J’ai couru comme dans un rêve

J’ai couru comme dans un rêve, création collective Les cent cou, mise en scène Igor Mendjisky.

 

sscoughislaindorglandes03500x375.jpgC’est l’histoire d’un homme de trente ans, à peu près à l’âge où l’on passe aujourd’hui de “garçon“ à homme. Martin apprend ce jour-là qu’il a une tumeur foudroyante au cerveau et qu’il va être père. Et naturellement la jeune femme, danseuse, est en tournée en Australie. Il ne connaîtra jamais son enfant ? Il reverra ses frère et sœur et l’ami de toujours ? Les parents déjà étaient morts trop tôt : c’est “l’oncle Ben’s“ qui s’est occupé d’eux. C’est encore lui qui portera sur ses épaules les derniers jours du jeune mort.
Les “Sans cou“ se sont donné là tous les éléments du mélo le plus larmoyant. Mais ils sont trop sensibles, trop intelligents pour tomber là-dedans, et cela sans se priver de l’émotion, au contraire. Leur martingale, leur botte de Nevers, leur génie –soyons simples -, c’est de faire une confiance absolue au théâtre.
Romain Cottard, en meneur de jeu, lance la soirée en réunion de rencontre, groupe de parole type “ les anonymes anonymes “, en posant explicitement la vraie question : « pourquoi êtes-vous là ce soir ? “. Cela vaut pour le public comme pour les acteurs. Ceux-ci nous montrent très vite qu’ils savent pourquoi ils sont là : parce que le théâtre est un des rares lieux où tout est possible. Et le public les suit. En un instant, l’ “animateur“ installe le silence comme il avait installé le rire, en médecin annonçant “la“ nouvelle avec tact et pudeur, sans jamais prononcer le mot. Un médecin ne peut dire que « pronostic vital (engagé) ».

La mort est un sujet sérieux, les “sans cou“ – qui n’en sont pas à leur premier coup – en explorent les effets secondaires : la peur, la gêne du langage, le déni, la sidération, un petit tour au Paradis avec Dieu et les anges, la télé-réalité au-delà de ses propres (très sales) limites, la surprise d’un moment d’émotion au fond d’une boîte de nuit, quand les Paradis perdus de Christophe font taire la vulgarité. Un sommet, qui clôt la première partie du spectacle : le monologue effréné, hyper sportif, de Martin, énonçant à toute vitesse ce qu’il aurait aimé faire dans a vie, s’il en avait eu une devant lui.
Un exploit d’acteur comme ils nous en donnent sans cesse, passant en deux secondes et une paire de lunettes noires de la brave famille de Martin à un staff d’immondes dirigeants des programmes-télé, du médecin humain à l’animateur avalé par son micro, des gentils emmerdés par la mort du frère aux anges kitsch en “brainstorming“ (remue-méninges, si vous préférez) avec Dieu. Ils allient sans temps morts (!) virtuosité et engagement, astuce et naïveté. Ils sont naturellement modernes, ça parle anglais comme de la musique, ils n’ont pas besoin de retomber en enfance, ils y sont toujours, mais avec leurs savoirs d’adultes et leur souci de traiter leur sujet sérieusement, c’est-à-dire avec tous les moyens du théâtre, à vue, le rire, et le silence. Il y a beaucoup d’amour là-dedans.
On se dit que la seconde partie est peut-être de trop – c’est toujours risqué de montrer la réalisation des rêves -, et puis ils nous rattrapent avec une invention scénique d’une justesse « craquante ». On ne va pas dire : « il faudrait tous les citer », on va les citer : Clément Aubert , Paul Jeanson (Cottard, c’est déjà fait), Arnaud Pfeiffer, Eléonore Joncquez, Esther Van Den Driessche et Frédéric Van Dan Driessche.
Ce n’est pas un spectacle “avec“ eux, c’est un spectacle d’eux, “avec“ leur metteur en scène, du théâtre qui fait plaisir, qui donne envie de vivre, modeste, intelligent, encore une fois. La “relève“, sans prétention et avec toutes les ambitions, pourvu qu’aucun petit cochon ne vienne les manger en route.

 

Christine Friedel

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J’ai couru comme dans un rêve, création collective, mise en scène d’Igor Mendjisky.

