Faut qu’je danse ! et Daphnis é Chloé

galottadaphne0411.jpgFaut qu’je danse ! et Daphnis é Chloé, conception et chorégraphie de Jean-Claude Gallotta .

 

C’est le printemps dans le ciel et sur le plateau nu du théâtre des Abbesses, qui accueille Jean-Claude Gallotta qui revient avec une création en forme de prologue qu’il danse seul Faut qu’je danse , et la reprise de Daphnis é Chloé avec trois jeunes danseurs, qui reprennent son rôle, celui de Mathilde Altaraz-épouse et assistante du chorégraphe- et celui de Pascal Gravat.
Jean-Claude Gallotta à 61 ans, avec sa tête de poussin sorti du nid, garde un enthousiasme, une jeunesse de corps et d’esprit intacte. Ce solo, représente pour lui une sorte de je me souviens dansé mais aussi lu qui raconte la création de Daphnis é Chloé en 1982, un trio qui a marqué l’histoire de sa compagnie.
A l’époque, Henri Torgue jouait au piano sur scène sa musique créée pour l’occasion, mais occupé par ses propres concerts, il l’a enregistrée pour le spectacle. C’est donc un vrai travail de transmission auquel le public assiste aujourd’hui. Et la danse contemporaine est confrontée de plus en plus à cette problématique de transmission.
Faut-il recréer des partitions chorégraphiques déjà mythiques comme dans le ballet classique ou pas ? Faut-il permettre à un nouveau public de découvrir des œuvres importantes du répertoire contemporain ou pas ? Jean Claude Gallotta a fait le choix d’une nouvelle découverte. Avec de remarquables interprètes, Francesca Ziviani, Nicolas Diguet et Sébastien Ledig. Chacun d’eux rayonne par sa présence, son énergie et sa fluidité.
Allez voir comment dans cette reprise Jean-Claude Gallotta se transforme en une sorte de Charles Trenet de la danse contemporaine qui insuffle à ses danseurs une joie de vivre très communicative….

Jean Couturier

 

Théâtre des Abbesses jusqu’au 30 avril.


Archive pour avril, 2011

Atelier transversal « comédie musicale » du Conservatoire national d’art dramatique

Atelier transversal « comédie musicale » du Conservatoire national d’art dramatique

Comment les Anglo-saxons forment-ils leurs comédiens pour jouer des comédies musicales ? C’est une question auquel le conservatoire national d’art dramatique n’a pas su répondre, si l’on se réfère à ce qui a été  présenté par une partie de ses élèves dans le cadre d’un atelier dit de “ comédie musicale ”. Avec une adaptation de Chicago, film de Rob Marshall .
« Il s’agit de réinventer et d’écrire toute une chorégraphie », nous dit Caroline Marcadé, professeur de danse.  Le propos ne manque pas d’ambition, mais le résultat est, disons plus… limité. Malgré la bienveillance évidente du public ( parents et amis),  les seize élèves n’ont pas réussi à trouver le ton juste. En permanence décalés sur le plan vocal comme sur le plan rythmique, ils étaient bien loin de la flamboyance et du rythme des comédies musicales jouées à Londres ou Broadway. A voir ce petit divertissement entre amis, le secret de fabrication de ces spectacles d’Outre-Manche, qui obligent le comédien à une performance de jeu total, est encore bien gardé…

Jean Couturier

L’atelier dirigé par Daniel Mesguich d’après un texte d’Hélène Cixous, La fiancée aux yeux bandés sera  présenté le 27 et 28 avril à l’espace Pierre Cardin.

