UN MARIE-SALOPE…

UN MARIE-SALOPERafiot pour Odyssée, ciel, terre et mer de Jean-Paul Quéinnec, mise en scène d’Antoine Caubet

  
La complicité est ancienne entre Jean-Paul Quéinnec et
Antoine Caubet qui  avait découvert ses textes au Théâtre des Bernardines à Marseille en 2002, et  yavait monté La mi-temps.  Caubet est en résidence depuis deux ans. Il a réalisé une vingtaine de mises en scène depuis 1985, notamment Montagne d’après Thomas Mann et Les fusils de la mère Carrar de Brecht au TGP de Saint-Denis et Sur la grand route d’après Tchekhov à l’Échangeur de Bagnolet. Il s’est  aussi  beaucoup investi dans des actions de formation .
Cette Odyssée pour terre, ciel et mer, qui 
reste énigmatique, prend la suite de Chantier Naval du même auteur, une légende sur la fin d’un chantier naval à travers le sabordage d’un pétrolier par leurs artisans, et l’émigration au Canada des femmes, tantes et épouses des ouvriers noyés.
On se perd entre les deux monologues bien mâchés par
deux solides comédiens, Cécile Cholet et Christian Jehanin qui peinent pourtant à restituer clairement le fil de l’intrigue.Ce long poème dramatique met en scène Raymonde, fille, épouse et mère et Claude qui a quitté sa famille de Charente-Maritime pour le Québec et qui ne cesse de revenir, se joue sur un long banc vert de gare maritime. On s’égare dans les brumes d’un texte qui a été très applaudi… mais c’était un soir de première..

Edith Rappoport

Théâtre de l’Aquarium, jusqu’au 10 avril. Tél : 01-43 -74 -99 -61

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UN MARIE-SALOPE, Rafiot pour odyssée ciel terre mer. de Jean-Paul Quéinnec, éditions Quartett, mise en scène, Antoine Caubet.

Un Marie- Salope est un bateau, pas un de ceux qui font rêver, un dragueur qui transporte des marchandises, qui n’est pas fait pour le grand large, qui quelquefois abrite des clandestins dans sa cale et les abandonne à leur sort. Claude, le boiteux à la jambe de laine, en a pris un à Marseille en 1974, il est parti pour le Canada, est revenu plusieurs fois, puis est reparti.

Ulysse d’aujourd’hui, il revient une dernière fois vers Laleu en Charente, là où s’enracinent sa famille et son imaginaire, un pays d’eau qu’il a quitté pour un pays de gel . Il a navigué entre l’eau qui enveloppe et rassure et l’eau qui fige le coeur. Il a laissé la famille et un continent trop connu jusque dans ses blessures, pour l’inconnu d’un continent neuf. Cette fois, il voudrait vraiment revenir, revenir pour parler.

Alors il parle, il dit le passé dans un flot de souvenirs qui se cognent, de mots qui se bousculent, de traces de vie qui s’entrecroisent. A côté de lui, en face de lui, Raymonde, sa fille, sa femme, sa complice, son double, c’est selon, qui le relance lorsqu’il s’interrompt, qui le rattrape lorsqu’il se laisse couler dans les souvenirs, qui recueillera le cahier à qui il a confié sa vie au cas où il ne pourrait pas parler.

Ecouter un texte de Jean-Paul Quéinnec, c’est accepter de se laisser dériver dans un torrent de mots qui, lorsqu’on les lit à voix haute, font naître des gens, des histoires, comme dans ces journaux pour enfants où il faut relier des points pour que se dessine une forme. C’est découvrir une langue, déconstruite ou fluide, répétitive, décalée, opaque parfois, puis tout à coup très claire comme l’eau d’une rivière qui tantôt roule limpide sur les cailloux, tantôt s’abîme dans des tourbillons. Car cette langue n’est pas qu’un flot, elle charrie du concret, des moments de vie, des chagrins, des rires aussi.

Antoine Caubet connaît bien cette langue, il y a plongé à plusieurs reprises, et il donne superbement à ce texte liquide une existence terrestre. Un espace nu, une longue banquette entourée d’un écran comme un long ruban blanc où parfois poser les mots et deux comédiens magnifiques le font vivre avec tendresse et cocasserie. Christian Jehanin gagne son combat contre les mots et donne à Claude sa force blessée, face à lui Cécile Cholet, menue, maligne, têtue, l’aide à se délivrer de ses souvenirs, à reprendre pied dans la réalité. Bousculés que nous sommes par ce voyage en eaux profondes , nous nous surprenons à rire avec eux de ce récit de mariage en famille, morceau de bravoure du spectacle, qui nous permet de reprendre notre souffle.

Jean-Paul Queinnec dit que la mise en scène de ses textes est pour lui  » un après qui menace la stabilité des mots qu’il a posés », mais aussi que c’est souvent » une heureuse trahison ». Je ne sais ce qu’il pense de la mise en scène d’Antoine Caubet, sans doute qu’elle est une bien belle trahison.

 Françoise du Chaxel.

Au Théâtre de L’Aquarium, La Cartoucherie. 01 43 74 99 61, jusqu’au 10 Avril.

 


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