La dernière leçon

La dernière leçon, de Noëlle Châtelet, adaptation et mise en scène Gérald Chatelain.


    dernierelecon310copie.jpg« Quand l’inéluctable vague et silencieux se change en inéluctable sonnant et tictaquant … »
Le texte magnifique de Noëlle Châtelet est d’abord un roman-essai-témoignage, qui est plein d’émotion et de dignité, sur un sujet absolument terrible mais cher  au cœur de l’auteur.
Il s’agit du compte à rebours d’un suicide annoncé. La mère de Noëlle Châtelet, une femme pleine de charme, forte tête, ancienne sage-femme, annonce à ses enfants qu’elle va mettre fin à ses jours à une  date précise, avant d’être atteinte par la faiblesse ou la maladie.  A quatre-vingt-douze ans, elle estime que « ça suffit comme ça ».
Elle va donc faire ses adieux, mettre en ordre, ranger, et disparaître. C’est décidé. Le texte, écrit après coup,  est  la chronique de ces derniers mois. Comment sa fille va devoir accepter la décision de sa mère, -à son corps  et à son cœur défendant-puis l’accompagner. ..Il y  a alors une sorte de précipité de sentiments, d’émotions, de réminiscences.   Effectivement,  c’est une leçon contre-nature peut-être, en tout cas inhabituelle,  puisque  la mère enseigne, non pas à vivre, mais à mourir, comme le ferait un sage de l’Antiquité avant de boire la ciguë.
L’œuvre de Noëlle Châtelet (essais, romans) est importante, et reconnue internationalement. Souvent, elle magnifie des personnages féminins. Plusieurs de ses romans, comme, entre autres, La Femme coquelicot, ont fait l’objet d’adaptations au théâtre et à la télévision. La dernière leçon, éditée aux Editions du  Seuil, a reçu le prix Renaudot des lycéens 2004.   L’adaptation de Gérald Chatelain est forte,  et vraiment à la hauteur.  Malgré cette tragédie, la dramaturgie intègre  heureusement de splendides visions : ombres et marionnettes créées par Jean-Pierre Lescot, avec la collaboration de Stéphane Couturier et  de Jean Massard. Maison brisée, jardin d’enfance, pluie: de véritables petits poèmes en images animées, tout à fait merveilleuses, ponctuent le récit.
Le personnage de la mère, en version marionnette, s’enrichit de multiples visages : un envol inattendu et fantasque à la manière de Chagall: les pirouettes sont particulièrement drôles. Elle est angoissante, rêveuse,  autoritaire, tendre, souriante, 
courageuse, mais aussi triviale,   quand il s’agit de choisir la tenue du grand soir.
Les souvenirs d’enfance se glissent avec la fluidité du rêve entre ces rendez-vous pour préparer ce « suprême » rendez-vous. Musique , son,  lumière:  tout est impeccable. Le travail de mise en scène est tenu avec force et élégance. Il fallait une comédienne 
d’une authenticité et d’une sincérité absolue pour accomplir ce parcours intense, en solo, durant une heure vingt.  Catherine Rétoré , dans ce rôle difficile,est absolument parfaite. On reste suspendu à sa parole, à son souffle, elle a une tenue d’une grande noblesse. Telle une danseuse, elle habite le plateau  incliné, espace spirituel, dont les trappes permettent apparitions et disparitions.
Cet « accompagnement » sur le chemin de la mort annoncée se dessine dans un bel élan, et une tendre compréhension, pour finalement laisser flotter un apaisement, et un timide apprivoisement des plus grandes angoisses.   Sur un thème fort, une grande intelligence et subtilité d’interprétation, un style net. Le spectacle va à l’essentiel et on ne saurait trop le recommander.

Evelyne Loew

Spectacle vu à la création au Théâtre de l’Apostrophe, Scène Nationale de Cergy-Pontoise et du Val-d’Oise.
Puis au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses les 1er et 2 février; au Théâtre Victor Hugo de Bagneux le 4 février, à la  Salle Jacques Brel à Gonesse le 11 février,; puis, en mars à Noisy-le-sec, Guyancourt, Auxerre, Nogent-sur-Marne, Fontenay-sous-Bois, Les Ulis. Et enfin à  Paris, au Théâtre Artistic Athévains, du 7 au 31 mai.


