LEAVES
LEAVES de Lucy Caldwell, traduction de Séverine Magois, mise en scène de Mélanie Leray.
Autre spectacle du Théâtre des Lucioles, cette mise en scène de la première pièce de Lucy Caldwell, jeune dramaturge irlandaise, nous enferme dans un huis-clos familial traversé par un drame; une tentative de suicide de la fille aînée qui était partie faire ses études à Londres. Son père, sa mère et ses deux jeunes soeurs, Poppy et Clover, attendent son retour dans leur maison de Belfast.
Elle revient, elle est là, fermée sur son secret et aucun d’eux ne trouve les mots justes pour lui parler. Chacun s’en tient au rôle qu’il avait avant le drame. Seule Clover, 15 ans, a la lucidité révoltée de son âge. Nous sommes à Belfast, et l’histoire douloureuse de l’Irlande pèse sur les mots et sur les corps. Peut-être Lori, à Londres, a-t-elle été renvoyée à cette tragédie qu’elle porte en elle? Nous ne le saurons pas. Seul indice, elle semble jalouse de sa jeune sœur, née après le cessez-le-feu et qui ne porte pas en elle la tristesse du déchirement.
La pièce se termine par un retour en arrière. Nous sommes trois mois avant, et toute la famille fête le départ de Lori pour Londres, gaieté factice. Le décor de « maison témoin » comme le définit Mélanie Leray, banalise ce qui se joue entre ces personnages. Les photos projetées sur grand écran disent le bonheur des années d’enfance mais ne suffisent pas à créer cette ligne rompue entre présent et passé, cette tension entre les personnages, que l’on sent davantage à la lecture du texte.
La pièce et les personnages sont en fait plus complexes que la mise en scène nous le fait voir.
Françoise du Chaxel.
Spectacle vu à la Maison des Arts de Créteil le 3 Mars, et en tournée actuellement.
La pièce est parue aux Editions Théâtrales.
