Nour

Nour par Le GdRA

       7503gdra.jpgLe GdRA, fondé en 2007 par Christophe Rulhes, Julien Cassier et Sébastien Barrier , nous a ébloui lors de sa première création intitulée Singularités ordinaires qui a même été invitée au  Festival in d’Avignon, excusez du peu pour une première… L’attente était donc grande pour cette nouvelle création.La compagnie est pluridisciplinaire et met en œuvre  une esthétique du foisonnant, qui rappelle le rêve – et qui  l’atteint par bien des aspects – celle d’un théâtre total.
Si leur attachement à la forme est une chose, la notion de propos demeure la pierre angulaire d’un  travail qui débute une fois encore par une démarche de type ethnographique, suivant l’école d’une sociologie du sujet, du singulier, et qui réfute une sociologie globalisante et déterministe. Elle enterre la démarche bourdieusienne, en quelque sorte.
Ils s’appuient donc sur la théorie des réseaux rhizomiques et sur leur décryptage pour explorer la figure d’une personne unique. La démarche est donc oxymorique en apparence : une lecture du complexe pour étudier le singulier. Voilà le programme intellectuel, plutôt stimulant, du reste.Le dispositif scénique marque « la patte » de la compagnie : l’omniprésence d’un blanc tranché par un sol rouge, une scénographie qui s’élève telle une petite pièce d’architecture et qui masque un trampoline en fond de scène, des coulisses à vue permettant aux artistes de s’asseoir et de changer de costumes,  et qui contribue  utilement à marquer l’ambiguïté entre réel et fiction.
La personne singulière s’appelle Nour. Une jeune femme issue d’une famille de  neuf enfants dont les parents sont d’origine algéro-marocaine, qui ont immigré dans la région de Boulazac. Elle a vécu chez ses parents mais a passé beaucoup de temps chez sa tante à l’instigation de sa mère qui cherchait à la protéger d’un contexte familial peu évident. Elle a tissé un réseau de relations représentées par des figures emblématiques qui nous sont présentées sous forme de documentaires relayés par les jeux des comédiens. Chacun nous livre une facette du kaléidoscope qu’est Nour, éclairant ainsi sa trajectoire émancipatrice (incarnée par sa passion pour la danse hip-hop).
Cette pièce est parfaitement léchée, les artistes se livrent à de multiples niveaux de jeu   avec la voix comme avec les corps, appuyés par un musicien polyinstrumentiste et véritable performeur vocal.Tout est parfait ? Hélas, non. Et à peu près à tous les étages.  D’abord, s’il ne fait aucun doute que les documentaires aient pu nourrir le propos de la compagnie, et qu’ils sont agencés suivant un ordre qui sert la compréhension de la vie de Nour, le choix qui consiste à « doubler » les dires des personnes interrogées par les artistes sur le plateau apparaît artificiel dans la mesure où cela n’apporte rien, ni au fond, ni au traitement formel. On voit bien l’intention de faire le pont entre le réel supposé et la fiction, mais  cela paraît quelque peu  plaqué …Et toute la phase introductive du spectacle consiste en un propos très revendicatif sur l’intérêt – et l’importance – d’une approche du singulier, du retour à la personne pensée dans un système plutôt que d’une étude improbable et peu féconde d’un système globalisant.
Cet exposé avec lequel on peut être assez rapidement d’accord présente une conséquence directe quant à la  réception du spectacle : celle d’une attente d’une mise en application assez scrupuleuse de ladite conception à partir d’une méthode scientifique, donc. Et ce, quand bien même la forme de la restitution ne serait pas celle d’une thèse de doctorat en sciences sociales et humaines, cela va de soi. Mais au-delà de « l’exposé des motifs » et des effets de la méthode promise comme féconde, que nous est-il dit ? Quelle est la force du décryptage promis ? Que la vie est plus complexe qu’il n’y paraît ? Qu’il est possible de vaincre les lois présumées universelles du déterminisme social ? Que bien des problématiques – qui sont évoquées mais qui ne sont jamais articulées les unes aux autres, chose qu’on attend précisément d’un tel travail – traversent cette histoire, s’agençant entre elles pour créer  des pistes de compréhension de cette trajectoire de vie ? Mais à quoi bon lever ces lièvres assez connus, si ce travail reste à effectuer par le spectateur ?
Enfin, un hiatus apparaît entre la forme aseptisée de la scénographie et l’implication des corps et des voix des personnages, plus en lien avec l’esprit revendicatif du propos. Comme si la nécessité de faire apparaître la patte formelle  de la compagnie avait été surestimée. Impression en l’occurrence,  un peu gênante.
Le spectacle est donc en-deçà de ce qu’il prétend être;c e qui lui confère une relative suffisance malgré l’empathie qui caractérise le sujet de la pièce. En somme, il est à la fois plaisant par son ambition et par une bonne partie du traitement formel, mais déplaisant dans ce qu’il charrie comme pensée politiquement correcte ,  quelque peu moraliste (penser  la place de l’individu dans le social et pas autrement) et se perd dans sa propre logorrhée: on peut réduire le spectacle d’une bonne vingtaine de minutes.
Ce travail vaut  la peine d’être vu : et dans les moments de réussite ,  on sent que bien des manières d’envisager le spectacle vivant et sa fonction sociale sont aussi  possibles.


Jérôme Robert

Du mer. 6 au sam. 9 avril à 21h - Espace chapiteaux
Dans le cadre du festival Hautes Tensions au Parc de La Villette

Pour en savoir plus :. http://www.villette.com/agenda/hautes-tensions-2011.htm


 


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