Rien ou si peu de cette petite salle; juste quelques rangées de chaises pliantes pour le public et sur la scène, ou plutôt le pas de scène, une grande table , quelques chaises peintes en gris, et une blouse blanche de médecin suspendue à une patère. Il sont six quatre garçons et deux jeunes femmes qui se présentent tous par leur seul prénom aux spectateurs. L’histoire est simple: Un médecin annonce sans hésitation- méthode américaine- à un homme jeune encore qu’il est atteint d’une tumeur au cervau d’origine inconnue; ni opérable, ni curable, prend-t-il soin de préciser. C’est net et sans bavures, et le public retient son souffle; l’homme a une amie danseuse en tournée à l’étranger et il essaye de lui annoncer la chose mais c’est elle qui va parler la première pour lui annoncer qu’elle est enceinte… De son côté lui va réunir ses proches c’est à dire ses frères dont l’un occupe un poste important dans une chaîne de télé, et un oncle dont on apprend que c’est lui en fait qu’il les a élevés. C’est , semble-t-il , un comédien ou du moins quelqu’un qui aurait bien aimé l’être et qui répète des bouts de rôles à tout moment. Le frère producteur de télé parle d’une fiction qui justement traite d’un thème semblable: un homme en proie à une terrible maladie et tout proche de la mort.
Fiction? Réalité? Comme si le personnage principal passait d’un mode à l’autre dans la confusion la plus totale entre réalité quotidienne et onirisme, entre vie quotidienne et vie scénique. Bref, c’est la vieille recette du théâtre dans le théâtre qui n’en finit pas de fasciner les jeunes générations de comédiens, dont leurs professeurs auraient dû les prévenir que la recette est usée jusqu’à la corde. La deuxième partie du spectacle montre l’homme malade allongé dans un lit en fait debout contre un mur, avec ses proches autour de lui . Et cela se termine par les mots fameux et tout à fait extraordinaires de la fin de Macbeth: « Eteins, éteins toi , court flambeau: la vie n’est qu’une ombre qui marche; elle rassemble à un comédien qui se pavane et s’agite pendant une heure et alors on ne l’entend plus; c’est un conte raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ».
C’est, disons le tout de suite, remarquablement joué, et dirigé avec une sobriété exemplaire, malgré pas mal de criailleries qui, vu la petitesse du plateau auraient pu nous être épargnées. Et il y a de très bons moments quand enfin les comédiens arrivent à s’échapper de leurs rôles de pseudo  » créateurs, fabricants ».  » Nous entendons dire par là qu’ils se poseront comme des piliers (sic!!!!!) . Chacun d’entre eux écrit, tous chantent, certains jouent de la musique, d’autres dansent. Nous travaillerons la construction de ce spectacle en partant de ces séances de discussions autour de nos préoccupations d’aujourd’hui, de nos histoires personnelles puis nous tenterons de transformer cette matière en matière théâtrale autour d’improvisations faites au plateau. (…)Faisons du théâtre vivant pour rappeler au spectateur qu’il est lui-même vivant précise Igor Menjisky qui se définit comme auteur et metteur en scène. Ce qui est quand même à la fois d’une rare banalité et assez prétentieux..
Le spectacle au tout début du moins, fonctionne plutôt bien avec un air de fraîcheur qui n’est pas à négliger mais, très vite, le semblant de texte, sorti tout droit d’impros, traîne en longueur. Que la compagnie des Sans cou veuille  » intégrer le public et le sortir de son statut de spectateur passif  » participe d’une belle naïveté et ressemble furieusement aux déclarations sentencieuses du Living Theater des année 70!
Tout se passe en fait comme si l’on avait demandé aux comédiens de remplir le temps imparti soit trois heures avec entracte. Ce qui est beaucoup trop long et qui souffre d’un manque de véritable dramaturgie. La chose passerait en une heure vingt, mais devient ici assez pesant. » L’éternité,  c’est long surtout vers la fin , comme disait Alphonse Allais ». On a comme l’impression (déjà vue) d’avoir devant devant soi quelques jeunes et brillants comédiens qui s’adressent à leurs jeunes amis et copains du Conservatoire tout à fait complaisants et acquis d’avance à leur cause. Mais, quand on n’est pas de la paroisse,  l’on reste quand même sur sa faim.
Alors à voir? Pas sûr. Au moins, on vous aura prévenu. Cette sorte de brouillon intelligent , un peu ennuyeux , un peu estoufadou, restera un brouillon. Cela dit ,  la Compagnie des Sans-cou prouve qu’elle possède les moyens de se consacrer  plus tard à construire un vrai spectacle.

Philippe du Vignal

Spectacle créé au Théâtre de l’Atalante jusqu’au 25 avril – 01 46 06 11 90 et repris du 24 au 29 mai au Studio Théâtre 3 rue Edmond Fantin à Asnières du 24 au 29 mai – 01 47 90 95 33.

