Brita Baumann (Les Cadouins # 2),

    Brita Baumann (Les Cadouins # 2), documentaire théâtral et musical de Gaëtan Peau et Quentin Defait, mise en scène Quentin Defait.

 

  Brita Baumann est la seconde partie du cycle Les Cadouin. On est en juillet 2005 et une jeune allemande Brita Bauman a été envoyée pour un séjour  linguistique dans une famille bretonne, les Cadouin:   Roland, le père divorcé, Violaine sa compagne, Laurence et Virginie,  ses deux  filles d’une vingtaine d’années, et enfin, Jean-Jacques, le frère de son ex-femme et donc l’oncle de Laurence et Virginie. Cette famille connaît un petit  succès local avec son groupe Les Cadouin qui court les mariages, les bals et les fêtes avec des chansons qu’ils jouent et qu’ils chantent en chœur, pas très bien évidemment et leur répertoire reste  limité: cela va de Bécaud, Sheila ,Souchon en passant par les succès d’Indochine.
   Quant à Brita , elle est là, les écoutant, toujours silencieuse, parce que, nous disent les Cadouin, elle est allemande, presque prostrée et sans grande envie de partager leurs histoires de famille et leurs  tournées. Roland hurle et engueule ses musiciens de pacotille mais on a quelque mal à croire à cette famille et à cette saga musicale…
  Il y a deux tables et des chaises paillées comme on les voit dans les les intérieurs pauvres de la campagne profonde; tous les accessoires sont peints sur des cartons (assiettes, bouteille, pendule, instruments de musique et les comédiens  ont des maquillages blancs  comme des cadavres (?) , des costumes d’un goût douteux et  des perruques,ce qui, dans l’esprit des réalisateurs du spectacle, devraient donner « un esprit irréel et extravagant »; et  » que le public ressente ou non cette dimension, n’est pas indispensable mais cela instaure un décalage, un « surréalisme » qui vient s’ajouter à une histoire très quotidienne. » Mais on nous parle aussi quelques lignes plus loin « d’expressionnisme pour clowns noirs et féroces ». Il faudrait choisir!
  Avec,  comme références,  les désormais célèbres Dechiens et les non-moins célèbres documentaires de la série Strip-tease. Brita, habillée comme une jeune allemande de la campagne dans les peintures  populaires du  19 ème siècle, grande jupe crème,  et  nattes blondes, restera désespérément muette, comme un peu sotte, bref, une vraie caricature (type Bécassine d’outre-Rhin) égarée dans une autre époque,  et  qui va  recueillir  les confidences de toute la famille Cadouin.
  C’est plutôt bien joué ,en particulier par Emmanuelle Marquis ( Virginie) avec quelques moments forts: les repas en silence , certains numéros de variétés des plus ridicules et quand Brita écrit des lettres sur fond de musique de Bach.Mais, de là,  à y voir une peinture d’ êtres un peu à la dérive, et en proie à la solitude,  comme on nous y invite… Très franchement, l’on reste un peu?  beaucoup? sur sa faim.
  Ce qui manque sans doute à ce spectacle qui se voudrait proche de la caricature, c’est à la fois la vérité du quotidien, avec le  montage très serré et absolument exemplaire  des fameux Strip-Tease,  véritable condensé d’émotion et de finesse. Ce qui manque  aussi :  la cruauté des rapports entre des êtres affligés d’un handicap physique et/ou mental des Deschiens toujours en proie à la méchanceté des objets… Un cocktail inédit dans le théâtre français que Macha Makeiff et Jérôme Deschamps avaient réussi à mettre au point. Même s’il y  a des moments  drôles, on attend toujours quelque chose qui ne vient pas dans ce « documentaire » qui n’en est pas un, drôle parfois mais pas assez  « acidulé « et pas vraiment « désespéré », comme  le prétend sans complexe  la note d’intention. Bref, faute d’une solide dramaturgie , le compte n’y est pas tout à fait.
  Alors à voir? Les gens d’un certain âge paraissaient assez contents, et  il y avait très peu de jeunes, ce qui est rare au Théâtre 13. Vous pouvez tenter l’expérience à condition de ne pas être trop difficiles; au moins, on vous aura prévenus.

 


Philippe du Vignal

 


Théâtre 13 jusqu’au 10 avril; et le dimanche à 17 h 15,  reprise exceptionnelle de Monsieur Martinez (Les Cadouin # 1)

 

http://www.dailymotion.com/video/xhn0ip


Archive pour 28 mars, 2011

La liberté pour quoi faire

La liberté pour quoi faire? ou la proclamation aux imbéciles, d’après Georges Bernanos, un spectacle de Jacques Allaire.