Légendes de la forêt viennoise

Légendes de la forêt viennoise d’ Ödön von Horvath, mise en scène Alexandre Zloto.

fortviennoise11.jpgUne œuvre qui vous jette à la face toute la bêtise du monde.La scène est à Vienne. Marianne, la fille du vieux Roimage, gérant d’une petite boutique de jouets, est promise depuis l’enfance à son voisin, le jeune boucher Oscar. Mais Marianne rencontre Alfred, jeune homme fringuant venu voir l’autre voisine, une buraliste avec qui il entretient une liaison, pour lui emprunter une énième fois de l’argent qu’il va perdre aux courses. La jeune fille tombe sous le charme,et lui ne se montre pas indifférent, si bien qu’ elle en vient à rompre avec son père et son fiancé pour partir avec celui qu’elle considère comme l’amour de sa vie.
Commence alors une existence de misère et de désillusions.. Que l’on ne s’y fie pas : il s’agit là seulement de la racine profonde de l’intrigue. La pièce bourgeonne en tous sens, savoureusement, et déploie sous nos yeux l’image de cet infini qu’est la bêtise humaine.Et le spectacle virevolte en tous sens. Sur la musique des valses viennoises, les tableaux se déploient dans un jeu savamment orchestré. On déplie sous nos yeux toute une « rue tranquille » ornée de vitrines chatoyantes, avant de dresser l’intérieur miséreux du ménage et à l’opposé le salon bourgeois d’une baronne aux activités douteuses, pour finir par nous plonger en plein cabaret : certains spectateurs se retrouvent même pris dans la ronde ou attablés devant les langoureux numéros des danseuses…
Zoom sur le premier plan, on s’étale ensuite sur toute la scène, on s’immobilise pour la photo, on se disperse dans un mouvement de danse, puis c’est un simple projecteur braqué sur Marianne se confessant : l’espace est entièrement apprivoisé. Tout s’organise comme par magie dans un enchaînement complexe, presque chorégraphié, mais si plein de vie ! Et des arbres surgissent soudain, c’est la forêt, au sein de laquelle les jeux galants nouent les drames et chuchotent les légendes… La scénographie de Jean-Marc Alby est un enchantement.
Mais la présence des acteurs s’impose, captivante. Julie Autissier mène admirablement le personnage de Marianne. L’œil brillant, elle est bouleversante, dans sa révolte contre la bêtise mais, « gros bêta » elle-même, finit prise au piège de ce qu’elle fuyait : au final, Yann Policar (Oscar) l’emmène avec la violence tranquille, mais saisissante, de l’inéluctable. Ariane Bégoin ( la grand-mère), symbolise à elle seule l’ambiguïté d’une pièce qui fait rire tout en nous glaçant le sang. Sabine Zovighian est un de ces personnages sans paroles qui imprègnent l’intrigue : elle hante la scène en portant l’innocence sur son visage d’enfant et finit pervertie en fille de cabaret. Florent Oullié se fait lumineusement rustre pour incarner Havlitchek, une brute sympathique. Le prestige de façade et la jeune prétention sont le lot de Franck Chevallay (Alfred) et François Pérache (Eric). Saluons encore Maria Furnari (la mère), Dan Kostenbaum (le major et Ferdinand Hierlinger, dont il fait luire le regard sournois) et Pierre-Emmanuel Vos (Roimage) qui ont su donner de l’énergie à la vieillesse de leurs personnages.
Le spectacle est peut être un peu long (3h avec entracte) mais il fait preuve de dynamisme et de surprises. On ne s’en lasse pas, pris dans ce tourbillon viennois qui nous laisse au final au moins aussi étourdis que les acteurs eux-mêmes.

Élise Blanc

Au Théâtre du Soleil jusqu’au 17 avril.

 

 

 

 

 

 

