Un fil à la patte

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 Un fil à la patte de Georges Feydeau, mise en scène par Jérôme Deschamps et interprétée par la troupe de la Comédie-Française, (voir article du Théâtre du Blog de décembre 2010), captée en direct depuis la salle Richelieu, sera diffusée mardi 22 février à 20h 35 sur France 2.
L’occasion n’est pas si fréquente, alors, profitez-en , d’autant plus que la mise en scène, même très classique, est vraiment réussie, et il y a,  en plus, Christian Hecq  dans Bouzin, ce qui mériterait déjà le déplacement… Donc, on ne vous le redira pas trois fois. Même si vous n’êtes pas dans la salle mais devant votre écran magique bien au chaud ;de toute façon,  il n’y a plus de places jusqu’en juin. La comédie de Feydeau était entrée au répertoire en 1951 dans une mise en scène de Jacques Charon.

Ph. du V.


Archive pour février, 2011

Prévert Blues

Prévert Blues, mise en scène Henri Texier et Frédéric Pierrot

   prevertblues.jpgCinq types entrent en scène marchant d’un même pas, droits dans leurs bottines, le béret vissé sur le crâne, le clope au bec, l’imper bien cintré, les mains au fond des poches. Ambiance simenonienne, atmosphère audiardienne. Chacun prend place derrière un instrument, de cour à jardin seront disposés en demi-cercle, entre un lit et une table de travail, le saxophoniste (Sébastien Texier), le guitariste (Manu Codjia), le contrebassiste (Henri Texier), le batteur (Christophe Marguet).
Revenu de derrière un paravent, le cinquième a troqué le béret contre un Borsalino et porte une valise. Il s’assied au bureau, allume une lampe de banquier, et commence à écrire. Il se met à parler, on entend des rimes. C’est Prévert, le poète, qui s’exprime. Frédéric Pierrot, l’imparable interprète , durant deux heures, va faire revivre sous nos yeux l’amoureux de la vie et de l’amour. Accompagné par le quatuor de jazz, sans que jamais la musique ne l’emporte sur sa voix, il donne vie aux multiples personnages de celui qui avait tant le blues.
Le comédien, très expressif, s’en donne à cœur joie, il est tout à son art, autant qu’à son aise. Prévert n’est-il pas l’auteur des paroles des Enfants du Paradis ? Dans la lignée d’Anacréon ou de Pindare, ces poètes grecs qui s’accompagnaient de la lyre, cette harmonie entre texte et musique soutient sans relâche notre attention. Mais, avec Prévert, sa vision mélancolique et désabusée, nous sommes peut-être plus proches de l’inconsolable Orphée… Dans cet univers qui nous est donné à voir aussi bien qu’à entendre, si l’on joue avec les images, si l’on accroche des cœurs sur un mur ou fait du dessin, on est aussi un cabotin qui se déguise et qui se grime, un forain qui vit d’expédients, un simple homme qui épluche des patates ou fait son repassage dans une terrible et douloureuse solitude.
Visage sombre d’un Paris pauvre et populaire qui a aujourd’hui migré ailleurs.La délicate union du jazz et du théâtre, où les arts sont l’un au service de l’autre, et se répondent avec entrain, passion et plaisir. Un jeu interdisciplinaire en hommage à un artiste maître en la matière.

 

Barbara Petit

À L’apostrophe – Théâtre des Louvrais de Pontoise, le 4 février 2011.

de Alain Behar, texte et mise en scène.

