de Alain Behar, texte et mise en scène.

mo.jpg est d’abord une scénographie très élaborée, très esthétique. Des formes rectangulaires, des lignes, du gris et du blanc, des meubles stylisés : l’ensemble donne l’impression de quelque installation artistique. Et ce sentiment se trouve renforcé par la présence, en toile de fond, d’un double écran.
Les espaces sont  clairement délimités : des structures métalliques, des alternances de moquettes noire et blanche, des lignes au sol, et un mobilier (table, chaises, canapé, miroir) qui reconstitue, côté cour, un salon. Mais les comédiens passent de l’un à l’autre comme si ces espaces n’existaient pas. Même le salon, seule structure réaliste, est à ce point géométrisé qu’il ne saurait représenter un véritable salon. Cela dit, Mô la mise en scène de Mô ne manque pas d’intérêt: Alain Behar exploite en  effet  la scène de manière peu conventionnelle. Ici point de fable, pas non plus de personnages. Mais des entités abstraites (des pensées ? des instances du cerveau ?) jouées par cinq comédiens.   Cinq entités qui ne se touchent pas, ne se parlent pas vraiment. Mais elles habitent les structures spatiales,  interagissent avec les objets scéniques, notamment la vidéo et le texte projetés sur les écrans.
La lumière souligne les temps de pause, et contribue à rendre les espaces encore plus abstraits. Outre des effets visuels impressionnants, Behar met en place un dispositif sonore complexe : la voix des comédiens est amplifiée, comme les bruits de leurs déplacements. Restitués sur les côtés, et en écho au lointain,  les  sons brouillent nos repères spatiaux : on ne sait plus qui parle. Et la mise en scène, très élaborée, prend alors le pas sur la restitution du texte.
est aussi une impressionnante performance d’acteurs. Le texte se présente comme un enchaînement de phrases courtes. Les cinq comédiens, parfaitement en osmose, le restituent à une cadence impressionnante. Cela donne un flot de parole monocorde, presque ininterrompu, pendant les deux heures que dure le spectacle. Il en va de même en ce qui concerne les mouvements ; les comédiens ne s’immobilisent que rarement, avec des déplacements fluides, et des gestes précis qui participent d’une chorégraphie.
Mais que signifie-t-elle? Que dit le texte au verbiage incompréhensible? Enveloppé par l’installation sonore, il nous étourdit si nous essayons de comprendre, ou il nous endort si nous n’essayons pas: la plupart des phrases relèvent d’un jargon scientifique! Ou bien déjantées. Ou hors propos…  est, en fait, une expérience. Alain Behar a commencé à monter ce spectacle en 2008 dans un laboratoire de recherche en neurosciences. Il explique qu’il a essayé de restituer avec ce que pourrait être la pensée. L’installation représenterait donc l’intérieur de la tête d’une personne, et le spectacle serait « le son de la pensée ». Cela reste abstrait, même si c’est beau, et parfois  impressionnant…. Mais de l’abstrait à l’abscons, il n’y a qu’un pas, celui qui nous fait passer de la juste mesure à l’excès. Or est long et monocorde. Et pour une explication de ce qu’est la pensée, est dense et l’on a peu de répit pour digérer les concepts qu’on réussit à glaner, de-ci, de-là. C’est donc un spectacle à voir 15 minutes,  ou à voir  15 fois. Au choix…

Nicolas Arribat

Théâtre de l’Échangeur jusqu’au 12 février.

 

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