Derniers remords avant l’oubli

Derniers remords avant l’oubli, de Jean-Luc Lagarce, mise en scène Serge Lipszyc

Quand une pièce revient à sa source …Serge Lipszyc, avec sa Compagnie du Matamore – plus de 25 ans d’existence d’une véritable troupe, d’un collectif artistique très fidèle -, est installé pour plus d’un mois au Théâtre du Ranelagh où il présente les talents multiformes de son équipe. Il faut d’abord signaler, et saluer, cette performance qui fait passer les comédiens dans des univers très différents, au jour le jour, avec une grande complicité d’ensemble. Trois pièces sont présentées en alternance (Philippe du Vignal a rendu compte du Misanthrope).
L’alternance, privilège des troupes !  Privilège qui ne s’exerce que trop rarement – hélas – en dehors de la Comédie-Française. C’est pourtant un vrai plaisir pour le public de retrouver les comédiens passant d’un style à l’autre, d’un personnage à l’autre, éveillant des échos insoupçonnés et s’enrichissant librement d’un auteur à l’autre. Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce raconte les retrouvailles impossibles, bringuebalantes, drolatiques, de trois compagnons, qui ont vécu ensemble une vingtaine d’années auparavant, et se revoient, accompagnés de leurs nouveaux époux, épouse, enfant, afin de décider du sort d’une maison achetée en commun en ces temps lointains. Cette vie commune, , elle, est loin derrière eux. Mais les circonstances font resurgir à vif les relations, les passions,  les rapports de force.
La structure de la pièce s’inspire d’Oncle Vania de Tchekhov, mais ne nous conduit pas au même endroit. Là où Tchekhov, à travers Vania, explosait et finissait par régler des comptes, Lagarce laisse la situation aller vers une sorte de contrat à l’amiable, en faisant appel au public pour dépatouiller cette affaire, qui reste aussi bloquée à la fin qu’au début. Les torts sont partagés. Finalement, il n’y aura de solution que l’oubli. Autre époque, un siècle plus tard.
La pièce fonctionne comme une enquête dans laquelle des indices se livrent un à un, dès l’ouverture, avec un suspens constant. Quelles sont les relations entre ces gens ? Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui se joue autour de la vente de cette maison ? Serge Lipszyc a eu la bonne idée de la mettre en scène dans le foyer du théâtre. Foyer qui est en lui-même un décor avec ses escaliers, sa cheminée, ses sculptures. Le théâtre du Ranelagh est un théâtre « historique ». Le foyer est d’ailleurs mieux qu’un décor, il est un cadre, le cœur d’une maison « théâtre », tout à fait crédible comme cœur de cette maison « Lagarce »  dans laquelle seul, Pierre, l’un des trois compagnons, est resté.
Ce personnage, joué avec délicatesse par Serge Lipszyc, a fait le choix d’une vie simple – resté fidèle à sa jeunesse ? – c’est le Vania moderne, son silence, ses réticences, en disent long. Face à lui, il y a Paul, interprété par Bruno Cadillon, celui qui a réussi. Il est venu malgré lui, on a l’impression de le connaître, il est fascinant. Le troisième est « une » troisième. Elle les a aimés tous les deux. Interprétée par Valérie Durin, elle est chargée d’une force impétueuse, sensible, entraînante et dangereuse.

Les nouveaux compagnons des uns et des autres tiennent haut leurs partitions, excellents eux aussi. Le « commercial » qui donne un cours de psychologie – ce pourrait être d’un cynisme ravageur, mais non, c’est un beau personnage naïf et touchant – Antoine, interprété par Henri Payet.
Et puis il y a Anne, Juliane Corre, qui voudrait faire entendre la voix de la pacification. Il y a aussi la nouvelle génération, représentée par Lise, Ophélie Marsaud, perplexe devant les égarements de ses aînés, rètive à leurs appels du pied, en position d’observatrice.
Jean-Luc Lagarce, en grand auteur dramatique, arrive à donner beaucoup d’éléments de jeu et de caractère avec un minimum d’explications. Le texte est concis, bref, il parle par non-dits. Le jouer exige des comédiens ayant de la personnalité et beaucoup de finesse psychologique. C’est le cas.
Ils sont très justes dans cet exercice difficile « sans protection », au milieu du public. Nous sommes installés à des petites tables, en lumière. Les comédiens circulent librement. On a ainsi  l’impression de vivre en direct la situation qui a dû donner l’idée à Jean-Luc Lagarce d’écrire sa pièce, comme un retour à la source.
Nous sommes mis dans la situation de l’auteur. On pense à tous ces moments de la vie où, en observation, nous constatons avec amusement : « c’est une vraie scène de théâtre ». Il n’y a pas de jugement, juste une intense curiosité à voir s’entrechoquer six belles personnalités. Une pièce merveilleusement écrite, qui restera, c’est sûr, donnée ici avec justesse et clarté.


