Ah ! Ah ! Ah ! (Rions trois fois)
Ah ! Ah ! Ah ! (Rions trois fois) de Noëlle Renaude, Eugène Durif, mise en scène de Michel Cerda et Serge Valetti, mise en scène de Laurent Joly et Sophie Rodriguès
Vous sous souvenez ? « Rions trois fois, d’un rire franc et gaulois… ». Avec trois auteurs et trois metteurs en scène, Le Théâtre du Forum du Blanc-Mesnil posait l’autre soir la question du rire. De quoi rit-on, et comment ?
Le premier texte est un « petit théâtre » enchâssé dans Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Axel Roux, inépuisable feuilleton théâtral de Noëlle Renaude. Il s’agit tout simplement de la vie des Mort, c’est leur nom : Roland Mort, Chichel Mort, Milou Mort, Nelly Mort, François Mort. De leur langue décalée, un peu plus vivante que la langue vivante, les voix enregistrées des comédiens font ici une sorte de lente dégustation, tandis que le public est invité à contempler un aquarium tout en lisant le texte sur les parois, mémorial de la fiction.
Rit-on ? De petits « humf » par-ci, un sourire par là : l’attention prêtée à l’écoute interdit le rire « franc et gaulois ». L’application des comédiens à articuler, à laisser des temps, n’est pas vraiment trempée dans la vitalité que semble pourtant demander cette écriture, alors… On se sent dans une digne, tendre et respectueuse cérémonie qui ne prête pas à rire.
Le second texte, extrait de Nefs et naufrages d’Eugène Durif, est présenté en oratorio : un groupe de comédiens et leurs metteurs en scène se disent les tourments, individuels et collectifs, de la création au théâtre. Naissent les rires de connivence pour quiconque a travaillé un jour dans une salle de répétition. Et puis, comme chaque fois que l’on parle avec suffisamment de profondeur et d’obstination d’une chose singulière, ça monte d’un cran vers l’universel : on rit de l’humaine condition, où chacun cherche sa trajectoire individuelle dans le collectif, et réciproquement, sans réussir à raccrocher les wagons. On se perd, on revient sur ses pas, et encore surpris que ça ne marche pas… Rire satirique. Coincés derrière leur pupitre, les comédiens, les vrais, ceux qui sont là ce soir ( la distribution change chaque soir), en rajoutent d’autant plus dans la voix et l’expressivité qu’ils ont le corps empêché.Rire du trait appuyé de la caricature, rire de s’y reconnaître.
Le troisième texte, Renseignements généraux, est une fantaisie de Serge Valetti, labyrinthique, toute en digressions, et qui retombe quand même sur ses pieds, avec la virtuosité – pas moins – d’un Diderot dans Jacques le fataliste. Quand on est suivi dans la rue par un petit homme qu’on ne connaît pas, qu’on se retrouve au bar chez Suzy, où il n’y a justement pas de Suzy (elle est morte), tout peut arriver, mais alors, vraiment tout. Y compris une rencontre avec un Raymond Devos, presque aussi vrai que nature.
Y compris aussi des blagues douteuses d’après bière, dont on a un peu honte ensuite d’avoir ri. Mais surtout une réelle et admirable fantaisie, emportée, envolée, par la virtuosité de Laurent Joly. Et là, on excuse tout. Bilan : on finit par s’accorder sur le constat que le rire n’est pas seulement une libération, mais carrément le plaisir de la liberté.
Christine Friedel
Jusqu’au 29 janvier, au Forum de Blanc-Mesnil, 01 48 14 22 00
Ma Solange…, de Noëlle Renaude, Éditions Théâtrales – Nefs et naufrages, d’Eugène Durif, Éditions Actes Sud – Renseignements généraux, de Serge Valetti, Éditions L’Atalante.
http://www.dailymotion.com/video/xg8dyi


Cette nouvelle fait partie des quelques centaines que le jeune Tchekhov écrira après ses études de médecine à partir de 1884… Cette » banale histoire » est celle de Nikolaï Stepanovitch, un vieux professeur à l’Université de médecine qui a perdu toutes ses illusions. Malade, pas bien riche, il a juste de quoi vivre et il ne supporte plus sa femme qu’il a autrefois tant aimée, ni sa fille et son amoureux qui a tendance à s’incruster chez lui.
Dans son cabinet, un dentiste triture avec ferveur une maquette de bateau avec ses instruments. Alors qu’il a expressément demandé à sa secrétaire de n’être dérangé sous aucun prétexte, un couple surgit en urgence : leur fils de 10 ans, Vincent (une marionnette), s’est cassé une dent. Il faut la réparer en hâte. Mais quand l’enfant ouvre la bouche en grand (un zoom est fait sur le dentier, dont l’image est projetée sur un paravent), c’est quelque chose d’extraordinaire qu’y voit le dentiste. Telle une bouche d’ombre, le gosier de la marionnette va nous révéler une incroyable fable.

Cela se passe en Argentine en 2002; qui ne peut absolument faire face à sa dette extérieure; et la situation devient d’autant plus explosive, que le F.M.I. ne veut pas accorder une nouvelle aide et que la Banque Mondiale refuse aussi d’aider le pays considéré comme peu fiable. Cela ira des émeutes urbaines aux pillages, jusqu’à l’attaque de la mairie de Cordoba… Bref, l’Argentine connaît une explosion sociale sans précédent.
« Quand l’inéluctable vague et silencieux se change en inéluctable sonnant et tictaquant … »