La Cagnotte

La Cagnotte, de Eugène Labiche, mise en scène par Laurence Andreini.

 

   lacagnottedeeugenelabiche604image1fr1285159003l515.jpgUne comédie avec le cynisme qu’il faut, comme on les aime, habilement rendue par la compagnie Théâtre Amazone. On connaît l’histoire: des petits bourgeois de la Ferté-sous-Jouarre décident d’aller à Paris « manger » la cagnotte qu’ils ont réunie après toute une année de parties de cartes quotidiennes. Mais on ne quitte pas sa province impunément, et leur voyage se change vite en course poursuite très Labiche qui les emmènera dans les endroits les plus obscurs de la capitale. Personne ne sortira indemne de cette spirale infernale : les quiproquos se multiplient et mettent au jour la véritable nature des uns et des autres et découvrent toutes les cachotteries, jusqu’à ce que l’idiot de l’histoire, le petit clerc de notaire bousculé par tous, sauve la situation.

Dans la salle au sol de ciment, des caillebotis modulent habilement le voyage des personnages. Sous nos yeux défilent donc le salon bourgeois, le restaurant parisien, le poste de police, le cabinet de l’entremetteur et finalement le bâtiment en rénovation, tandis que le reste de l’espace se retrouve plongé dans la neutralité . Le bruit d’un mécanisme d’horloge, celle qui ornait tous les salons bourgeois, active le début de la pièce qui se déroulera avec une logique implacable, dont Labiche est passé maître dramaturge. Laurence Andréini nous présente un spectacle parfaitement rodé, où scènes et parties chantées s’enchaînent dans une partition sans faute, et où les acteurs s’accordent à merveille dans le petit monde de Labiche.

Ils ont, si l’on peut dire, la tête et le jeu de l’emploi : Michel Baumann est très juste en Champbourcy, le père, le « commandant » de toute la troupe, qui regroupe sa sœur Léonida (Isabelle Védie), sa fille Blanche (Carole Fages), Cordenbois le pharmacien (Éric Bergeonneau), Colladan (Christian Caro) un riche fermier dont on croise le fils rebelle (Cyril Dubreuil), Jean-Marc Lallement est tour à tour Félix, le petit clerc de notaire, et Béchut, le commissaire, deux rôles antagonistes qu’il rend avec une belle présence comique, Damien Henno est un serveur et un assistant irrésistible de souplesse, comme Benoit Marchand, qui joue l’entremetteur.

Des acteurs bien dirigés qui incarnent remarquablement leurs personnages, une scénographie bien adaptée au monde de Labiche, et une mise en scène réglée comme du papier à musique mais aussi pleine d’idées originales et surprenantes… Le spectacle a tout pour plaire et pour faire rire. Et pourtant, comme dans la copie d’un trop bon élève, quelque chose manque. Peut-être les spectateurs sont-ils un peu fatigués par l’heure tardive pour être tout à fait réceptifs…

 Élise Blanc.

 

Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 20 mars.

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