Qu’après en être revenu

Qu’après en être revenu par L’Association W / Jean-Baptiste André

            8100test.jpgJean-Baptiste André est une figure marquante du cirque contemporain dans sa spécialité (l’acrobatie et les équilibres sur les mains) comme dans le rapport qu’il entretient avec la danse. Les spectacles créés par sa compagnie (il a d’autres collaborations artistiques en dehors, résolument transdisciplinaires) sont des soli caractérisés par un dépouillement, un art de l’épure et une esthétique du gracieux, et il plaçe ses propositions du côté d’un art de la contemplation, assez formel, loin des modes narratifs non verbaux auxquels nous a souvent habitué le nouveau cirque.Pour ce spectacle, la promesse du changement est grande: il  s’agit d’un trio : deux hommes et d’une femme partageant la même spécialité. Et le titre même du spectacle nous convie à un propos qui à défaut de suggérer un espace, nous expose un temps : un après quelque chose.

Malheureusement, si l’on retrouve les qualités corporelles attendues chez Jean-Baptiste André et que l’on découvre celles des deux autres interprètes, ce spectacle suscite la déception. Tout d’abord la dramaturgie. Promise, elle est absente. Aucun point de vue, si ce n’est la suggestion d’efforts extrêmes d’une équipée d’explorateurs face à des entraves peu lisibles…Ont-ils chaud ? Ont-ils froid ? Autre chose peut-être ? Bien malin celui qui répondra sans avoir lu le programme du spectacle. L’interprétation ensuite. Ces explorateurs ne campent pas convenablement leurs personnages (on ne croit pas un seul instant qu’ils en soient) et quand ils quittent leurs postures acrobatiques, ils paraissent déserter leur corps, perdus sur un plateau nu certes, mais pas aussi vaste que celui du Théâtre de la Ville…
La musique, jouée en direct, prend le parti de l’omniprésence, de la lancinance,  et renforce ainsi le rapport au temps long, à l’épreuve endurée par les protagonistes. Bien vu, si cela prenait le relais du travail des interprètes. Mais quand celui-ci est en-deçà d’un niveau d’interprétation souhaitable – en l’occurrence lisible -, cette musique devient un vrai calvaire d’ennui. Deux minutes de silence en dernière partie de cette pièce nous ont procuré un état d’apaisement qui en dit long sur l’impression ressentie le reste du temps.
La problématique était belle et invitait, en l’espèce, à une mise en abyme des plus intéressantes : pourquoi, après être revenu de telles extrémités certains désirent à nouveau revivre ces extrêmes ? Traitée par un artiste de cirque, une plongée dans les ressorts de la pratique aurait été bienvenue, mettant en situation de parallélisme les explorateurs du Grand Nord et les artistes de cirque…
Mais cela reste au niveau de l’intention.Ils sont passés à côté et vous pouvez donc en faire autant, sans manquer d’assister aux autres spectacles de cette compagnie qui mérite d’habitude le détour…

Jérôme Robert

Du mer. 6 au sam. 9 avril à 19h – Grande Halle / salle Boris Vian
Dans le cadre du festival Hautes Tensions au Parc de La Villette
Pour en savoir plus :
http://www.villette.com/agenda/hautes-tensions-2011.htm

 


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