, « maman, me crois-tu coupable, oui ou non ? »…, où le mensonge devient la seule vérité possible. La machine à penser politiquement ne s’arrête jamais. C’est passionnant.

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline – 01 44 62 52 52 jusqu’au 5 février

  http://www.dailymotion.com/video/xdm3uu

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