mo.jpg est d’abord une scénographie très élaborée, très esthétique. Des formes rectangulaires, des lignes, du gris et du blanc, des meubles stylisés : l’ensemble donne l’impression de quelque installation artistique. Et ce sentiment se trouve renforcé par la présence, en toile de fond, d’un double écran.
Les espaces sont  clairement délimités : des structures métalliques, des alternances de moquettes noire et blanche, des lignes au sol, et un mobilier (table, chaises, canapé, miroir) qui reconstitue, côté cour, un salon. Mais les comédiens passent de l’un à l’autre comme si ces espaces n’existaient pas. Même le salon, seule structure réaliste, est à ce point géométrisé qu’il ne saurait représenter un véritable salon. Cela dit, Mô la mise en scène de Mô ne manque pas d’intérêt: Alain Behar exploite en  effet  la scène de manière peu conventionnelle. Ici point de fable, pas non plus de personnages. Mais des entités abstraites (des pensées ? des instances du cerveau ?) jouées par cinq comédiens.   Cinq entités qui ne se touchent pas, ne se parlent pas vraiment. Mais elles habitent les structures spatiales,  interagissent avec les objets scéniques, notamment la vidéo et le texte projetés sur les écrans.
La lumière souligne les temps de pause, et contribue à rendre les espaces encore plus abstraits. Outre des effets visuels impressionnants, Behar met en place un dispositif sonore complexe : la voix des comédiens est amplifiée, comme les bruits de leurs déplacements. Restitués sur les côtés, et en écho au lointain,  les  sons brouillent nos repères spatiaux : on ne sait plus qui parle. Et la mise en scène, très élaborée, prend alors le pas sur la restitution du texte.
est aussi une impressionnante performance d’acteurs. Le texte se présente comme un enchaînement de phrases courtes. Les cinq comédiens, parfaitement en osmose, le restituent à une cadence impressionnante. Cela donne un flot de parole monocorde, presque ininterrompu, pendant les deux heures que dure le spectacle. Il en va de même en ce qui concerne les mouvements ; les comédiens ne s’immobilisent que rarement, avec des déplacements fluides, et des gestes précis qui participent d’une chorégraphie.
Mais que signifie-t-elle? Que dit le texte au verbiage incompréhensible? Enveloppé par l’installation sonore, il nous étourdit si nous essayons de comprendre, ou il nous endort si nous n’essayons pas: la plupart des phrases relèvent d’un jargon scientifique! Ou bien déjantées. Ou hors propos…  est, en fait, une expérience. Alain Behar a commencé à monter ce spectacle en 2008 dans un laboratoire de recherche en neurosciences. Il explique qu’il a essayé de restituer avec ce que pourrait être la pensée. L’installation représenterait donc l’intérieur de la tête d’une personne, et le spectacle serait « le son de la pensée ». Cela reste abstrait, même si c’est beau, et parfois  impressionnant…. Mais de l’abstrait à l’abscons, il n’y a qu’un pas, celui qui nous fait passer de la juste mesure à l’excès. Or est long et monocorde. Et pour une explication de ce qu’est la pensée, est dense et l’on a peu de répit pour digérer les concepts qu’on réussit à glaner, de-ci, de-là. C’est donc un spectacle à voir 15 minutes,  ou à voir  15 fois. Au choix…

Nicolas Arribat

Théâtre de l’Échangeur jusqu’au 12 février.

 

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La Fin ( Koniec)

La Fin ( Koniec) d’après Nickel Stuff, scénario pour le cinéma de Bernard-Marie Koltès, Le Procès et Le Chasseur Gracchus de Franz Kafka,  et Elisabeth Costello de John Maxwell Coetzee, adaptation de Krysztof Warlikowski et Piotr Gruszynski,  mise en scène de Krysztof Warlikowski.       

