39° à l’ombre et Embrassons-nous Folleville
39° à l’ombre et Embrassons-nous Folleville d’Eugène Labiche, mise en scène de Pierre Pradinas.
Louis-Philippe a abdiqué en 1848 et la République va être proclamée après des insurrections ouvrières qui firent plus de 5.000 morts! Et Louis-Napoléon Bonaparte sera bientôt élu Président de la république. La France des grands ,comme des petits bourgeois, se lance dans l’industrialisation et dans la course à l’argent, sûrs de leur puissance et protégés par un gouvernement autoritaire. La France d’en bas étant, elle, priée de travailler dur avec des journées de 10 heures, voire plus. Enfin; le grand Victor Schoelcher obtient l’abolition de l’esclavage qu’avait rétabli Napoléon…
Eugène Labiche commence alors une carrière d’auteur dramatique; il a 33 ans et il écrivit quelque 174 pièces, avec une armée de collaborateurs.Les théâtres ne désemplissent pas et il faut répondre à la demande… 39° à l’ombre ( 1875) est pourtant l’une des rares avec trois autres qu’il écrivit seul et qui ne manque pas de charme..
C’est, comme toutes ses pièces, une peinture assez acidulée de la bourgeoisie, aux dialogues souvent très brillants, teintés parfois d’absurde et de non-sens. 39° à l’ombre se passe à l’extérieur, ce qui est rare chez Labiche . Nous sommes dans le jardin de la propriété à la campagne que possède le riche et influent M. Pomadour. Il y a quelques invités: Courtin, Piget et le grand et bel Adolphe qui, comme tous les autres, a fait un peu trop d’honneur au bon déjeuner et surtout au petit vin blanc ( du Chablis, mon cher, répliquera, vexé, Pomadour…).
Ils jouent au jeu dit du tonneau ou de la grenouille où il s’agit de lancer un jeton plat en fonte dans des trous. Mais cela ennuie vite les invités de Pomadour qui n’osent cependant pas l’avouer. Et Adolphe, lui, profitera de la présence des autres dans le jardin pour aller embrasser la jeune et belle Madame Pomadour qui ne semble pas du tout en être vraiment accablée…
Et quand Pomadour s’en apercevra, il exigera évidemment réparation en duel avant de comprendre son erreur puisqu’il n’y connaît rien en armes. Alors que son adversaire s’en vante, lui. Cela, bien entendu,s’arrangera, puisque l’un et l’autre s’accorderont sur un dédommagement financier qui , comme le fait remarquer Pomadour, ira à ses bonnes œuvres: la construction d’une école dans le village où enfin pourra être dispensée l’instruction au bon peuple et dont il pourra être reconnu comme un généreux et glorieux donateur…
La seule qui soit vraiment sympathique, telle que la voit Pierre Pradinas, est madame Pomadour qui rêve à l’évidence d’une petite aventure extra-conjugale. Comme toujours chez Pradinas, la mise en scène eet la direction d’acteurs sont extrêmement soignées, et l’on rit de bon cœur à cette pochade où le couple Romane Bohringer et Gérard Chaillou sont remarquables. On se demande seulement pourquoi Pradinas a fait mettre des costumes contemporains à ces personnages…Et pourquoi, il y a cet écran bleu en fond de scène?
Quant à Embrassons-nous Folleville qui date du milieu du siècle, elle est plus proche d’une sorte de petite comédie musicale: » cet art d’être bête avec des couplets « disait déjà Labiche. La pelouse verte du jardin bascule en arrière et l’on découvre alors le salon bourgeois un peu vulgaire de M. Manicamp, bourgeois lui aussi , très sûr de lui qui veut absolument marier sa fille Berthe (toujours Romane Bohringer) avec le Chevalier de Folleville ( Matthieu Rozé). Petit ennui imprévu: Folleville, assez timoré ne sait pas comment résister aux ordres péremptoires de son futur beau-père qui commence à organiser tout le mariage… D’autant que Folleville n’éprouve aucune sympathie pour la jeune fille…
Elle-même n’est pas insensible au riche Vicomte de Chatenay qui commence à être follement amoureux d’elle. Après bien des péripéties, et notamment une bagarre avec destruction de vases de fleurs et un repas où Manicamp et Chatenaay s’envoient leur assiette petit salé au visage, avant de se réconcilier…Et tout rentrera dans l’ordre.
Il y a quelque chose de noir , même dans le décor, et de tout à fait surréaliste dans le texte qui ont sûrement bien plu à Pierre Pradinas dont la mise en scène est aussi brillante, même si les chansons sont doublées ; on rit parfois, mais la pièce-un peu longuette- n’a pas ce même degré de virulence et cette mêm exigence dans le dialogue: l’ennui pointe donc parfois .
Alors à voir? Oui, mais ce n’est pas incontournable: on reste quand même un peu sur sa faim, surtout pour la seconde des deux pièces. Enfin si vous avez envie d’aller goûter l’air printanier et écouter les oiseaux chanter à la Cartoucherie, pourquoi pas?
Il y a aussi à quelques dizaine de mètres, au Théâtre de l’Epée de bois, La Cagnotte du même Labiche, dont Elise Blanc vous parlera prochainement…
Philippe du Vignal
Théâtre de le la Tempête , Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 10 avril.
