Words are watching you

Words are watching you, création collective , texte et mise en scène Julie Timmerman

words.jpgSous l’œil de Big Brother, on n’est pas seulement surveillé, on a la langue nouée. Novlangue : les choses sont leur nom, il suffit de trafiquer les mots pour changer le réel. Changer, non, mais masquer. Il n’y a plus de pauvres, on le sait, le mot est « vieilli », et inacceptable : il n’y a, au choix, que des marginaux qui ont choisi ce style de vie – faut-il dire clochards, vagabonds, mendiants, miséreux… (le lexique était riche, autrefois…), ou plus pudiquement SDF ?-, des gens modestes – qui heureusement ont parfois l’orgueil de leur courage et de leur révolte, ou toute dénomination propre à éliminer ce qu’elle désigne.
L’idée, c’est, au Minimot ( le Ministère des Mots) celle d’un bureau de la correction du langage, ou trois employés s’activent à ôter des dictionnaires et des livres les mots qui ne doivent plus avoir cours, ou les sens dont ne veut plus un Big Brother caché (tout comme ces bébés voraces que sont « les Marchés ») derrière la modernité.
Le tout, sous l’aile d’une Big Mother rassurante : ne vous inquiétez pas de votre liberté, entre autres, on s’en occupe pour vous.S’il faut « être de son temps » à ce prix, quel temps perdu… À côté d’eux, une miss-télé, miss Bonheur, militante de la guimauve qui engluent et dans la censure par le sucre.
De beaux moments de saccage, un texte d’autant plus ironique qu’il emprunte directement ses énormités au langage politique du jour – et vraiment chaque jour fournit plus que son compte, (MAM est déjà dépassée !     Un heureux retour au cabaret politique, où la sévérité du questionnement n’interdit pas le rire. Le tout peut-être trop pressé, trop vite fait : on demanderait un peu plus de théâtre…

 

Christine Friedel

Confluences, du 3 au 20 mars


Archive pour 24 mars, 2011

Encore une heure si courte

Encore une heure si courte, de Claire Heggen et Yves Marc

 

Tout est en ordre : des boîtes, des cubes bien rangés sur scène. Et puis un premier petit désordre s’introduit : les cubes bougent, émettent des sons délicats, rares. Coquilles de drôles de Bernard-l’ermite, soit deux circassiens et  un mime : Pau Bachero, Sébastien Dault, Jean-CHarles Gaume. Ces trois-là, avec une incroyable maîtrise, jouent de tous les déséquilibres, se perchant sur une tour de cubes comme en bâtissent les  enfants, entrant et sortant de boîtes incroyablement petites, achoppent, échouent, trébuchent comme seuls peuvent le faire les virtuoses du mouvement.
Il faut les voir, passage particulièrement savoureux, s’empêtrer dans trois vestes malencontreusement boutonnées ensemble et exploiter tous les magnifiques empêchements que cela permet.  Un autre  désordre, qui va en grandissant : un  petit papier vient froisser la remarquable géométrie initiale : cela grandit, grandit. Quel message portait ce premier  papier ? On ne le saura pas, pas plus que la musique parlée de Georges Aperghis.
C’est peut-être là le défaut de ce spectacle du Théâtre du Mouvement : on n’a pas envie d’une leçon, d’un « sens obligatoire », il faudrait juste que cette langue mystérieuse et riche crée une tension dramatique dans laquelle le spectateur puisse se projeter. Du coup, cette heure ne paraît pas toujours si courte.
Reste le-grand-plaisir d’admirer des performances aussi exceptionnelles que modestes, et  des acteurs d’une grâce rare.

 

Christine Friedel

 

Au Théâtre Berthelot à Montreuil jusqu’au 25 mars. 01 41 72 10 35

 

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L’Art du rire

 L’Art du rire de et par Jos Houben.

On avait connu Jos Houben  chez Aperghis comme chez Peter Brook dans Fragments de Beckett; en fait, cet Art du rire a été peaufiné depuis longtemps sous la forme de  cette vraie/fausse conférence sur le rire et le comique. Sur la grande scène du Rond-Point, une table de bistrot avec deux chaises Thonet, avec dessus , un chapeau, une bouteille d’eau et un verre: c’est tout. Il entre par la salle, pantalon et chemise gris et annonce tout de suite  qu’il il va parler de l’art du rire.
Pourquoi rit-on? Comment rit-on?  de quoi rit-on? énonce-t-il avec un sérieux imperturbable… Quelle est la gestuelle du rire dans notre vie quotidienne de citadins ordinaires confrontés au principe absolu de la verticalité, au déséquilibre et à la chute, au peu de maîtrise que nous avons de notre propre corps?
Bergson avait déjà théoriquement répondu: nous rions quand il y a répétition, quand la mécanique prend le pas sur l’humain. Et Jos Houben  le démontre,  exemples à l’appui, avec peu de mots mais avec  une  merveilleuse gestuelle: il montre la norme et l’équilibre, même instable mais aussi le déséquilibre et le ridicule accompli de la chute, seul ou avec un complice venu du public.
Jos Houben a une façon, exemplaire et bien à lui,  de parler de la verticalité du corps. Pourquoi, dit-il aussi, la Tour Eiffel en impose-t-elle tellement , alors que la Tour de Pise  provoque une certaine pitié? Les exercices sont à la fois fins, intelligents et brillants et provoquent instantanément le rire du public dans une salle qui reste un peu éclairée: géniale trouvaille!
Le public est ainsi davantage en confiance et l’ancien élève du grand Lecoq,devenu enseignant dans cette même école, et aussi membre du fameux Théâtre de complicité londonien,  a une gestuelle irréprochable  et un sens du burlesque qui fait souvent penser à celui de Buster Keaton,  dans la façon qu’il a de mouvoir son corps. Jos Houben est à la fois magnifique dans sa générosité et dans l’intelligence qu’il a du plateau. Avec, pour finir quelques citations, dont une du grand  Wittgenstein. C’est d’une rare élégance de céder ainsi la place aux mots!
En une heure, on a ri  comme rarement-que demande le peuple? -avec, en plus l’impression de sortir de là,  un peu moins bête qu’en y entrant… Vraiment exceptionnel.

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 avril à 18 h 30.

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