      lafin.jpg On connaît bien en France maintenant le travail de Warlikowski, dont le Hamlet avait été présenté au Festival d’ Avignon il y a dix ans déjà,  où fut également joué en  2009 dans la Cour d’Honneur, (A) pollonia (voir Le Théâtre du Blog juillet 2009 ) , montage à partir de textes d’Eschyle et Euripide mais aussi d’auteurs contemporains comme la romancière polonaise Hanna Kral, J. Littel , ou encore John Mawel Coetzee avec des fragments d’ Elisabeth Costello, texte que  l’on retrouve dans cette Fin.
Dans une unité dramaturgique très forte, le passé se bousculait avec le présent, le texte avec la scénographie et les images vidéo, et le créateur de ce spectacle magnifique ,malgré quelques longueurs, avait su admirablement évoquer la dignité et la souffrance du peuple polonais.  Warlikowski reprend  ce même processus d’écriture
pour La Fin, où la scénographie   tout à fait remarquable de Malgorzata Szcesniak sert de fil conducteur à cette tentative d’exorcisme, si l’on a bien  compris ses intentions du créateur polonais, dans  la relation qu’il  a avec le corps et la pensée féminine. A travers une sorte de tricotage -associé à une transmission vidéo presque permanente- des quatre textes cités plus haut , dont un scénario de cinéma, pour Koltès,  et des dialogues du  Procès d’Orson Welles.
Chacun des personnages mis en scène par Warlikowski, ont une vie qui a, pour dénominateur commun, une sorte de seuil  » de la loi, de la vie, de  la mort » qu’ ils ne peuvent arriver à franchir. Joseph K. se retrouve ainsi prisonnier d’une procédure incompréhensible  où il ne sait même pas de quoi il est accusé;  Tony, le héros de Koltès , envisage la possibilité d’un crime, Le Chasseur Gracchus est à la fois mort et vivant: « Ma barque est sans gouvernail, elle marche avec le vent qui souffle dans les plus profondes régions de la mort », dit-il au maire de Riva.; quant à Elizabeth Costello, en proie à une  traque juridique, elle doit se plier à un examen de conscience aussi implacable qu’absurde, et se retrouve dans un centre de rétention, en proie aux interrogatoires d’un petit fonctionnaire…
Comme toujours chez Warlikowski, la mise en scène  est d’une très grande qualité plastique, et les acteurs polonais font un travail impeccable. Pourtant, là où il avait       réussi son coup avec (A)polonnia, cette fois, ce long spectacle de quatre heures ne fonctionne pas très bien, en grande partie , parce que Warlikowski s’est laissé prendre, comme bien d’autres   au piège de la retransmission vidéo qui est vite devenu  un procédé à  la fois, stéréotypé, inefficace et fatiguant pour le spectateur. Il faudrait qu’il nous explique, en quoi un travail théâtral acquiert une dimension supplémentaire quand il fait filmer des personnages derrière une vitre sur le côté, à demi cachés,  ou même sur le plateau, pour retransmettre  leurs visage en gros plan sur un écran de six mètres carrés. Ou encore mieux, quand il filme un escalier de coulisses et des loges de comédiens !On nous  a déjà fait le coup cent  cinquante fois,  et ce théâtre dans le théâtre à la sauce électronique n’a strictement aucun intérêt. C’est prendre les spectateurs pour des gamins de cinq ans  qui , eux, ne seraient même pas fascinés par  d’aussi pauvres trouvailles….A l’heure de jeux vidéo, heureusement, ils en ont vu d’autres et bien plus inventifs!
Quant au  public, pris en otage, il est prié de voir à la fois  les personnages dans l »espace scénique, et leur image vidéo en gros plan, envahissante diffusée presque en continu , d’entendre le texte  en polonais, et en prime,  sur un  écran de   surtitrage placé en fond de scène le texte français, et une bande sonore… Au bout d’une heure, on est vite  assommé par ce déluge d’informations. Mais, comme la soupe concoctée par  le créateur polonais dure quand même trois heures avant l’entracte, on crie grâce. D’autant plus que, sur le plan dramaturgique, le spectacle est  nettement bien moins construit qu‘(A)pollonia)
Après l’entracte, il y a eu une hémorragie de spectateurs mais il y a comme une embellie:  les dialogues semblent plus efficaces et le scénario plus rigoureux, si bien que les 55 minutes restantes passent relativement  vite. Mais on a connu Warlikowski mieux inspiré. Ma voisine, qui devait avoir une vingtaine d’années, sans être émerveillée, et qui n’avait jamais vu un de ses spectacles, trouvait qu’il y avait quand même quelques belles et fortes images. Sans doute, mais il faut les mériter…
Alors à voir?  Pas vraiment.  1) Si vous avez envie de découvrir l’univers de Warlikowski, il est urgent  d’attendre, vous  risqueriez fort de trouver  le temps vraiment long d’autant que, sans doute par provocation, Warlikowski a accroché, dans la seconde partie,  une pendule qui fonctionne parfaitement, bien éclairée par un spot lumineux, sans doute pour  nous dire que cette petite heure va vite passer… 2) Si vous avez vu (A)polonnia en Avignon ou à Chaillot, vous aurez bien du mal, en comparaison, à y trouver votre compte.
Il serait  temps que Warlikowski revienne à un vrai travail  théâtral, au lieu de faire joujou avec des assemblages de textes et avec la vidéo, ou  choisisse un autre medium pour se livrer à cet exorcisme    personnel  qui , finalement, a bien du mal  à nous toucher. Et cela ne fait que confirmer ce qui semblait déjà se dessiner dans cette adaptation du Tramway nommé désir, déjà pas vraiment convaincante…

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 13 février.

