La chute de la maison Usher

La chute de la maison Usher, d’Edgar Allan Poe, traduction de Charles Baudelaire. Adaptation et mise en scène Sylvain Maurice.

chute.jpgAllan – comme le nom que s’est choisi le poète – est venu à l’appel de son ami Roderick dans son sinistre manoir, reflété dans un étang noir. Un vivant chez les morts, ou presque, et qui seul pourra rendre compte de l’angoissant passage. Roderick n’est plus que l’ombre de lui-même, sa sœur Madeline s’éteint, s’efface, et le narrateur les accompagne, partageant avec Roderick lectures ésotériques, dessins étranges, musiques inouïes, dans un monde qui, comme les enfers des anciens Grecs, a déjà perdu toute trace de la lumière du soleil. Jusqu’au moment où la sœur vient chercher son frère pour le faire entrer avec dans la mort définitive. Alors la petite fissure entraperçue dans le mur du manoir s’ouvre, et le narrateur n’a plus qu’à contempler, de loin, la chute
Dans le spectacle donné à la Maison de la Poésie, on ressent très fort, par la voix de Jean-Baptiste Verquin, « l’insupportable tristesse » que dégage cette « maison Uscher », nom de manoir et nom de famille liés jusqu’à la mort de ce corps physique d’une lignée condamnée, effondrement final en apothéose inversée. Naturellement, cette maison, on ne la verra pas. Mieux que cela, sa présence nous est donnée avec une étonnante force de suggestion par la scénographie et les lumières d’Eric Soyer : il nous ouvre des escaliers infinis, des pyramides de feu froid, des obscurités palpables. Les images obligées du roman « gothique », de l’épouvante, sont bien là, comme la longue table où l’hôte est en proie un mystérieux et redoutable serviteur, le cercueil animé d’un inquiétant mouvement rotatif. Mais nues, modernes, et surtout en accord total et constant avec le récit et avec la musique. Celle-ci contribue à la « profondeur de champ » du récit : elle glisse de la voix de Jeanne Added au piano de Nathalie Darche, du très vivant saxophone d’Alban Darche aux sons enregistrés…
Il serait dommage de démonter, pour en admirer le fonctionnement, l’extraordinaire jouet de précision qu’est ce spectacle. Qu’il suffise de dire que chaque note, chaque son, arrive à la seconde exacte où ils rencontrent le récit, que la vidéo et la présence de marionnettes recomposent l’espace avec un formidable justesse, ouvrant de vastes espaces – et temps – imaginaires.
La Maison Usher tombe devant nous, avec toute la beauté de la langue de Baudelaire et d’Edgar Poe, en toute harmonie, insinuant une inquiétude d’autant plus troublante.

Christine Friedel

 Maison de la Poésie, jusqu’au 22 mai – 01 44 54 53 00

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