Evelyne Loew

Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, 01 42 88 64 44
Jusqu’au 21 mai

http://www.dailymotion.com/video/xi0y5x

Walking next to our shoes

Walking next to our shoes…, Robyn Orlin

walkingnext026.jpgCombien avez-vous payé vos chaussures ? Et quelle est votre pointure ? La question vous semble incongrue, voire déplacée ? Pourtant c’est par ces mots que débute la dernière création de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin.
À peine avez-vous fait un pas dans la salle de spectacle que d’étranges individus masqués se jettent sur vos pieds pour les filmer, voire subtiliser vos chaussures avant de les mettre aux enchères face public.
Surtout ne vous offusquez pas, détendez-vous car il ne s’agit que d’un jeu. Une plaisanterie, facétieuse et légère, des danseurs sud-africains qui n’hésitent pas à se moquer de notre attachement excessif d’Occidentaux à la matérialité des objets et de notre possessivité. D’ailleurs, si le spectacle s’intitule Walking next to our shoes…, ce n’est pas seulement parce qu’il est dédié à la chaussure, et qu’il révèle son importance en Afrique du Sud, où on la rafistole jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’à l’état d’une vulgaire semelle inutilisable, et où existent encore plein de petits métiers qui lui sont rattachés et auxquels cette représentation rend hommage.
C’est aussi, comme la traduction littérale du titre le suggère, un moyen d’afficher le décalage, les différences entre les deux continents, et de nous mettre en question. Ne sommes-nous pas dans l’erreur, nous qui sommes toujours si sérieux et pour qui tout est grave ? Car ce qu’offrent ce soir les danseurs de Johannesburg, c’est toute la fraîcheur, la gaieté, l’humour, l’entrain de ceux qui vivent dans un autre système de valeurs, moins, beaucoup moins matérialistes, peut-être moins superficiels. De là à dire plus heureux, la question reste ouverte.
En tout cas, la représentation déborde largement le cadre de la seule chaussure et s’ouvre sur d’autres sujets qui renvoient aux préoccupations quotidiennes de l’Afrique du Sud postapartheid, comme l’amour, le mariage, le sida, la jalousie, l’espoir…
Soit un spectacle chanté et dansé sur des rythmes zoulous, impressionnant, expressif et universaliste, et non pas seulement récréatif, porté par une équipe de joyeux drilles, à l’énergie phénoménale, au physique extraordinaire et atypique, à la danse plus que singulière, aux costumes chatoyants, et surtout qui ne se prennent pas au sérieux. On peut toutefois regretter l’absence de fil conducteur entre les différentes scènes pas forcément toujours bien liées entre elles, et qui tend à rendre l’ensemble un peu décousu.
Bref, une bouffée délirante et fantaisiste qui donne envie de se lever de son siège et de danser en leur compagnie, comme ils nous y invitent effectivement. Le mot d’ordre ? Souriez et lâchez prise !

Barbara Petit
A L’apostrophe-Théâtre des Louvrais le vendredi 8 avril à 20h30.

Adieu Poupée

diapospectacle.jpgAdieu Poupée par la Cie Bal, interprétée par Jeanne Mordoj sur un texte de François Cervantès et une mise en scène de Julie Denisse