Le Roi du plagiat

Le Roi du plagiat ,second volet d’un triptyque composé de trois monologues de Jan Fabre, mise en scène et scénographie de l’auteur.

 

roi20.jpgPendant 1h30 dans un cabinet de curiosité, aux murs tapissés de toile bleue parsemée de couronnes, un ange descendu du ciel veut devenir un être humain avec ses imperfections mais renonce ainsi à son immortalité.Lorsqu’il se défait de son manteau d’ange, l’acteur DIrk Rofhooft est en casaque verte de bloc opératoire. Un scialytique central l’éclaire en contre-jour, deux négatoscopes sont placés en fond de scène,  et douze cerveaux, symbolisés par des pierres placées dans des bocaux en verre, limitent l’espace. Pour Jan Fabre, le cerveau est en effet le personnage central de la pièce: « Nous voyageons vers Vénus, mais nous ne savons toujours pas comment fonctionnent nos cellules grises. Nous ne savons pas ce que nous pensons. Le cerveau est un territoire incroyable, une terra incognita ».
C’est ce cerveau qui pousse l’ange à se confronter à nous spectateurs, qu’il désigne comme des « singes bavards », et qui va conduire cet ange, pour devenir un humain plus remarquable, à s’injecter des fragments de tissu cérébral provenant de quatre figures de référence, un scientifique: Einstein, un écrivain: Gertrude Stein, un philosophe: Wittgenstein et un docteur: Frankenstein.
Tout au long de cette tentative de métamorphose, le comédien est emporté par une logorrhée et prend en permanence le public à témoin. Avec  quelques phrases provocatrices, quand il traite le public de « charmant petit peuple » et qu’il l’invite le maltraiter: « Si vous ne me trouvez pas bon, vous pouvez me lapider« . Ou bien simplistes: « Je veux remplir mon vide« , …ou: «   il est l’heure d’essayer de faire semblant« .
Réflexions entrecoupées de saillies verbales un peu trop répétitives composées d’extraits en anglais de pièces de Shakespeare. Et le plagiat ? Cet ange cherche en effet ,selon Jan Fabre, à imiter l’homme. Ce qui lui permet, de nous livrer un témoignage sur l’authenticité de l’art. C’est en fait, et plutôt, un monologue d’un habile bonimenteur sarcastique: » Est-ce que je peux être ami avec vous? », remarquablement interprété par Dirk Roofhooft.
Cet ange parfois fragile, comme le cerveau qui le commande, est un être égocentrique, comme son auteur… qui s’applaudissait avec ferveur le soir de la première…

 

 Jean Couturier

 

 

 

Théâtre national de Chaillot , Salle Gémier.

 

Le Serviteur de la beauté 3éme partie du triptyque se joue  jusqu’au 11 février.

Le Musée de la mer

Le Musée de la mer de Marie Darrieussecq, traduction de Sjon, mise en scène d’Arthur Nauzyciel.