 


Archive pour 22 avril, 2011

J’ai couru comme dans un rêve

J’ai couru comme dans un rêve, création collective Les cent cou, mise en scène Igor Mendjisky.

 

sscoughislaindorglandes03500x375.jpgC’est l’histoire d’un homme de trente ans, à peu près à l’âge où l’on passe aujourd’hui de “garçon“ à homme. Martin apprend ce jour-là qu’il a une tumeur foudroyante au cerveau et qu’il va être père. Et naturellement la jeune femme, danseuse, est en tournée en Australie. Il ne connaîtra jamais son enfant ? Il reverra ses frère et sœur et l’ami de toujours ? Les parents déjà étaient morts trop tôt : c’est “l’oncle Ben’s“ qui s’est occupé d’eux. C’est encore lui qui portera sur ses épaules les derniers jours du jeune mort.
Les “Sans cou“ se sont donné là tous les éléments du mélo le plus larmoyant. Mais ils sont trop sensibles, trop intelligents pour tomber là-dedans, et cela sans se priver de l’émotion, au contraire. Leur martingale, leur botte de Nevers, leur génie –soyons simples -, c’est de faire une confiance absolue au théâtre.
Romain Cottard, en meneur de jeu, lance la soirée en réunion de rencontre, groupe de parole type “ les anonymes anonymes “, en posant explicitement la vraie question : « pourquoi êtes-vous là ce soir ? “. Cela vaut pour le public comme pour les acteurs. Ceux-ci nous montrent très vite qu’ils savent pourquoi ils sont là : parce que le théâtre est un des rares lieux où tout est possible. Et le public les suit. En un instant, l’ “animateur“ installe le silence comme il avait installé le rire, en médecin annonçant “la“ nouvelle avec tact et pudeur, sans jamais prononcer le mot. Un médecin ne peut dire que « pronostic vital (engagé) ».

La mort est un sujet sérieux, les “sans cou“ – qui n’en sont pas à leur premier coup – en explorent les effets secondaires : la peur, la gêne du langage, le déni, la sidération, un petit tour au Paradis avec Dieu et les anges, la télé-réalité au-delà de ses propres (très sales) limites, la surprise d’un moment d’émotion au fond d’une boîte de nuit, quand les Paradis perdus de Christophe font taire la vulgarité. Un sommet, qui clôt la première partie du spectacle : le monologue effréné, hyper sportif, de Martin, énonçant à toute vitesse ce qu’il aurait aimé faire dans a vie, s’il en avait eu une devant lui.
Un exploit d’acteur comme ils nous en donnent sans cesse, passant en deux secondes et une paire de lunettes noires de la brave famille de Martin à un staff d’immondes dirigeants des programmes-télé, du médecin humain à l’animateur avalé par son micro, des gentils emmerdés par la mort du frère aux anges kitsch en “brainstorming“ (remue-méninges, si vous préférez) avec Dieu. Ils allient sans temps morts (!) virtuosité et engagement, astuce et naïveté. Ils sont naturellement modernes, ça parle anglais comme de la musique, ils n’ont pas besoin de retomber en enfance, ils y sont toujours, mais avec leurs savoirs d’adultes et leur souci de traiter leur sujet sérieusement, c’est-à-dire avec tous les moyens du théâtre, à vue, le rire, et le silence. Il y a beaucoup d’amour là-dedans.
On se dit que la seconde partie est peut-être de trop – c’est toujours risqué de montrer la réalisation des rêves -, et puis ils nous rattrapent avec une invention scénique d’une justesse « craquante ». On ne va pas dire : « il faudrait tous les citer », on va les citer : Clément Aubert , Paul Jeanson (Cottard, c’est déjà fait), Arnaud Pfeiffer, Eléonore Joncquez, Esther Van Den Driessche et Frédéric Van Dan Driessche.
Ce n’est pas un spectacle “avec“ eux, c’est un spectacle d’eux, “avec“ leur metteur en scène, du théâtre qui fait plaisir, qui donne envie de vivre, modeste, intelligent, encore une fois. La “relève“, sans prétention et avec toutes les ambitions, pourvu qu’aucun petit cochon ne vienne les manger en route.

 

Christine Friedel

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J’ai couru comme dans un rêve, création collective, mise en scène d’Igor Mendjisky.

