Les Monstrueuses Actualités de Christophe Alévèque

Les Monstrueuses Actualités de Christophe Alévèque, mise en scène de Philippe Sohier.

Cela fait presque dix ans que Christophe Alévèque a commencé à taper sec sur tout ce qui bougeait et qui ne lui plaisait pas, en particulier la vie de famille occidentale, la consommation effrénée, et bien entendu, les têtes politiques , sûres d’elle mais pas trop à l’aise dans leur fonction et habituées aux gaffes les plus énormes. C’est lui aussi qui avait créé cette fameuse chorale en 2007 après l’élection du Sarkozy devant le Fouquet’s, puis au Sacré-Cœur et enfin au Festival d’Avignon. Il avait déjà commis un très bon spectacle au Rond-Point l’an passé, – ironie du sort, à quelques centaines de mètres à peine de l’ Elysée, et dont avait rendu compte notre amie Christine Friedel.
Il réitère ce mois-ci ses attaques, avec toujours cet air de ne pas y toucher, qui est un peu sa marque de fabrique, en faisant une sorte de revue de presse de l’actualité, accompagné de de temps en temps par trois musiciens. Tout y passe, avec une virulence , une lucidité mais aussi un savoir-faire exceptionnels. On n’est pas trop d’accord quand Christine Friedel dit que c’est parfois vulgaire; non, c’est simplement énorme et sans la moindre nuance ou le moindre cadeau, comme toute bonne caricature.
Mais, là où il est très fort, c’est dans la précision des faits, tout comme dans les désormais fameux « kapouchniks » cabarets politiques d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine à Audincourt, il ne dit rien qui n’ait été d’abord écrit dans la presse. Mais ensuite ,il ne se prive pas de commenter! Et c’est un vrai feu d’artifice: cela va des explications des plus embrouillées, quatre jours après les évènement capitaux de Tunisie, de Fillion et d’ Alliot-Marie, (qu’il qualifie gentiment au passage de « pas baisable »), proposant ses services à Ben Ali, jusqu’aux propos de plus confus du Sarko de service avouant son erreur de jugement . Bien entendu, avec Alévèque, on peut être sûr que les méchancetés fleurissent aussitôt après. Et il imite à merveille les dandinements ridicules et les tics de Sarkozy, ou le ton de voix de la Bachelot, quand elle batifole dans ses mondanités et ne sait plus quel qualificatif donner à cette fameuse grippe rebaptisée plusieurs fois..

Mais celui qui en prend des rafales par séries, c’est sans doute Guillaume Pépy, qu’il ne rate pas, et il a bien raison: il le caricature  face caméra,ahuri,  penaud , lamentable quand il essaye de se justifier, les yeux exorbités, incapable d’être un peu chaleureux et compréhensif avec les usagers de la SNCF, quand il s ‘agit des erreurs lamentables accumulés par ses services. Ce Pépy , cynique sans doute  redoutable financier ,mais  qui n’a jamais un mot de compréhension pour les laissés pour compte du réseau secondaire  dont on  se fout complètement. Ce n’est pas lui que l’on voit s’enquérir des conditions où sont transportés les voyageurs du Massif central.
Et Alévèque, l’air toujours de ne pas y toucher, fait aussi de l’arithmétique à propos du Niger: 2 otages/ six hommes morts… Et Alévèque n’y va pas de main morte non plus quand il s’en prend à Eric Besson qu’il qualifie d’ »exemple de fruit qui pourrit avant de mourir », ou quand il évoque la Carla ou celui qu’il surnomme Blond-Blond, l’héritier de Neuilly , ou Eric Woerth qui ne « sait pas ce que veut dire un hippodrome ».