Après deux spectacles présentés à Reykjavk depuis 2007, Arthur Nauziciel a été invité par le Théâtre national d’Islande à y créer une mise en scène et il a demandé à la romancière Marie Darrieussecq,  avec  laquelle il avait déjà collaboré pour Ordet d’écrire une pièce à cette occasion et qui l’a effectivement été cette même année 2007, soit peu de temps avant que l’Islande ( 320.000 habitants) ne connaisse un  traumatisme exceptionnel due à une terrible crise financière et donc économique qui  a eu des répercussions presque immédiates sur la plupart des grandes banques européennes qui avaient investi dans ce pays , fleuron du capitalisme pur et dur, reconnu    comme étant à la pointe du revenu par habitant et en terme de progrès social.
Donc Marie Darrieussecq , fascinée par ce pays de l’extrême où elle est allée souvent, a écrit cette sorte de conte qui devait- c’était la contrainte imposée par Nauziciel- être traduite en Islandais pour être créée à Reykjavik , avec la collaboration donc de Sjon, le parolier de Björk qui en assuré la traduction  et du compositeur Bardi Johansson, et de la chorégraphe Erna Omarsdottir.
C’est l’histoire d’un couple Lizz et Will qui se réfugient, parce qu’ils ne trouvent plus un litre d’essence, chez un autre couple May et Man qui vivent très pauvrement dans un pays en état de guerre. Ils gèrent un aquarium/musée de poissons, dont ils sacrifient quelques uns pour se nourrir. Il y a aussi  un poulpe,  et Bella qui est une sorte de monstre
museemer3.jpg, comme une sorte de veau marin. Et l’on assiste à une sorte de cohabitation pacifique entre les deux couples et les deux enfants. mais on entend au loin des cris et des bombardements… La guerre est bien là, qui semble  préluder aux graves difficultés que va connaître l’Islande un an après.
Marie Darrieussecq, romancière expérimentée qui avait publié Truismes, son premier livre en 96 , universitaire avertie  et qui doit  quand même avoir quelques idées sur le dialogue théâtral,  dit pourtant assez naïvement, qu’il n’ a rien à voir avec un dialogue de roman (sic).  » Une phrase pensée pour le théâtre doit pouvoir être dite, et même elle doit trouver sa justification sur scène: c’est à dire répondre à une exigence venue de la bouche d’un autre personnage ou venue de la scène elle-même, de la présence des corps. »
Merci pour cette merveilleuse découverte… qui ne nous éclaire pas beaucoup sur ses intentions en ce qui concerne ce Musée de la mer dont l’écriture reste tout de même assez pathétique. La mise en scène  rigoureuse d’Arthur Nauzyciel, tout comme le jeu précis des acteurs  du Théâtre national Islandais, ne peuvent rien rattraper. Et ce qui aurait pu faire l’objet d’une nouvelle, essaye de flotter ici dans un univers qui se voudrait dramatique mais auquel on ne croit pas une seconde.
Et l’ennui, malgré une  réalisation soignée , est vite au rendez-vous. En fait, ce qui manque le plus, c’est une vraie vie, un véritable dialogue qui induirait une relation forte ente ces personnages fantomatiques dont la vie nous est, du coup, absolument indifférente.Et la guerre,  ses bombardements, et  la terreur qui s’empare de toute une population qui a faim: désolé, on connaît bien , Marie Darrieussecq, et  c’est quand même autre chose, que  cette piécette  écrite « dans une langue très elliptique (…) qui appelle une mise en scène pour exister ».( sic)! Tous aux abris!
Et ce ne sont pas quelques belles images qui peuvent donner le change.   Arthur  Nauzyciel ni un autre metteur en scène ne pouvait rien sauver de ce désastre programmé; il suffisait de bien  lire la chose  qui sert de texte pour s’en convaincre.   A l’impossible , nul n’est tenu, comme disaient nos grands-mères… Reste un mystère: pourquoi Nauzyciel s’est-il lancé dans cette opération et pourquoi Pascal Rambert a-t-il accueilli ce Musée de la mer?

 

Philippe du Vignal

 

Spectacle créé au Centre dramatique d’Orléans;  au Théâtre de Gennevilliers,  vendredi 4 à 20h 30; samedi 5 à 15h et 20h30; dimanche 6 à 15 heures et mardi 8 à 19h 30. t: 01-41-32-26-10

AU-DEHORS

 AU-DEHORS  d’Alain Ubaldi, mise en scène de l’auteur.

    Au-dehors avait été créé pour le Festival d’Avignon 2008 . Alain Ubaldi, auteur d’une dizaine de textes depuis 1991, a repris Au-dehors pour trois représentations, à l’invitation de Lilas-en-scène, lieu chaleureux animé par Claire Acquart, niché au flanc de Jipanco,  entreprise de construction de décors, qui fait bouillir la marmite.
Au dehors, c’est un soliloque autour d’un licenciement, prononcé par un patron invisible depuis dix ans,  d’ un employé consciencieux arrivé pour la première fois avec dix minutes de retard.
La première partie se joue derrière un transparent avec des projections: l’homme est prostré, son texte proféré par sa voix enregistrée procure une bizarre distance. Il émerge au-devant du plateau dans la deuxième partie, pour crier  sa révolte avec des accents de folie parfois gênants, puis retombe dans la résignation.
Stéphane Schoukroun, effrayant par moments, fait bien passer l’actualité brûlante de ce texte en cette période de dégraissage national.

