Le Misanthrope

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Serge Lipszyc.

   m5.jpg  Serge Lypszyc avait déjà monté la célèbre pièce il y a quelques années, et la reprend pour longtemps. De cette pièce largement autobiographique,le metteur en scène dit que  “Le mal-être généralisé de ces hommes et de ces femmes rend la pièce  violente, sourde et drôle et ce n’est pas un paradoxe car l’humour est omni-présent et permet la survie dans une époque policée où le “ paraître” régente les rapports humains”.
Soit, cette analyse en vaut d’autres: la maison de Célimène est en fait une sorte de mini-cour à l’image de celle du grand Louis XIV, dont on peut voir,  en fond de scène,le détail agrandi d’un tableau qui le montre tenant  une lettre. Histoire de rappeler au public qui pourrait l’ignorer que la pièce se passe sous le règne de Louis XIV. Ce qui n’est pas évident par ces temps où le Sarkozy se moque allègrement de La Princesse de Clèves...

 Le salon de Célimène c’est donc cette grande toile peinte, deux  sièges de velours rouge, un canapé (aux pieds Louis XVI!) reproduisant très mal le fameux canapé Mae West sofa de Salvadore Dali qu’il dessina d’après les lèvres de l’actrice dans les années 30.
Il y a aussi  deux miroirs montés sur pieds, et des lustres en fil de fer noir avec des petites bougies de chauffe-plat. C’est laid? Oui , c’est laid, moins toutefois que les costumes des hommes faits d’un invraisemblable mélange de pourpoints, avatars d’avatars de ceux du 17 ème siècle, de chemises/ cravate, et de pantalons et chaussures contemporaines. Les comédiennes sont un peu mieux loties mais guère…

  Quant au texte qui reste exemplaire de cette  langue magnifique qui est encore-mis à part une vingtaine de termes- largement la nôtre, il est, faute d’une véritable direction d’acteurs, le plus souvent mal dit. Personne n’est obligé de faire jouer une pièce écrite en alexandrins mais si on le fait , autant le faire bien. Quand on voit le soin extrême qu’a Brigitte Jaques quand elle s’empare d’un texte de Corneille, la façon qu’elle a de de rendre la moindre nuance de sentiment, la petite inflexion de voix  qui donnera tout son sens et toute sa musicalité aussi aux répliques des personnages!
Là, on est assez loin du compte; seule Nadine Darmon en Arsinoé sait ce que sont des  alexandrins et les dit magnifiquement, et les deux petits marquis Acaste et Clitandre ( Julien Léonelli et Sylvain Méallet) sont eux aussi impeccables, et ils donnent un souffle de jeunesse à une mise en scène qui en a bien besoin..

  Pour le reste de la distribution, cela dépend des moments… On veut bien admettre qu’Alceste ait quelque cinquante ans… encore que l’on comprenne mal, à cet âge-là, ses emportements et ses colères mémorables et , sauf le respect qu’on lui doit, cette Célimène, même très jolie, n’a rien d’une jeune femme d’une vingtaine d’années.Comme de plus, on fait  jouer  Valérie Durin  joue de façon assez stéréotypée, le compte n’y est pas, alors que c’est le personnage pivot de la pièce!
   Ce manque de clarté dans la diction, le côté peu crédible de  la plupart  des personnages, et un   rythme un peu poussif finissent par plomber le spectacle, et c’est vraiment dommage. pour une pièce de cette qualité!  Même la fameuse scène des portraits de la fin, où Célimène est prise au piège de  sa duplicité, est assez terne, alors que c’est le moment le plus flamboyant de la pièce. Bref, la mise en scène a quelque chose de  peu vivant et de figé. Le public plonge petit à petit dans une sorte de torpeur, et les jeunes personnes près de moi tombaient de sommeil…
   Le spectacle est-il encore susceptible d’améliorations? Visuellement non, formes et   couleurs du décor comme des costumes, et lumières  sont vraiment trop laids; sur le plan scénique, si Lypszyc voulait bien resserrer les boulons , c’est à dire faire vraiment travailler ses comédiens pour qu’ils disent enfin les vers comme ils doivent être dits, et pas dans ce médiocre à-peu-près, sa mise en scène y gagnerait déjà. Cela dit, on se demande comment il avait pu réaliser un remarquable Désiré de Sacha Guitry,  et deux ans après, nous offrir un Misanthrope aussi approximatif. 
  Alors à voir?  Très franchement, non. Et, même si le cœur vous en disait, n’y emmenez pas vos adolescents, et leurs copains, cousins, etc… ils vous ne le pardonneraient pas et risqueraient de donner raison à notre très aimé Président de la République…   Nous avons un Molière qui reste, quatre siècles après un auteur exceptionnel à la langue admirable mais le mettre en scène est un acte qui demande , et  une direction d’acteurs,  et une mise en scène d’une exigence absolue.Ce qui n’est pas le cas ici.

 

Philippe du Vignal

 

 Théâtre du Ranelagh  jusqu’au 21 mai.

 

                                     

 

 

 


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