La Voix humaine
La Voix humaine de Jean Cocteau, mise en scène d’ Ivo van Hove.
Ce monologue de Cocteau, mise en scène par le Néerlandais Ivo van Hove, avec la comédienne vedette du Toneelbroep Halina Reijn, a fait partie de la programmation du World Stage, avec une série de créations contemporaines et multidisciplinaires présentées au théâtre Enwave de Toronto.
Halina Reijn a 35 ans, mais habituellement le rôle est joué par une comédienne moins jeune. Il s’agit d’une conversation téléphonique où la femme parle à son amant qui est en train de rompre avec elle, et elle comprend que ce coup de téléphone sera le dernier. Écrit en 1927, lorsque le service téléphonique n’était pas très perfectionné, le monologue est constamment coupé par l’intervention de voisins mais ces ruptures contribuent à la tension de cet échange qui deviendra peu à peu déchirant. Au début, la femme fait semblant de ne pas être trop perturbée par les événements, mais elle perd peu à peu ses moyens et accomplit un geste irrécupérable. La jeune femme est encadrée par une grande fenêtre et nous observons cette conversation comme des voyeurs. Très agitée, elle se déplace très vite, en entrant et sortant de notre champ de vision.
Nerveuse, elle traverse la scène sans arrêt pour disparaître et revenir de nouveau par la salle… Peu à peu, la vérité s’impose: ses grimaces et ses gestes révèlent un esprit troublé mais sa voix garde une tonalité presque rassurante pour que son amant ne devine pas son déchirement.
Cette première partie de La Voix humaine est bien menée par Halina Reijn, qui fait preuve d’une grande sensibilité et son agitation physique est tout à fait justifiée, étant donné l’âge de la protagoniste. Mais la conversation est interrompue lorsque la femme pose l’écouteur.
Il s’agit toutefois d’un choix du metteur en scène qui a préféré changé radicalement le rapport entre la femme, le téléphone et son interlocuteur invisible. Elle oublie le téléphone pour un bon moment, et s’adresse désormais à la salle, ce qui nous coupe du monde trouble que nous étions en train d’intérioriser. De plus, sa voix est déformée par des moyens technologiques pour devenir une vibration désagréable. Elle hurle et griffonne un message désespéré sur une feuille de papier qu’elle colle à la fenêtre.
Ces inventions du metteur en scène laissent quelque peu perplexe. Quand il tente de rendre le dialogue plus mouvementé, de donner plus de « vie » à cette femme seule en scène, il finit par nous faire décrocher du texte et du personnage. Même le dernier geste de désespoir de cette femme nous laisse indifférent.Mais le public a réagi de manière positive lors d’une conversation avec la comédienne après le spectacle ; Halina Reijn est sympathique et douée. Mais la volonté chez son metteur en scène , de faire moderne à tout prix, ne l’aide pas beaucoup.
Alvina Ruprecht
Spectacle vu à l’Enwave Theatre à Toronto, avec surtitres en anglais, du 2 au 5 mars.
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