Rien ou si peu de cette petite salle; juste quelques rangées de chaises pliantes pour le public et sur la scène, ou plutôt le pas de scène, une grande table , quelques chaises peintes en gris, et une blouse blanche de médecin suspendue à une patère. Il sont six quatre garçons et deux jeunes femmes qui se présentent tous par leur seul prénom aux spectateurs. L’histoire est simple: Un médecin annonce sans hésitation- méthode américaine- à un homme jeune encore qu’il est atteint d’une tumeur au cervau d’origine inconnue; ni opérable, ni curable, prend-t-il soin de préciser. C’est net et sans bavures, et le public retient son souffle; l’homme a une amie danseuse en tournée à l’étranger et il essaye de lui annoncer la chose mais c’est elle qui va parler la première pour lui annoncer qu’elle est enceinte… De son côté lui va réunir ses proches c’est à dire ses frères dont l’un occupe un poste important dans une chaîne de télé, et un oncle dont on apprend que c’est lui en fait qu’il les a élevés. C’est , semble-t-il , un comédien ou du moins quelqu’un qui aurait bien aimé l’être et qui répète des bouts de rôles à tout moment. Le frère producteur de télé parle d’une fiction qui justement traite d’un thème semblable: un homme en proie à une terrible maladie et tout proche de la mort.
Fiction? Réalité? Comme si le personnage principal passait d’un mode à l’autre dans la confusion la plus totale entre réalité quotidienne et onirisme, entre vie quotidienne et vie scénique. Bref, c’est la vieille recette du théâtre dans le théâtre qui n’en finit pas de fasciner les jeunes générations de comédiens, dont leurs professeurs auraient dû les prévenir que la recette est usée jusqu’à la corde. La deuxième partie du spectacle montre l’homme malade allongé dans un lit en fait debout contre un mur, avec ses proches autour de lui . Et cela se termine par les mots fameux et tout à fait extraordinaires de la fin de Macbeth: « Eteins, éteins toi , court flambeau: la vie n’est qu’une ombre qui marche; elle rassemble à un comédien qui se pavane et s’agite pendant une heure et alors on ne l’entend plus; c’est un conte raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ».
C’est, disons le tout de suite, remarquablement joué, et dirigé avec une sobriété exemplaire, malgré pas mal de criailleries qui, vu la petitesse du plateau auraient pu nous être épargnées. Et il y a de très bons moments quand enfin les comédiens arrivent à s’échapper de leurs rôles de pseudo  » créateurs, fabricants ».  » Nous entendons dire par là qu’ils se poseront comme des piliers (sic!!!!!) . Chacun d’entre eux écrit, tous chantent, certains jouent de la musique, d’autres dansent. Nous travaillerons la construction de ce spectacle en partant de ces séances de discussions autour de nos préoccupations d’aujourd’hui, de nos histoires personnelles puis nous tenterons de transformer cette matière en matière théâtrale autour d’improvisations faites au plateau. (…)Faisons du théâtre vivant pour rappeler au spectateur qu’il est lui-même vivant précise Igor Menjisky qui se définit comme auteur et metteur en scène. Ce qui est quand même à la fois d’une rare banalité et assez prétentieux..
Le spectacle au tout début du moins, fonctionne plutôt bien avec un air de fraîcheur qui n’est pas à négliger mais, très vite, le semblant de texte, sorti tout droit d’impros, traîne en longueur. Que la compagnie des Sans cou veuille  » intégrer le public et le sortir de son statut de spectateur passif  » participe d’une belle naïveté et ressemble furieusement aux déclarations sentencieuses du Living Theater des année 70!
Tout se passe en fait comme si l’on avait demandé aux comédiens de remplir le temps imparti soit trois heures avec entracte. Ce qui est beaucoup trop long et qui souffre d’un manque de véritable dramaturgie. La chose passerait en une heure vingt, mais devient ici assez pesant. » L’éternité,  c’est long surtout vers la fin , comme disait Alphonse Allais ». On a comme l’impression (déjà vue) d’avoir devant devant soi quelques jeunes et brillants comédiens qui s’adressent à leurs jeunes amis et copains du Conservatoire tout à fait complaisants et acquis d’avance à leur cause. Mais, quand on n’est pas de la paroisse,  l’on reste quand même sur sa faim.
Alors à voir? Pas sûr. Au moins, on vous aura prévenu. Cette sorte de brouillon intelligent , un peu ennuyeux , un peu estoufadou, restera un brouillon. Cela dit ,  la Compagnie des Sans-cou prouve qu’elle possède les moyens de se consacrer  plus tard à construire un vrai spectacle.

Philippe du Vignal

Spectacle créé au Théâtre de l’Atalante jusqu’au 25 avril – 01 46 06 11 90 et repris du 24 au 29 mai au Studio Théâtre 3 rue Edmond Fantin à Asnières du 24 au 29 mai – 01 47 90 95 33.

 

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