Le Cabaret des vanités

Le Cabaret des vanités , dramaturgie et mise en scène collective du Groupe Incognito.

Ecabaret.jpgn 2008, quelques jeunes comédiens et chanteurs , issu de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg avaient déjà monté Le Cabaret des Utopies où ils posaient la question d’une société meilleure; cette fois, ils s’amusent à à dresser une sorte de tableau des vanités tout à fait à l’honneur dans la société de consommation, avec un spectacle qui tient davantage du cabaret. Et ils citent les paroles fameuses de l’Ecclesiaste: Vanitas vanitatum et omnia vanitas… en prologue à ce spectacle qui use de collages de textes les plus inattendus et de nombreuses chansons qui, tous célèbrent la seule liberté que possède l’être humain: se moquer de sa propre disparition pour mieux jouir encore de la vie.
Avec en  vrac: une interview du très riche François Pinault assez lucide sur sa boulimie de collectionneur,  un discours des plus prétentieux de Blond-Blond, comme dirait Christophe Alévèque, l’héritier de Neuilly, un entretien avec Céline, Le Caca d’Antonin Artaud, un texte poétique: L’Oiseau bleu de Bukowski, une étonnante Proposition d’art à faire soi-même de Miranda July, écrivain et artiste américaine.
Côté chansons,  entre autres: Mon  Dieu,  de Nana Mouskouri, La mort me hante de Colette Magny sur des paroles d’Artaud; Que la vie est belle de Sheila… Ils sont sept, accompagnés de deux musiciens et de quelques amateurs,  à dire ces textes , à chanter, et danser ; les paillettes, le strass, les costumes criards  et un cadre de tubes fluo d’un blanc cru tout aussi criard, des gerbes de ballons rouges sont au rendez-vous pour mieux souligner cette joyeuse danse macabre que ce collectif de jeunes comédiens vient nous servir à chaud.
Il y a, aux meilleurs moments, l’héritage de la pensée de Deleuze qui avait consacré sa thèse au suicide et qui, malade, avait fini par se défenestrer, et  quelque chose aussi de ce burlesque flamand cher à Michel de Ghelderode, comme dans cette scène de grand repas ou, à la fin, cette grandes boîtes de bois blanc où ils s’allongent pour l’éternité, tout en continuant leurs espiègleries.
Les textes sont bien dits, et les chansons bien chantées, notamment par Olivia Côte et  par Emilie Incerti-Formentini, tout à fait juste et émouvante. On voit qu’ils ont tous été dans de bonnes écoles. Mais… regrets sur quoi l’enfer se fonde , comme dirait Guillaume Apollinaire: la mise en scène , comme c’est souvent le cas dans ces « collectifs » qui sont de nouveau très à la mode chez les jeunes  comédiens, histoire de mieux résister à la morosité ambiante, reste assez approximative. Tout semble se faire un peu à l’arrache, avec un peu d’impro pas vraiment maîtrisée; les textes, pourtant bien choisis, ne sont pas suffisamment mis en valeur et les chansons pourraient bénéficier d’une meilleure balance avec la musique. L’ensemble est sympathique, c’est sûr ,mais ce Cabaret des vanités manque singulièrement de rythme, comme d’unité, et il faudrait  que l’un des membres du Groupe Incognito prenne  en main ce qui ressemble  encore trop à une série de propositions qui exigerait une véritable mise en scène pour être plus convaincante…

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Commune, jusqu’au 11 février mardi et jeudi à 19h 30, mercredi, vendredi  à 20 h 30. T: 01-48-33-16-16

 

 


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