Archive pour 22 janvier, 2011

La dernière leçon

La dernière leçon, de Noëlle Châtelet, adaptation et mise en scène Gérald Chatelain.


    dernierelecon310copie.jpg« Quand l’inéluctable vague et silencieux se change en inéluctable sonnant et tictaquant … »
Le texte magnifique de Noëlle Châtelet est d’abord un roman-essai-témoignage, qui est plein d’émotion et de dignité, sur un sujet absolument terrible mais cher  au cœur de l’auteur.
Il s’agit du compte à rebours d’un suicide annoncé. La mère de Noëlle Châtelet, une femme pleine de charme, forte tête, ancienne sage-femme, annonce à ses enfants qu’elle va mettre fin à ses jours à une  date précise, avant d’être atteinte par la faiblesse ou la maladie.  A quatre-vingt-douze ans, elle estime que « ça suffit comme ça ».
Elle va donc faire ses adieux, mettre en ordre, ranger, et disparaître. C’est décidé. Le texte, écrit après coup,  est  la chronique de ces derniers mois. Comment sa fille va devoir accepter la décision de sa mère, -à son corps  et à son cœur défendant-puis l’accompagner. ..Il y  a alors une sorte de précipité de sentiments, d’émotions, de réminiscences.   Effectivement,  c’est une leçon contre-nature peut-être, en tout cas inhabituelle,  puisque  la mère enseigne, non pas à vivre, mais à mourir, comme le ferait un sage de l’Antiquité avant de boire la ciguë.
L’œuvre de Noëlle Châtelet (essais, romans) est importante, et reconnue internationalement. Souvent, elle magnifie des personnages féminins. Plusieurs de ses romans, comme, entre autres, La Femme coquelicot, ont fait l’objet d’adaptations au théâtre et à la télévision. La dernière leçon, éditée aux Editions du  Seuil, a reçu le prix Renaudot des lycéens 2004.   L’adaptation de Gérald Chatelain est forte,  et vraiment à la hauteur.  Malgré cette tragédie, la dramaturgie intègre  heureusement de splendides visions : ombres et marionnettes créées par Jean-Pierre Lescot, avec la collaboration de Stéphane Couturier et  de Jean Massard. Maison brisée, jardin d’enfance, pluie: de véritables petits poèmes en images animées, tout à fait merveilleuses, ponctuent le récit.
Le personnage de la mère, en version marionnette, s’enrichit de multiples visages : un envol inattendu et fantasque à la manière de Chagall: les pirouettes sont particulièrement drôles. Elle est angoissante, rêveuse,  autoritaire, tendre, souriante, 
courageuse, mais aussi triviale,   quand il s’agit de choisir la tenue du grand soir.
Les souvenirs d’enfance se glissent avec la fluidité du rêve entre ces rendez-vous pour préparer ce « suprême » rendez-vous. Musique , son,  lumière:  tout est impeccable. Le travail de mise en scène est tenu avec force et élégance. Il fallait une comédienne 
d’une authenticité et d’une sincérité absolue pour accomplir ce parcours intense, en solo, durant une heure vingt.  Catherine Rétoré , dans ce rôle difficile,est absolument parfaite. On reste suspendu à sa parole, à son souffle, elle a une tenue d’une grande noblesse. Telle une danseuse, elle habite le plateau  incliné, espace spirituel, dont les trappes permettent apparitions et disparitions.
Cet « accompagnement » sur le chemin de la mort annoncée se dessine dans un bel élan, et une tendre compréhension, pour finalement laisser flotter un apaisement, et un timide apprivoisement des plus grandes angoisses.   Sur un thème fort, une grande intelligence et subtilité d’interprétation, un style net. Le spectacle va à l’essentiel et on ne saurait trop le recommander.

Evelyne Loew

Spectacle vu à la création au Théâtre de l’Apostrophe, Scène Nationale de Cergy-Pontoise et du Val-d’Oise.
Puis au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses les 1er et 2 février; au Théâtre Victor Hugo de Bagneux le 4 février, à la  Salle Jacques Brel à Gonesse le 11 février,; puis, en mars à Noisy-le-sec, Guyancourt, Auxerre, Nogent-sur-Marne, Fontenay-sous-Bois, Les Ulis. Et enfin à  Paris, au Théâtre Artistic Athévains, du 7 au 31 mai.

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