Grimm & Grimm


Grimm & Grimm
de Xénia Kalogeropoulou, mise en scène de Lilo Baur

grim3.jpg Cet hiver, le Théâtre de La Porte (Πόρτα) présente Grimm & Grimm, de  Xénia Kalogeropoulou. L’écrivaine a adapté pour le théâtre quatre des contes des frères Grimm. En première partie, sont présentés Les trois Cheveux d’or du diable  et Les six frères singes, et en deuxième partie, Les musiciens de Brême et la petite table, l’âne et le bâton.
Les deux premiers contes racontent de « sombres » histoires avec des héros ,confrontés à des dangers métaphysiques, qui sont victimes  de sorcières qui les transforment en animaux. La deuxième partie du spectacle, fortement imprégnée de comique,  raconte une histoire drôle  avec  des objets magiques et des personnages/animaux qui vivent en liberté dans la forêt, ou qui ont des pouvoirs magiques et aident les humains.
Lilo Baur a choisi des contes qui ont une fin heureuse, c’est à dire qui rétablissent l’ordre moral et naturel; comme elle  le dit :  « ces contes donnent l’espoir que quelque chose peut changer, que cela dépend des décisions que nous prenons, de notre hardiesse, de notre courage ou de la peur que nous devons vaincre ».
Un décor dépouillé: juste un arbre et six grandes boîtes orthogonales, représentant des gravures de forêts, villages et palais. Boîtes déplacées  par les comédiens de façon à suggérer les lieux décrits  par l’histoire. Et  quelques boîtes se transforment parfois en gros livres  qui renferment des recettes de filtres magiques.  Grimm & Grimm, avec une utilisation métaphorique et métonymique des objets scéniques, offre aux spectateurs des informations visuelles, mais  leur fait prendre aussi du recul par rapport à l’illusion théâtrale,  et leur rappelle qu’ils sont au théâtre. La métamorphose incessante de l’espace scénique limite le temps de vie de chaque objet sur  scène, ce qui atténue les effets émotionnels et accentue le rythme scénique.   L’accompagnement sonore et l’éclairage évoquent soit des bruits de la nature, soit l’alternance du jour et de la nuit, et le temps qui passe. Sept jeunes comédiens  jouent tous les personnages, humains ou animaux. Improvisations,  danse, chant, et musique, donnent libre cours à des références au jeu, à l’humour et à la fantaisie, et rappellent aux spectateurs la part bestiale latente dans la nature humaine.
Cette adaptation théâtrale des contes ne comporte pas de narration: c’est  par le dialogue, l’action, et la gestuelle des comédiens que se fait   l’évolution de l’intrigue. Cela exige lisibilité et précision , pour que le public devine les sous-entendus par les éléments non verbaux de la représentation. Le corps, la voix, et la gestuelle des comédiens imitent des caractères d’humains, ou d’animaux aux comportements humains,  avec une approche théâtrale fondée sur le plaisir ludique et l’économie du langage..
Lilo Baur et Xénia Kalogeropoulou ont élaboré le spectacle, en tenant compte des réactions et des remarques des enfants , élèves de l’atelier du Théâtre de La Porte, qui ont assisté systématiquement aux répétitions
.

 

Maria Stasinopoulou

 

Web site : www.portatheatre.gr


Archive pour 16 mars, 2011

La Panne

La Panne, de Friedrich Dürrenmatt , mise en scène Jean-Yves Ruf

  panne.jpg Ce que c’est que voyager, pour ses affaires, du côté de villages reculés : Alfredo Traps tombe en panne, enfin, sa merveilleuse nouvelle voiture, une Studebaker (ça date l’affaire!). Pas de train, l’auberge est bondée – un congrès d’éleveurs de poulets -, mais  joyeuse.
Une chance: un vieux monsieur retiré reçoit des hôtes de temps en temps, pour les dépanner, dit-on. Traps y va, et,  comme son nom le prophétisait, tombe dans la trappe. Ce soir-là, le vieux monsieur a invité ses vieux amis, et offre à Traps d’être leur convive. Oh, ils sont très courtois, ces anciens juge, procureur, avocat, exécuteur des hautes et basses œuvres. Le dîner est succulent, les vins merveilleux, le jeu amusant : le visiteur doit jouer le rôle du personnage manquant, l’accusé. Et là, tout est possible…
On est entre Agatha Christie et le Peter Handke de Bienvenue au conseil d’administration. Entre les deux, et précurseur de Handke sur ce point, il y a Dürrenmatt, l’auteur de La visite de la vieille dame (1956), de Franck V, opéra d’une banque privée, Play Strindberg, et toute une œuvre – pièces, romans, pièces radiophoniques et autres – caustique, provocatrice.
Apparemment, il tenait beaucoup au thème de La Panne, puisqu’il l’a traité pour la radio, en roman et en comédie. Jean-Yves Ruf a choisi de théâtraliser le roman : ça commence par le récit de Traps. Et puis, comme le veut la pièce, les choses échappent au narrateur… On n’en dira pas plus, sinon qu’on entend ici l’obsession de la justice, la question de la culpabilité, la volonté de retourner les êtres comme la peau des lapins qu’on dépouille. Même si, dans le rire féroce, Dürrenmatt rejoint son contemporain Ionesco, on n’est pas dans le « théâtre de l’absurde » : il s’agit ici de morale, et de politique.
Un bon décor, avec  cliquetis de cristaux et d’argenterie, une bande-son troublante à souhait, et une mise en scène sans « effets » : Jean-Yves Ruf est encore assez jeune pour s’attaquer à ce que d’autres rangeraient dans le « vieux théâtre ».
C’est en toute jubilation, du théâtre pour vieux acteurs, à l’exception de Traps (Roland Vouilloz) : Maurice Aufair, Michel Cassagne, Roland Rossi (et Bruno Dani, technicien du théâtre Vidy, compagnon de Beno Besson, habitué des incursions sur scène) sont trop bons comédiens pour s’arrêter de jouer, et comprennent trop bien Dürrenmatt pour éviter le mot vieux. Vieux et vifs, exacts, oui, comme leurs personnages. Vieux et caustiques, comme leur auteur, vieux et tendres. C’est la vie et la nature humaine, fustigée par le moraliste Dürrenmatt, qui ne le sont pas.

Christine Friedel

Théâtre 71 Malakoff jusqu’au 20 mars – tél: 01 55 48 91 00

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