  On ne lit plus guère  Georges Bernanos (1888-1948), et c’est dommage. Mis à part un antisémitisme à peine déguisé au début de sa carrière, il eut ensuite des visions tout à fait prémonitoires. Il insulta copieusement Franco et Pétain , et fut obligé de s’exiler au Brésil. Il  se rallia rapidement au général de Gaulle, fit preuve d’un antiracisme  absolument radical, et soutint Mendel et Zweig. Il refusa aussi  tous les honneurs: non à l’académie française, non à une entrée au gouvernement que lui avait proposée de Gaulle,  et non encore à la Légion d’Honneur.
Ce qui ne l’empêcha pas d’être reconnu, encore jeune,  comme un romancier important avec Sous le soleil de Satan et Le Journal d’un curé de campagne, (qui furent adaptées eu cinéma) et de voir jouer ses Dialogues des Carmélites . Il fut aussi un pamphlétaire de tout premier  ordre,  notamment avec deux textes peu connus  La Liberté pour quoi faire , et La France contre les robots, dont s’est  emparé  Jacques Allaire pour construire un spectacle un peu  inégal mais, aux meilleurs moments assez attachant. Nous ne l’avons pas vu dans des conditions idéales: Sortie Nord-Ouest  est un lieu culturel  dynamique situé près de Béziers au milieu des vignes et qui a une programmation exigeante mais  le chapiteau subissait ce soir-là, surtout au début,les attaques de la tramontane, ce qui provoquait un bruit désagréable pour entendre un texte  comme celui de Bernanos.
 » Il n’ y a de liberté qu’en résistance » disait celui qu’Artaud nommait « son frère en désolante lucidité » et qu’admirait Malraux. Ces deux textes, peu connus,  témoignent  d’une profonde révolte contre un système capitaliste sans scrupules, et contre  une pensée marxiste où l’homme de droite , un temps proche de l’Action française, ne trouve évidemment pas non plus son compte.
Georges Bernanos a quelque chose d’un anarchiste qui s’emporte  avec une saine colère, contre  la bêtise de l’industrialisation à outrance  qui malmène l’homme , la démocratie et ses libertés fondamentales.Et pour un retour à une vraie spiritualité.  Ce qui n’était pas si courant à entendre à  son époque…
Et plus de soixante après, les phrases de ce visionnaire restent étonnantes, surtout après les derniers soubresauts politiques et la catastrophe de Fukushima: « L’erreur commune est de se dire, à chaque nouvelle restriction : « Après tout, ce n’est qu’une liberté qu’on me demande; lorsqu’on se permettra d’exiger ma liberté tout entière, je protesterai avec indignation !  » Le mécanisme du système en impose à vos nerfs, à votre imagination comme si son développement inexorable devait tôt ou tard vous contraindre à livrer ce que vous ne lui donnez pas de plein gré. Tous les régimes au cours de l’histoire ont tenté de former un type d’hommes accordé à leur système, et présentant par conséquent la plus grande uniformité possible.  Le droit de penser devenu inutile – puisqu’il paraitra ridicule de ne pas penser comme tout le monde -  amener chacun à troquer ses libertés supérieures contre la simple garantie des libertés inférieures. » Si cette civilisation réduite à une espèce de représentation schématique de l’homme telle quelle figure dans les calculs des techniciens, était précisément trop simplifiée pour l’homme réel ?  Hein? Si la chaloupe se révélait à l’usage  incapable de supporter le poids de l’équipage ? Si les contradictions de l’homme, c’était l’homme même?
La mise en scène  comme la scénographie  de Jacques Allaire ne sont pas toujours convaincantes et l’on ne voit pas toujours  où il veut nous emmener. pourquoi, entre autres, cet éclairage avec deux lampes de poche pendant presque un quart d’ heure? Pourquoi cette centaine de  chaises entassées  sur la scène qu’il remet en ordre à la fin avec son complice Jean-Pierre  Baro? Pourquoi ces costumes vaguement 18 ème siècle, et ces maquillages sur le corps?
Il faudrait sans doute dans une seconde étape de travail rendre plus lisibles ces propositions.  Mais cela n’empêche pas de bien entendre les magnifique colères de Bernanos contre cette civilisation moderne qu’il considérait comme une conspiration universelle qui empêche  toute espèce de vie intérieure. Ce qui, après tout, dans  ce genre de théâtre sans véritable dialogue, reste l’essentiel. Et le public, jeunes comme  moins jeunes,  écoutait avec une grande  attention ces textes de grande allure  bien servis par Jacques Allaire et Jean-Pierre Baro.
Philippe du Vignal

Spectacle co-produit avec la Scène nationale de Sète, vu à Sortie Ouest le 16 mars ; en tournée,  au Périscope de Nîmes le 31 mars et le 1 er avril: au Théâtre de la mauvais Tête à Marvejols le 6 avril et au Théâtre de l’Archipel de Perpignan le 8 avril.

La liberté, pour quoi faire ? est disponible aux éditions Gallimard  et  La France contre les robots  aux éditions Castor Astral.

