Frances Wessells : A portrait of 92 years

Frances Wessells : A portrait of 92 years

akira2.jpgC’est dans le cadre d’Anticodes à Chaillot, que le public a découvert un  spectacle à la fois sensible et beau .
A une époque où la vieillesse doit se cacher un peu trop souvent,  (la maladie et le besoin d’assistance, cela ne fait pas bien dans le tableau!), une ancienne danseuse de  Martha Graham ( 92 ans) se produit encore en public .
Cette performance est due aux chirurgiens qui lui ont permis de retrouver ,grâce à  des prothèses de hanche et de genou,  une mobilité rare à cet âge. Frances Wessells n’a cessé, bien que retraitée, de danser et d’enseigner  » Je suis née pour le mouvement. Quelqu’un qui ne peut pas s’exprimer de quelconque manière que ce soit, se bouche énormément d’horizons. Pour moi, la vie est une improvisation, et être capable de l’exprimer par le mouvement est le moyen le plus naturel sain et salutaire qui soit« .
Une équipe artistique exceptionnelle l’accompagne  dans cette démarche: Christophe Lancaster, compositeur et violoncelliste qui joue une musique électro-acoustique dans une belle folie créatrice. Et Jason Akira Somma, ancien danseur de Bill T. Jones, qui mène  une triple carrière de danseur , photographe et vidéaste, et  qui  avait réalisé une  film d’elle   quand elle avait 89 ans.   France Wessells commence  par une chorégraphie minimaliste de ses pieds filmée et projetée en fond de scène. Elle danse sur sa propre image modifiée par le vidéaste. Les gestes  sont précis et harmonieux, même si  l’on voit que ses articulations sont déformées par l’arthrose.
Et l’émotion est intense quand Jason Akira Somma quitte sa caméra pour venir accompagner la danseuse dans un pas de deux , aussi doux que  décalé. Les regards se croisent, les mains se frôlent, la rigidité naturelle du corps de France Wessells disparaît dans les bras de ce danseur de 31 ans. Un moment unique et rare…

Jean Couturier

Anticodes se poursuit en mars au Quartz  de Brest, et aux Subsistances de Lyon www.anticodes.fr


Archive pour 18 mars, 2011

Le siècle d’or : La Célestine et Don Juan

Le siècle d’or : La Célestine, de Fernando de Rojas, et Don Juan, de Tirso de Molina , mise en scène Christian Schiaretti

Entre Rojas et Tirso de Molina, un bon siècle où se forge la grande dramaturgie espagnole. À eux deux, ils ont inventé rien moins que La Célestine, et Don Juan: deux personnages fondateurs du théâtre européen… D’un côté, une « mauvaise femme », entremetteuse, ancienne prostituée, un peu sorcière, un peu médecin, un peu prêteuse sur gages. On la retrouvera à l’arrière-plan dans le personnage de la  vieille de l’École des femmes (on n’échappe pas à Molière, qui débute au milieu du XVIIe siècle, au moment où meurt Tirso de Molina), et dans les « marchandes à la toilette » des romans de Balzac, et jusqu’à Zola, puis chez la Mère Courage de Brecht.
Très intéressante, cette femme : aucun sens moral, mais celui des affaires, l’obsession des (anciens ?) pauvres pour le moindre gain, dangereuse, bouffonne, vieille mais pétant d’énergie, se jouant de la religion mais croyant dur comme fer à la Vierge Marie et à tous les saints, et d’une vitalité inépuisable… Elle remplit intégralement la profession misogyne de Simpronio sur les femmes: « coquettes, changeantes, menteuses, sans âme » ; bref au moins « mille et trois » vices et défauts et un chapitre « à durer jusqu’au soir », mais elle la remplit avec panache, en hardie revancharde, et se relève de toutes les chutes, avec le courage d’assumer  ses instants de faiblesse. Peut-être est-ce là la touche moderne donnée par la mise en scène;  même contre deux hommes, elle est proprement in-tuable. Elle tire à elle la Tragédie de Calixte et Mélibée. Calixte a été ébloui par la vue de Mélibée, Mélibée et sa vertu ont été choquées par l’aveu de Calixte, celui-ci a recours à la Célestine qui verse le poison des douces paroles dans l’oreille de Mélibée (où l’on voit que « les enfants se font par l’oreille »), et le coup est fait, l’amour et le désir sont plantés dans les corps, pour une lourde cassette et une chaîne d’or dont périra la sorcière. San doute, son art dans la contagion du mal y est pour quelque chose : bien fait, ses leçons d’immoralité ont été trop bien écoutées. À la fin de la pièce, tous les méchants sont tués, ainsi que les amoureux trop pressés : à escalader les murs des jardins, on tombe parfois de haut.

