ALEXIS, UNE TRAGÉDIE GRECQUE

ALEXIS, UNE TRAGÉDIE GRECQUE en italien surtitré en français, mise en scène, lumière et scénographie d’Enrico Casagrande et Daniela Nicolo.

motus.jpgLa compagnie italienne Motus travaille depuis des années sur les questions les plus brûlantes de notre époque à partir de textes anciens, mais aussi plus  contemporains, comme ceux de Fassbinder, Pasolini ou Genet.   Depuis 2009, Motus mène un projet de recherche et de création, SYRMA ANTIGONES, Sur les traces d’Antigone, parcours en trois étapes à partir d’ateliers sur les révoltes contemporaines. Après Let the Sunshine in  et Antigone contest#2Alexis,une tragédie grecque vient d’être créée au Festival de Modène.
Les quatre acteurs s’emparent de témoignages sur le meurtre d’un jeune homme de quinze ans, Alexandros-Andreas Grigoropoulos, commis délibérément par un policier lors d’une manifestation à Athènes en 2008.   Des images de manifestations sont projetées tout autour du plateau par une vidéo mobile, avec des témoignages, mêlés à des extraits de l’Antigone de Bertolt Brecht: “Il est temps de transformer la tragédie en lutte”.
La rapidité des déplacements et l’énergie des acteurs cernés par les images, sont fascinantes. A la fin, une douzaine de spectateurs sont convoqués sur scène pour prendre part à l’action et au salut final.
Au moment où le Moyen-Orient s’embrase, ces révoltes de la jeunesse venues du fond des âges, nous interpellent plus que jamais.

Edith Rappoport

Grande Halle de la Villette

 


Archive pour 2 mars, 2011

L’insomnie des Murènes

L’insomnie des Murènes conception et mise en scène de Laurent Bazin

insomnie.jpgDix millions de Français souffriraient d’insomnie, ce qui explique une surconsommation  hexagonale d’hypnotiques.  Symptôme isolé ou accompagné d’autres pathologies, il se traduit  par un état sensoriel particulier entre veille et sommeil impossible à trouver.  Ce spectacle d’une heure aux frontières de la danse et du théâtre d’images cherche à évoquer ce nouvel  état .
On découvre alors  non   des images d’insomnies mais de celles qui oscillent entre rêve et cauchemar. Qu’importe l’intention initiale du metteur en scène, c’est à chacun d’interpréter ces instants visuels en fonction de sa sensibilité. Le point commun de ces ombres et formes enveloppées de plastique transparent est une évocation de la féminité avec une nudité partielle. Le spectacle est dansé par une comédienne et trois danseuses. Féminité ambiguë, en ce qu’elle  a de multiples visages monstrueux et effrayants. Le travail des lumières pour ce type d’atmosphère est important, mais exige une précision extrême: si elle sont trop intenses, le spectateur est transformé en voyeur ; si elle sont trop faibles, il s’endort…
Le texte n’est en effet ici qu’accessoire et l’on  aurait aimé trouver une ambiance sonore et musicale plus forte. La volonté esthétique du metteur en scène est évidente, mais ce type d’images demande moins de proximité du public que dans ce petit lieu. L’équipe de la Loge aura au moins  offert la possibilité à Laurent Bazin, jeune metteur en scène, de montrer un autre théâtre qu’il  est intéressant de découvrir malgré toutes ses imperfections…

 

Jean Couturier

Théâtre de La Loge, jusqu’au 17 mars les mardi mercredi et jeudi 

www.lalogeparis.fr

 

Les Cerises au Kirsch

 Les Cerises au Kirsch  de Laurence Sendrowicz, mise en scène de Nafi Salah.

Une fois entré dans ce tout petit lieu magique qu’est le Théâtre de la Vieille Grille, le spectateur est accueilli par Laurence Sendrowicz, traductrice de l’œuvre d’Hanokh Levin qu’elle contribua à faire connaître en France. Elle distribue des cerises au kirsch enrobées de chocolat, puis monte sur scène pour  incarner tous les personnages de l’histoire : Léon, qui a dix ans en 1942, devenu grand-père en 2009, ou encore Mickaël, son petit-fils de dix-sept ans qui découvre comme nous son histoire.
Léon est un enfant juif, qui perd ses parents durant la seconde guerre mondiale et qui doit se cacher  chez une dame à Bruxelles
avec son petit frère. Privé de ses parents, il est obligé de grandir très vite, et s’occuper de lui, et de se débrouiller en temps de guerre.
Comme le dit la phrase  du Léon actuel qui ouvre le spectacle: « En 1942, personne n’aurait misé un sou sur le fait que je devienne grand-père un jour ».  Le texte qui fait la part belle aux allers et retours  entre le présent et ce passé douloureux montre la tentative du  vieil homme, symbole de toute une génération déchirée par la guerre, qui ,de façon humble et sincère,  tente de comprendre son propre parcours et de  le transmettre à son cerises.jpgpetit-fils. Ces cerises au kirsch représentent un souvenir pour lui qui avait pour habitude de les savourer avec son père.
C’est de façon simple que le metteur en scène Nafi Salah dirige son actrice. Sur le plateau, elle apporte un banc désigné « grand-père » et ses escarpins à talons rouges posés dans un coin symbolisent  une mère qui reste muette.Laurence Sendrowicz,en fait, n’incarne pas vraiment les personnages avec des changements nets de voix, d’expression ou de posture, mais prend bien en charge le récit avec des codes clairs de costume. Ses bretelles désignent un personnage, puis elle en enlève une, voire les deux pour montrer qu’elle en incarne un autre. Cette gestion du récit fonctionne, mais reste un peu monotone dans la mesure où les différents personnages restent sur le même plan.
Mais il aurait  fallu aller encore plus loin dans le théâtre-récit en créant la figure d’un conteur ou d’un narrateur, qu’on distinguerait des personnages.  Dans cette histoire où les voix s’entremêlent, l’actrice trouve le temps de créer de jolies images, notamment la course folle des deux frères à la fin de la guerre, qui s’évadent du « château », (probablement une maison d’enfants) où ils ont trouvé refuge, pour une escapade à Paris voir les feux d’artifice du 14 juillet.
Sur le chemin, Léon est émerveillé par les bouquinistes de la Seine et, chose rare pour lui, leurs étalages de livres. Il s’arrête devant chacun d’entre eux à la recherche de Jean Barois de Roger Martin du Gard, ce livre  représentatif d’une jeunesse en mutation, entre religion et vérité scientifique, qui décrit le parcours d’un homme . Celui de Léon cristallise celui d’une génération marquée par la Shoah, comme l’indique le sous-titre du spectacle : Itinéraire d’un enfant sans ombre .

 

Davi Juca

Théâtre de la Vieille Grille, jusqu’au 20 mars, du mercredi au samedi à 21 heures, le dimanche à 17h30

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