Le Misanthrope

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Serge Lipszyc.

   m5.jpg  Serge Lypszyc avait déjà monté la célèbre pièce il y a quelques années, et la reprend pour longtemps. De cette pièce largement autobiographique,le metteur en scène dit que  “Le mal-être généralisé de ces hommes et de ces femmes rend la pièce  violente, sourde et drôle et ce n’est pas un paradoxe car l’humour est omni-présent et permet la survie dans une époque policée où le “ paraître” régente les rapports humains”.
Soit, cette analyse en vaut d’autres: la maison de Célimène est en fait une sorte de mini-cour à l’image de celle du grand Louis XIV, dont on peut voir,  en fond de scène,le détail agrandi d’un tableau qui le montre tenant  une lettre. Histoire de rappeler au public qui pourrait l’ignorer que la pièce se passe sous le règne de Louis XIV. Ce qui n’est pas évident par ces temps où le Sarkozy se moque allègrement de La Princesse de Clèves...

 Le salon de Célimène c’est donc cette grande toile peinte, deux  sièges de velours rouge, un canapé (aux pieds Louis XVI!) reproduisant très mal le fameux canapé Mae West sofa de Salvadore Dali qu’il dessina d’après les lèvres de l’actrice dans les années 30.
Il y a aussi  deux miroirs montés sur pieds, et des lustres en fil de fer noir avec des petites bougies de chauffe-plat. C’est laid? Oui , c’est laid, moins toutefois que les costumes des hommes faits d’un invraisemblable mélange de pourpoints, avatars d’avatars de ceux du 17 ème siècle, de chemises/ cravate, et de pantalons et chaussures contemporaines. Les comédiennes sont un peu mieux loties mais guère…

  Quant au texte qui reste exemplaire de cette  langue magnifique qui est encore-mis à part une vingtaine de termes- largement la nôtre, il est, faute d’une véritable direction d’acteurs, le plus souvent mal dit. Personne n’est obligé de faire jouer une pièce écrite en alexandrins mais si on le fait , autant le faire bien. Quand on voit le soin extrême qu’a Brigitte Jaques quand elle s’empare d’un texte de Corneille, la façon qu’elle a de de rendre la moindre nuance de sentiment, la petite inflexion de voix  qui donnera tout son sens et toute sa musicalité aussi aux répliques des personnages!
Là, on est assez loin du compte; seule Nadine Darmon en Arsinoé sait ce que sont des  alexandrins et les dit magnifiquement, et les deux petits marquis Acaste et Clitandre ( Julien Léonelli et Sylvain Méallet) sont eux aussi impeccables, et ils donnent un souffle de jeunesse à une mise en scène qui en a bien besoin..

  Pour le reste de la distribution, cela dépend des moments… On veut bien admettre qu’Alceste ait quelque cinquante ans… encore que l’on comprenne mal, à cet âge-là, ses emportements et ses colères mémorables et , sauf le respect qu’on lui doit, cette Célimène, même très jolie, n’a rien d’une jeune femme d’une vingtaine d’années.Comme de plus, on fait  jouer  Valérie Durin  joue de façon assez stéréotypée, le compte n’y est pas, alors que c’est le personnage pivot de la pièce!
   Ce manque de clarté dans la diction, le côté peu crédible de  la plupart  des personnages, et un   rythme un peu poussif finissent par plomber le spectacle, et c’est vraiment dommage. pour une pièce de cette qualité!  Même la fameuse scène des portraits de la fin, où Célimène est prise au piège de  sa duplicité, est assez terne, alors que c’est le moment le plus flamboyant de la pièce. Bref, la mise en scène a quelque chose de  peu vivant et de figé. Le public plonge petit à petit dans une sorte de torpeur, et les jeunes personnes près de moi tombaient de sommeil…
   Le spectacle est-il encore susceptible d’améliorations? Visuellement non, formes et   couleurs du décor comme des costumes, et lumières  sont vraiment trop laids; sur le plan scénique, si Lypszyc voulait bien resserrer les boulons , c’est à dire faire vraiment travailler ses comédiens pour qu’ils disent enfin les vers comme ils doivent être dits, et pas dans ce médiocre à-peu-près, sa mise en scène y gagnerait déjà. Cela dit, on se demande comment il avait pu réaliser un remarquable Désiré de Sacha Guitry,  et deux ans après, nous offrir un Misanthrope aussi approximatif. 
  Alors à voir?  Très franchement, non. Et, même si le cœur vous en disait, n’y emmenez pas vos adolescents, et leurs copains, cousins, etc… ils vous ne le pardonneraient pas et risqueraient de donner raison à notre très aimé Président de la République…   Nous avons un Molière qui reste, quatre siècles après un auteur exceptionnel à la langue admirable mais le mettre en scène est un acte qui demande , et  une direction d’acteurs,  et une mise en scène d’une exigence absolue.Ce qui n’est pas le cas ici.

 

Philippe du Vignal

 

 Théâtre du Ranelagh  jusqu’au 21 mai.

 

                                     

 

 

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