http://www.dailymotion.com/video/xhigd1

Quant à Don Juan. Il a fallu que Mozart passât par là pour qu’il devînt le type même du séducteur. celui Tirso de Molina n’est que le Burlador de Séville, et celui de Molière « un grand seigneur méchant homme » qui s’ennuie très vite quand il veut séduire deux pauvres paysannes….
Quant à notre Don Juan : voilà un fils de famille, très protégé par son père, très protégé par le Roi, qui, d’abord à Naples, puis à Séville, a pour principale distraction de coucher avec toutes les femmes qui lui échappent tant soit peu, promises à un autre par exemple. Alors, il se fait passer soit pour le fiancé, soit il fait de la surenchère en promettant un mariage avantageux, quand il  ne surprend pas tout simplement la belle dans son lit, en brisant quelques portes et en compromettant la dite belle : tant pis pour elle si elle n’a pas su défendre ses verrous et sa vertu.
Tout ça au grand galop, au jour le jour, sans mémoire, si les politiques ne venaient exiger de lui l’impossible : sauver les apparences. Évidemment, ça s’aggrave et le Roi l’abandonnera à la mort : trop de scandale… Ne pourront le pleurer que son père et Catalinon, le fidèle valet, confident peut-être ami, « faiseur de remontrances » sans effet.
Tirso de Molina a créé là un type, via Molière qui l’avait lui-même reçu des Italiens, celui du « coureur », du séducteur pressé, dont l’ardent et perpétuel désir est tué net par l’assouvissement. Inutile d’insister sur l’abondance de la littérature donjuanesque, encore vivace au XXe siècle, alors que la libération des mœurs a achevé celle de la Célestine.
En tout cas, la réunion des deux pièces et de ces  deux « types » donne une image terriblement ambiguë d’un théâtre « auto-sacramental » censé terroriser où  la lourde main de Dieu est censée terroriser , en s’abattant sur ceux qui se soumettent à la loi diabolique et féminine du désir, et de la séduction. Ce théâtre-là, où rien ne nous est caché, tient plus du feuilleton que du drame.
Il a aussi un côté pédagogique : dans leur langue vive, les personnages populaires nous bardent de proverbes, tandis que les « grands » nous emmènent dans des considérations plus châtiées. En même temps, c’est un grand cinéma de capes, d’épées et de balcons.

 

http://www.dailymotion.com/video/xhigv6

Le dispositif bi-frontal de Renaud de Fontainiau sert et éclaire à la fois cette cavalcade : tout se joue sur un immense praticable, une rue que la projection de décors lumineux horizontaux (avec de vraies trouvailles à découvrir) transforme en église, jardin, bref tout lieu susceptible de rencontres et d’intrigues. Aux deux extrémités, des portes battantes : tout à tour, vantaux royaux, porte doublement dérobée de la vie secrète et privée, toril lâchant ses monstres lancent le mouvement, qui ne s’arrête jamais.
Dans une belle unité  entre scénographie et jeu : on ne dira pas que les acteurs – Hélène Vincent en tête, dans la Célestine - « en font trop », ils jouent à la mesure de l’énergie dégagée par le texte, parfois en  accéléré dans La Célestine avec quelques  récits en résumé, pour que la pièce ne dure pas cinq heures. La troupe, qui réunit les jeunes comédiens permanents du TNP et – on a envie de dire, des « vieux routiers  » de ce que l’on appelait la « décentralisation », fonctionne à merveille.
Que demande le peuple ?

Christine Friedel

Théâtre de Nanterre-Amandiers, en alternance jusqu’au 6 avril .
T: 01 46 14 70 00

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