FELA

FELA.

 Mise en scène et chorégraphie de Bill T. Jones.

fela.jpgLa création de FELA à New York en 2009 après une courte période off Broadway, a pris fin le 2 janvier,  alors que la reprise du spectacle était déjà en train de se préparer au National Theatre à Londres.
Pourtant tout a continué comme avant avec la chorégraphie et la mise en scène de Bill T. Jones ; avec le même acteur dans le rôle principal et beaucoup de danseuses et musicien ont poursuivi cette aventure artistique en Angleterre.
Nous avons pu le voir dans un cinéma d’ Ottawa, le 13 janvier lors d’une transmission en direct via satellite vers plusieurs villes du monde.  Le spectacle, un hommage au musicien, compositeur et activiste indépendantiste nigérian Fela Anikulapo-Kuti, mort en 1997, est d’une beauté extraordinaire mais est beaucoup plus que beau et divertissant. Il renouvelle le genre musical en le rapprochant de la danse moderne et de l’opéra populaire – un peu à la manière de Brecht, illuminée par les Orishas du panthéon Yoruba, le Jazz moderne, la musique, Bob Marley, les rythmes traditionnels africains et un récit politique violent et tragique. Fela , c’est tout cela…et bien plus encore.
Tout se passe dans le bas-monde du Shrine, la boîte de nuit de Lagos où Fela, ses danseurs, ses femmes, ses musiciens et ses acolytes se retranchent la nuit pour recréer le monde, crier leur frustration et créer leur musique. Sahr Ngaujah – un Fela d’une énergie et d’un talent inépuisables, à la fois le maître de cérémonies, narrateur  et directeur de sa bande. Avec les danseurs nigérians  et un groupe d’excellents musiciens :percussions, trombones, guitares, saxophones, claviers électroniques, et instruments traditionnels. Cet espace nocturne devient une république indépendante imaginaire où les artistes peuvent se défouler et rêver d’une autre vie.
Dans un premier temps, Fela explique l’évolution de sa musique par ses péripéties à travers le monde pour trouver un son tout à fait particulier. Ses rencontres avec Frank Sinatra, avec la musique afro cubaine, Bob Marley, et plus tard ,avec le jazz américain et le ‘High Life’ africain, illuminent sa quête musicale et nous aident à suivre sa démarche.  Etroitement associée à la chorégraphie de Bill T. Jones qui cherche aussi à créer des pas hybrides entre ballet jazz et  mouvements traditionnels africains.
Résultat époustouflant.  Les séquences sont menées comme des numéros de boîte de nuit où, dans l’ambiance glauque et sordide des nuits de Lagos, les drogues circulent à volonté entre les murs tapissés d’affiches politiques, et de photos d’ancêtres.Les danseurs s’adressent directement au public, captivé par ces fessiers tremblants, ces costumes bariolés, ces visages peints et les coiffes magnifiques.  Le spectacle évoque aussi la lutte de ces jeunes artistes contre le pouvoir colonial, grâce à l’influence du Black Power  aux Etats-Unis.
Ce rapprochement entre la révolte contre la dictature nigériane et l’esprit de cette nouvelle musique éclaire toute l’activité de contestation menée par Fela et les artistes de la boîte Le ‘Shrine’.  L’intégration de séquences filmées tirées des reportages télévisuels met en relief la réalité de la lutte politique alors que les séquences dansées et le recours aux éclairages magiques révèlent l’apparition des Orishas dans leurs habits traditionnels. Les ancêtres sont toujours prêts à intervenir pour appuyer la lutte et la magnifique Mélanie Marshall s’impose qui 
chante l’esprit de la mère de Fela, tuée par les soldats ; sa   formation classique donne à la soirée le ton d’une tragédie politique digne des opéras italiens du XIXe siècle, alors que les réactions violentes des soldats face aux jeunes révoltés nous ramènent vite à l’actualité africaine…
.Fela devient une fresque de l’histoire nigériane, où les corps festifs des danseurs, des chanteurs et des musiciens nous font vivre une réalité  bouleversante.   À quand un spectacle musical sur la quête politique de Ben Bella, ou de Lumumba? Les Français en seraient-ils capables?

Alvina Ruprecht

FELA au National Theatre de Londres jusqu’au 23 janvier. 020 7452 3000  www.nationaltheatre.org.uk

 


Archive pour 18 janvier, 2011

FELA

FELA.