Edith Rappoport

www.myspace.com/ciekit

Lilas en scène

 

La Voix du danseur dans tous ses états.

La Voix du danseur dans tous ses états.

 Comme le remarque Dominique Dupuy, on peut retrouver la parole des danseurs et chorégraphes dans différents documents ( les  archives de l’INA) notamment audio ou audiovisuels. Mais cette parole reste muette, peu diffusée, moins que celle d’autres artistes. Et pourtant qui n’ a pas eu envie d’écouter la voix si particulière de Serge Lifar,  de Martha Graham, etc… Qui sont,  comme le dit Claude Sorin,  » autant de traces de convictions où s’appuient leurs gestes chorégraphiques ». Cependant elle existe, elle étonne ceux qui l’entendent, elle renseigne ceux qui s’intéressent de près à la danse.
Mais c’est vrai aussi qu’elle a  été et demeure souvent partenaire dans tous les domaines de la création contemporaine, y compris bien entendu le théâtre qui s’est beaucoup rapproché de la danse dans les années 60, en particulier avec Eugenio Barba, Grotowski,Le Théâtre laboratoire Vicinal de Bruxelles, etc..
Une journée  d’étude sera consacrée, le  13 février prochain, à ces » paroles en action », initiée et animée par Dominique Dupuy , et ARCADI, avec , entre autres: Emmanuelle Hynh, Blandine Masson, Joëlle Vellet, Claude Sorin,Claude Rabant….
Cette rencontre sera ponctuée de diffusions d’archives sonores et visuelles que l’on n’a pas la chance d’entendre ni de voir si souvent.

 Ph. du V.

 L’entrée est libre sur réservation obligatoire sur www.arcadi.fr
Fondation Biermans-Lapôtre,  Cité Internationale de de Paris 9 A Bd Jourdan 75014 Paris ( Entrée fléchée par le 17 Bd Jourdan).

Entre Ciel et Chair

Entre Ciel et Chair, d’après Une Passion de Christiane Singer, avec  Birgit Yew (violoncelle), mise en scène de Clara Ballatore.

  photoentrecieletchair.jpgC’est l’histoire d’Héloïse et Abélard, amants mythiques du XII ème siècle dont l’amour interdit entrainera leur séparation tragique., et qui avait déjà été jouée l’an passé ( voir la  chronique de Barbara Petit ,5 juin 2010). On se trouve  dans la cellule monacale d’Héloïse, entrée dans les ordres et,  devenue à la fin de sa vie, abbesse de Paraclet.
Le récit est à la première personne: Héloïse raconte donc son histoire, l’éducation que lui donna son oncle Fulbert, exceptionnelle pour une jeune fille d’alors, sa rencontre avec Abélard, illustre clerc devenu son précepteur, et la relation amoureuse où ils se livrèrent corps et âme. L’adresse est généralement faite au public, mais aussi à Abélard, qu’elle évoque, et qui se glisse dans ses mots: Héloïse lui reproche ses choix et surtout de ne pas prendre garde à son oncle, qui donna l’ordre d’émasculer Abélard.
Suivra leur entrée mutuelle dans les ordres, et leur séparation définitive. Clara Ballatore a écrit une adaptation du roman Une Passion de Christiane Singer, qui a l’originalité de donner la parole à Héloïse, et qui propose une vision féminine de cet univers masculin du Moyen-âge. Certains moments  en sont emblématiques, comme lorsqu’Héloïse avoue son immense amour , à son oncle Fulbert, une fois sa relation avec Abélard  démasquée. Son oncle, selon ses dires, la traite alors brutalement, comme une servante.
Deux chaises, occupées par le musicien et la comédienne: le plateau est nu, juste servi par la création lumière toute en nuances de Franck Vidal. Le spectacle repose donc  sur la comédienne et son alter ego musical; ce soir ,nous avons entendu le captivant violoncelle de Birgit Yew, ( en alternance avec Michel Thouseau, contrebassiste) toujours en harmonie et à l’écoute de cette voix qui porte le texte. Christelle Willemez, vêtue d’une sobre robe blanche, est une comédienne remarquable : elle possède une voix grave et claire avec une large gamme de modulations qui nous transmettent l’émotion, la saveur et les nuances. du texte. Une respiration bien en place et discrète, qui donne de la souplesse à son phrasé.
La comédienne possède aussi une forte présence ; elle porte un texte poétique très dense,  et donne sans cesse à voir son regard dans un jeu dirigé vers le public. Cette mise en scène épurée entraîne une économie de mouvements que l’on peut parfois regretter, car elle demande une écoute plus soutenue du public, confronté à un texte exigeant. Mais la présence de la comédienne est toute en nuances, dans une sorte d’ effacement physique. Elle passe tour à tour de simple narratrice à la voix grave et posée, à la jeune fille tiraillée par les événements, et jusqu’à un apaisement mystique à la  fin, dualité entre « ciel » et « chair » s’il en est.

