Le Misanthrope

image1.jpgLe Misanthrope, de Molière, mise en scène de Nicolas Liautard

 

Beaucoup moins jouée que Dom Juan, Tartuffe ou L’École des femmes, c’est une grande pièce de Molière à la fois presque contemporaine et terriblement historique. Constituée en grande partie d’un art en voie de disparition, celui de la conversation. La fameuse scène des portraits en est le sommet : la charmante langue de vipère qu’est Célimène, pour le plaisir de faire un mot d’esprit, exécute ses amis dès qu’ils ont le dos tourné. Eliante, plus raisonnable, laisse la satire “ad hominem“ pour des portraits généraux à la façon de La Bruyère, pour le plaisir tout aussi grand de l’auditoire. De même, on peut s’étonner, si l’on ne sait rien des codes de la préciosité, que la coquette Célimène cache son désir de ne pas choisir entre ses soupirants sous une pudeur à dire: « je t’aime ».
Donc, ce jour-là, Alceste, aristocrate bourru, est confronté à un procès, pour lequel il n’a fait aucune démarche, sollicité aucun appui, fort de son bon droit. Ça ne lui réussira pas, on s’en doute. Là-dessus, inutile d’être historien, aujourd’hui encore, les Alceste sont déboutés… Ce jour-là, aussi, la coupe est pleine du côté de ses amours. Il aime, et est aimé un peu en retour, mais il aime celle qui ne peut que le faire souffrir. Célimène a la chance d’être veuve à vingt ans, de jouir tout à la fois de sa liberté – re-voilà l’historien : au temps de Molière, la jeune fille est cloîtrée par son père, la femme mariée par son mari, seule la veuve jouit de son indépendance – et éventuellement de sa jeunesse. Et Célimène ne s’en privera pas : il lui faut une cour bourdonnante autour d’elle, elle a besoin d’exercer son pouvoir sur les hommes, et même sur les femmes.
Pourquoi alors quitter une si douce vie et s’enfermer avec un seul homme, ours de surcroît, même aimé ? L’amour vaudrait-il plus que le plaisir ? Ce jour-là, donc, sera le jour de la catastrophe qu’Alceste lui-même appelle sur sa propre tête , et  celui qui aura voulu « rompre en visière à tout le genre humain », sera trop bien entendu…
Nicolas Liautard nous installe dans une atmosphère moderne de grand hôtel, sol de cuivre et illuminations de lustres scintillants, dans l’inconfort d’un piétinement perpétuel : pas un siège, on ne se pose pas, tout bouge et se déséquilibre perpétuellement. Bien vu. Du côté du jeu, ce n’est pas aussi convaincant : l’Alceste de Sava Lolov a de beaux éclats, surtout vers la fin, mais souvent il “laisse filer“, il ne saisit pas, en particulier dans la première scène, la singularité de ce jour-là, face à un Philinte (Eric Berger) d’une grande exactitude et d’une grande subtilité.
Un Oronte honnête homme, dans sa prétention et sa dangereuse “bonne franquette“ (Jean-Christophe Quenon), une fine Eliante (Anne Cantineau), une Arsinoé (Marion Suzanne) bien affûtée face à Célimène, moins convaincante dans son attirance pour Alceste : les comédiens sont justes, autour d’une Célimène, à la fois, lumière et papillon, image d’une jeunesse qui veut tout, tout de suite. Sterenn Guirrec montre une peau et une silhouette pulpeuses, plus Scarlett Johansson que Marilyn, charmante, maligne, un peu imprécise. Ce Misanthrope,  qui parfois roule sur sa lancée, a de beaux moments de vérité. Test imparable : les collégiens écoutent.

 

Christine Friedel

 


Théâtre Jean Arp de Clamart – 01 41 90 17 02 – jusqu’au 29 janvier


Archive pour 28 janvier, 2011

Le Misanthrope

image1.jpgLe Misanthrope, de Molière, mise en scène de Nicolas Liautard

 

Beaucoup moins jouée que Dom Juan, Tartuffe ou L’École des femmes, c’est une grande pièce de Molière à la fois presque contemporaine et terriblement historique. Constituée en grande partie d’un art en voie de disparition, celui de la conversation. La fameuse scène des portraits en est le sommet : la charmante langue de vipère qu’est Célimène, pour le plaisir de faire un mot d’esprit, exécute ses amis dès qu’ils ont le dos tourné. Eliante, plus raisonnable, laisse la satire “ad hominem“ pour des portraits généraux à la façon de La Bruyère, pour le plaisir tout aussi grand de l’auditoire. De même, on peut s’étonner, si l’on ne sait rien des codes de la préciosité, que la coquette Célimène cache son désir de ne pas choisir entre ses soupirants sous une pudeur à dire: « je t’aime ».
Donc, ce jour-là, Alceste, aristocrate bourru, est confronté à un procès, pour lequel il n’a fait aucune démarche, sollicité aucun appui, fort de son bon droit. Ça ne lui réussira pas, on s’en doute. Là-dessus, inutile d’être historien, aujourd’hui encore, les Alceste sont déboutés… Ce jour-là, aussi, la coupe est pleine du côté de ses amours. Il aime, et est aimé un peu en retour, mais il aime celle qui ne peut que le faire souffrir. Célimène a la chance d’être veuve à vingt ans, de jouir tout à la fois de sa liberté – re-voilà l’historien : au temps de Molière, la jeune fille est cloîtrée par son père, la femme mariée par son mari, seule la veuve jouit de son indépendance – et éventuellement de sa jeunesse. Et Célimène ne s’en privera pas : il lui faut une cour bourdonnante autour d’elle, elle a besoin d’exercer son pouvoir sur les hommes, et même sur les femmes.
Pourquoi alors quitter une si douce vie et s’enfermer avec un seul homme, ours de surcroît, même aimé ? L’amour vaudrait-il plus que le plaisir ? Ce jour-là, donc, sera le jour de la catastrophe qu’Alceste lui-même appelle sur sa propre tête , et  celui qui aura voulu « rompre en visière à tout le genre humain », sera trop bien entendu…
Nicolas Liautard nous installe dans une atmosphère moderne de grand hôtel, sol de cuivre et illuminations de lustres scintillants, dans l’inconfort d’un piétinement perpétuel : pas un siège, on ne se pose pas, tout bouge et se déséquilibre perpétuellement. Bien vu. Du côté du jeu, ce n’est pas aussi convaincant : l’Alceste de Sava Lolov a de beaux éclats, surtout vers la fin, mais souvent il “laisse filer“, il ne saisit pas, en particulier dans la première scène, la singularité de ce jour-là, face à un Philinte (Eric Berger) d’une grande exactitude et d’une grande subtilité.
Un Oronte honnête homme, dans sa prétention et sa dangereuse “bonne franquette“ (Jean-Christophe Quenon), une fine Eliante (Anne Cantineau), une Arsinoé (Marion Suzanne) bien affûtée face à Célimène, moins convaincante dans son attirance pour Alceste : les comédiens sont justes, autour d’une Célimène, à la fois, lumière et papillon, image d’une jeunesse qui veut tout, tout de suite. Sterenn Guirrec montre une peau et une silhouette pulpeuses, plus Scarlett Johansson que Marilyn, charmante, maligne, un peu imprécise. Ce Misanthrope,  qui parfois roule sur sa lancée, a de beaux moments de vérité. Test imparable : les collégiens écoutent.

 

Christine Friedel

 


Théâtre Jean Arp de Clamart – 01 41 90 17 02 – jusqu’au 29 janvier

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