 Mise en scène et chorégraphie de Bill T. Jones.

fela.jpgLa création de FELA à New York en 2009 après une courte période off Broadway, a pris fin le 2 janvier,  alors que la reprise du spectacle était déjà en train de se préparer au National Theatre à Londres.
Pourtant tout a continué comme avant avec la chorégraphie et la mise en scène de Bill T. Jones ; avec le même acteur dans le rôle principal et beaucoup de danseuses et musicien ont poursuivi cette aventure artistique en Angleterre.
Nous avons pu le voir dans un cinéma d’ Ottawa, le 13 janvier lors d’une transmission en direct via satellite vers plusieurs villes du monde.  Le spectacle, un hommage au musicien, compositeur et activiste indépendantiste nigérian Fela Anikulapo-Kuti, mort en 1997, est d’une beauté extraordinaire mais est beaucoup plus que beau et divertissant. Il renouvelle le genre musical en le rapprochant de la danse moderne et de l’opéra populaire – un peu à la manière de Brecht, illuminée par les Orishas du panthéon Yoruba, le Jazz moderne, la musique, Bob Marley, les rythmes traditionnels africains et un récit politique violent et tragique. Fela , c’est tout cela…et bien plus encore.
Tout se passe dans le bas-monde du Shrine, la boîte de nuit de Lagos où Fela, ses danseurs, ses femmes, ses musiciens et ses acolytes se retranchent la nuit pour recréer le monde, crier leur frustration et créer leur musique. Sahr Ngaujah – un Fela d’une énergie et d’un talent inépuisables, à la fois le maître de cérémonies, narrateur  et directeur de sa bande. Avec les danseurs nigérians  et un groupe d’excellents musiciens :percussions, trombones, guitares, saxophones, claviers électroniques, et instruments traditionnels. Cet espace nocturne devient une république indépendante imaginaire où les artistes peuvent se défouler et rêver d’une autre vie.
Dans un premier temps, Fela explique l’évolution de sa musique par ses péripéties à travers le monde pour trouver un son tout à fait particulier. Ses rencontres avec Frank Sinatra, avec la musique afro cubaine, Bob Marley, et plus tard ,avec le jazz américain et le ‘High Life’ africain, illuminent sa quête musicale et nous aident à suivre sa démarche.  Etroitement associée à la chorégraphie de Bill T. Jones qui cherche aussi à créer des pas hybrides entre ballet jazz et  mouvements traditionnels africains.
Résultat époustouflant.  Les séquences sont menées comme des numéros de boîte de nuit où, dans l’ambiance glauque et sordide des nuits de Lagos, les drogues circulent à volonté entre les murs tapissés d’affiches politiques, et de photos d’ancêtres.Les danseurs s’adressent directement au public, captivé par ces fessiers tremblants, ces costumes bariolés, ces visages peints et les coiffes magnifiques.  Le spectacle évoque aussi la lutte de ces jeunes artistes contre le pouvoir colonial, grâce à l’influence du Black Power  aux Etats-Unis.
Ce rapprochement entre la révolte contre la dictature nigériane et l’esprit de cette nouvelle musique éclaire toute l’activité de contestation menée par Fela et les artistes de la boîte Le ‘Shrine’.  L’intégration de séquences filmées tirées des reportages télévisuels met en relief la réalité de la lutte politique alors que les séquences dansées et le recours aux éclairages magiques révèlent l’apparition des Orishas dans leurs habits traditionnels. Les ancêtres sont toujours prêts à intervenir pour appuyer la lutte et la magnifique Mélanie Marshall s’impose qui 
chante l’esprit de la mère de Fela, tuée par les soldats ; sa   formation classique donne à la soirée le ton d’une tragédie politique digne des opéras italiens du XIXe siècle, alors que les réactions violentes des soldats face aux jeunes révoltés nous ramènent vite à l’actualité africaine…
.Fela devient une fresque de l’histoire nigériane, où les corps festifs des danseurs, des chanteurs et des musiciens nous font vivre une réalité  bouleversante.   À quand un spectacle musical sur la quête politique de Ben Bella, ou de Lumumba? Les Français en seraient-ils capables?

Alvina Ruprecht

FELA au National Theatre de Londres jusqu’au 23 janvier. 020 7452 3000  www.nationaltheatre.org.uk

 

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