Pas de quartier: tout le monde passe à la moulinette: Pécresse, Morano, Kouchner, Bettencourt comme Benoît XVI, ou Hortefeux qu’il souhaite voir exiler au Mali par charter, quand cela tournera mal pour le gouvernement en place. Avec cette remarque plus que fielleuse: en Tunisie, au moins , dit-il, le plus sérieusement du monde: ils avaient la chance d’avoir une opposition. Cela procède souvent par allusions cryptées: « Tiens un poil  » , remarque-t-il par terre, pour parler vingt secondes après de la Carla.
Comme il le dit , ce n’est pas la politique politicienne qui l’intéresse mais la méthode Sarkozy et le flot médiatique incessant qui méritent décryptage, comme l’effondrement de la finance que le gouvernement fait sembler ignorer, ou cette manie récurrente du Président de vouloir faire semblant de dégainer une loi dès qu’il y a un fait-divers un peu dur ou violent pour rassurer l’opinion publique. Ou encore quand il s’en prend aux auteurs  de ces interviews télévisuels langue de bois le plus souvent pitoyables de Sarkozy:  » Vous avez vue la vacherie de leurs questions? ».
Il y a parfois quelques dérapages incontrôlés dans cette cruauté…Pour Zinedine Zidane, qu’il avait durement taclé dans une interview, à propos du faible nombre de ses neurones et de ses profits monstrueux au Quatar, il a été sur scène plus prudent ; en effet, l’intéressé a menacé de porter plainte….
Bien entendu, le public rit au quart de tour; au fait de quoi rit-on? Relisez Bergson mais pas seulement, il y autre chose: un étonnant cocktail, issu d’un travail régulier sur les planches comme au cinéma, un savoir- faire impeccable ( diction , gestuelle, mime): bref c’est du grand style; même si cela ne fait pas toujours dans la dentelle quand Christophe Alévèque , comme tout caricaturiste s’en prend au physique de des victimes, soulignant par exemple le côté porcin d’une ministre; et et cela rappelle Aristophane pour les nombreuses allusions au sexe.
Mais quel fabuleux mélange de cynisme, et d’ironie quelle décapante liberté de ton, jusque dans le choix des mots.: en voilà un qui connaît la langue française.Ce n’est sûrement pas lui qui ira se gausser de La Princesse de Clèves, comme certain président de la République qui fait sans arrêt des fautes de français sans aucun scrupule, et les enseignants qui ont appris à Christophe Alévèque toutes les ressources de sa langue maternelle peuvent être fiers de leur travail.
Petit bémol: mieux vaut oublier les quelques parties chantées , et les dialogues avec l’orchestre qui sonnent faux. Mais cela peut être vite revu et corrigé.  Bien sûr, cela ne peut que se déguster frais: l
es personnages qu’ils croquent auront assez vite disparu des écrans radar. Mais le temps de quelque soixante quinze minutes, cela fait le plus grand bien , cette satire du pouvoir politique où il excelle… Et Jean-Michel Ribes a bien fait de le réinviter au Rond-Point.
Autant donc y aller vite. Vous ne regretterez pas votre plaisir d’avoir aussi bien ri.

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 20 février à 18h 30

http://www.dailymotion.com/video/xgmcke


Archive pour 29 janvier, 2011

L’Or

L’Or de Blaise Cendrars adaptation de Xavier Simonin, accompagné  par les harmonicas de Jean-Jacques Milteau

 

Quelle merveilleuse histoire que celle de L’Or, une épopée racontée par Blaise Cendrars à travers une écriture fiévreuse, à la fois flamboyante et lancinante, qu’interprète pour la scène avec beaucoup d’allant et de conviction secrète Xavier Simonin.
Comme l’écrit Cendrars lui-même, c’est « l’histoire du général Suter qui a conquis la Californie aux Etats-Unis mais  qui, milliardaire, a été ruiné par la découverte des mines d’or sur ses terres… » Ce aventurier suisse quitte, un beau jour de 1834 , femme et enfants pour traverser l’Atlantique et le sauvage continent américain. À cette  époque, les émigrés débarquent jour et nuit, et dans chaque bateau, dans chaque cargaison humaine, « il y a au moins un lor.jpgreprésentant de la forte race des aventuriers ».
Suter est de ceux-là, le premier à s’installer et faire fortune en Californie mais, en 1848, il verra ses terres pillées et dévastées par les chercheurs d’or sans qu’il puisse intervenir. La découverte de pépites d’or dans le lit du Sacramento en Californie va être à l’origine de la « ruée vers l’or ». Aventuriers et agriculteurs ou éleveurs ruinés se déplacent en foule.
Et l’importante immigration va s’emballer  mais  son sort est régi par la lutte pour la vie et la loi du plus fort. Cette marée humaine rapace, entre maux et plaisirs, contribue à la naissance de villes, entre autres, San Francisco. La soif de l’or fut dans l’histoire la cause de plus terribles injustices et de massacres effroyables. La grande et fière allure de Suter, redingote et chapeau au vent, se déploie dans une grâce combative et constructive jusqu’à entamer, dans son grand âge , un mouvement inverse de décadence et de déchéance, en maintenant sa grâce et sa dignité , toujours.
Aux côtés de Xavier Simonin, le musicien Jean-Jacques Milteau s’adonne à sa spécialité d’instrumentiste country et blues via des harmonicas de toutes tailles, des objets précieux qu’il manipule avec le soin du connaisseur. Il s’inspire avec talent de ces musiques pour créer ces ambiances de l’Ouest américain du XIXe siècle qui ne cesse de faire rêver le public.
Sur le plateau, une sorte d’échelle de fer qui se perd dans les airs, une métaphore de l’échelle du marin qui regarde l’horizon ou bien la coursive d’un atelier laborieux du Nouveau Monde. Les deux artistes tout en nuance se complètent pleinement, dans la mesure et le respect l’un de l’autre et du public forcément, pour raconter cette fièvre de la « réussite » qui brûle l’être sans jamais l’épargner. Un très joli moment de littérature, de musique et de théâtre.

Véronique Hotte

L’Or, d’après Blaise Cendrars ; mise en scène de Xavier Simonin. Du 12 janvier au 20 février 2011, du mercredi au samedi à 20h45, dimanche à 16h au Théâtre Daniel Sorano, 16 rue Charles Pathé 94300 Vincennes. Les 4, 5, 6 et 11, 12, 13 mars 2011 au Théâtre de Saint-Maur.

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