 Davi Juca

 

Au Théâtre du Lucernaire, du 2 février au 26 mars 2011, du mardi au samedi à 18h30.

Ce matin, la neige

Ce matin, la neige, de Françoise du Chaxel

 9782842604219fs.jpg  La neige d’un matin d’hiver fait resurgir des images du passé… Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne. Anna, fille d’Alsace, est forcée par les autorités françaises de quitter Strasbourg avec ses parents pour s’exiler à Périgueux, en Dordogne. C’est pour l’adolescente l’occasion d’une rencontre avec une famille de paysans inconnus, dans une région qui lui est étrangère jusque dans sa langue, et, surtout, avec la guerre, qui fait grandir les enfants…Après Le Monologue d’Anna en 2007 dans 25 petites pièces d’auteur. ( Editions Théâtrales) Françoise du Chaxel revient au texte et l’enrichit d’une seconde voix, celle de Thomas, le fils des fermiers qui ont accueilli la jeune fille et ses parents.
Le livre nous donne également une troisième version, dans laquelle les deux voix s’entrecroisent et qui fut créée pour la scène en collaboration avec la metteuse en scène Sylvie Ollivier, qui a déjà travaillé avec Françoise du Chaxel pour
Des traces d’absence sur le chemin. Version qui a fait l’objet de représentations en Dordogne, en janvier. En marge du texte, Françoise du Chaxel nous confie l’histoire de l’oeuvre, et Sylvie Ollivier la perspective qu’elle a suivie dans sa mise en scène.
Le récit, simple, nous parle de l’exil, de l’engagement, de la manière dont deux adolescents confrontés à l’Histoire vont peu à peu se construire une identité. Les jeunes gens qui se lancent dans la résistance, Thomas qui admire Anna tout de suite et la regarde les yeux pleins d’amour, Anna qui ne lui renvoie que de l’indifférence, c’est peut-être un peu trop prévisible … Mais c’est cette simplicité qui permet au texte de trouver le chemin le plus court jusqu’au cœur. La mise en page fait résonner chaque ligne dans l’esprit du lecteur et entraîne son imagination.
L’écriture, rythmée, nous plonge au cœur des événements. Elle nous implique.Comme le dit Sylvie Ollivier : « L’écriture de Françoise du Chaxel, partition rigoureuse nourrie du réel et des bruits du monde, nous renvoie à nous-mêmes et à notre propre histoire, à nos exils et à nos guerres, à l’humain. ». Françoise du Chaxel sait parler des adolescents, elle sait rendre les premiers soubresauts d’un âge impulsif. On redécouvre avec eux l’Occupation et la Résistance, confrontés qu’ils sont à la nécessité de choisir, de s’engager, de prendre part à une lutte devenue inévitable, de faire face à la mort, enfin. Ces deux destins à la fois familiers et lointains nous prennent à la gorge et, comme Thomas, on se sent « grandir d’un coup ».Un de ces livres qu’on ne lâche pas des yeux et qui vous fait comme un pli au cœur.
À conseiller à tous , en particulier aux professeurs et à leurs élèves.

Elise Blanc

 Editions Théâtrales.12€

 

 

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