Jeanne Mordoj est une interprète bien connue des spectateurs de cirque de création, voire de ceux qui fréquentaient les festivals de rue il y a une bonne dizaine d’années.
Avec sa compagnie Bal, nous savons depuis le milieu des années 2000 que c’est aussi une formidable auteure, comme en témoigne L’ Éloge du Poil  en  2007 ( voir le Théâtre du Blog) son avant-dernier spectacle.
Elle revient à La Villette avec créé,  il y a une petite année,  cet Adieu Poupée, avec toutes les promesses que les spectacle précédents.
Seule sur un plateau en forme de « L » autour duquel les gradins sont disposés, une scénographie aussi belle qu’étrange, voire inquiétante, présente un amas de poupées de chiffon, les murs sont jonchés de ces poupées de taille et de couleurs différentes et de plus grosses, tels des mannequins, sont suspendues, flottantes dans  l’air.
Une femme seule, une femme-enfant ou un petit-bout-de-femme ? Qui sait ? Elle est en rupture. Elle semble vouloir se départir des oripeaux de l’enfance, sortir d’un univers enfantin (imaginaire ou bien réel, nous ne le saurons pas) pour rejoindre le monde des adultes que nous, membres du public, nous incarnons devant elle. C’est donc un spectacle sur la métamorphose d’une enfant en femme, sur la solitude aussi, qui nous est proposé, dans lequel jeux corporels (avec quelques clins d’œil à ses diverses spécialités circassiennes, guère davantage) et profération d’un texte théâtral se succèdent, avec un bel attachement à faire vivre une scénographie comme véritable objet plastique.
On retiendra la capacité de Jeanne Mordoj à habiter un personnage improbable, à la frontière entre l’étrange et le monstrueux. On saluera le travail plastique. Mais on oubliera sans doute un propos amené trop vite pour être crédible : on n’a pas le temps de comprendre son attachement au « monde d’avant » que la rupture est déjà achevée. Quant au texte, et c’est rare chez François Cervantès, il révèle une langue et un propos peu dignes d’intérêt: Jeanne Murdoj, sauf  dans le monologue final, ne le porte pas à la hauteur de son jeu non-verbal.
Cette pièce assez courte mérite toutefois le détour pour la précision et l’étrangeté de son univers brossé et afin de découvrir ou de redécouvrir cette artiste déroutante, et indéniablement talentueuse.

Jérôme Robert

 

Du mer. 13 au sam. 16 avril à 19h - WIP Villette

Dans le cadre du Festival Hautes Tensions mené par le Parc de La VillettePour en savoir plus sur les modalités pratiques :http://www.villette.com/agenda/hautes-tensions-2011.htm

Pas d’inquiétude

  Pas d’inquiétude de Virginie Hocq, avec la collaboration Marie-Paule Kumps, Jérôme de Warzée et Marc-Donnet-Monay, mise en scène de Marie-Paule Krumps.

 

 virginie.jpg Après un troisième spectacle C’est tout moi en compagnie de Victor Scheffer, on a vu Virginie Hocq dans Les deux Canards de Tristan Bernard; elle revient au Petit-Montparnasse avec un solo: Pas d’inquiétude.  Elle commence à chauffer la salle avec une parodie de music-hall avec chanson disco, en petit short  pailleté et collants noirs, avant de mettre vite fait un pantalon avec corsage tout aussi noir.s Mais c’est déjà le délire dans la petite salle  visiblement remplie de son fan club français et belge.
 Et elle va enchaîner pendant un peu plus d’une heure, des petits sketches  aux thèmes les plus divers: une lettre délirante au père Noël d’une jeune adolescente, une femme obsédée par la chirurgie esthétique, une jeune enseignante qui ne sait plus comme gérer ses étudiants, ou -et c’est  sans  doute  celui qui est le mieux écrit-un dialogue entre une clown et un enfant hospitalisé. Elle est intelligente et drôle, connaît toutes les ficelles du métier pour se mettre le public dans la poche, sait imiter les animaux, notamment des bonobos, et danse avec un bonheur contagieux. Ce qui en fait une vraie bête de scène. 
Virginie est une excellente comédienne et passe de l’un à l’autre de ses personnages avec un  savoir-faire, un rythme et une énergie remarquables, et, ce qui ne nuit pas, avec une belle générosité. La mise en scène, elle,  n’est pas aussi réussie  et ne fait pas toujours dans la dentelle (fumigènes, musiques , scénographie et effets lumineux bien vulgaires). Avec  un rire gras, le public applaudit après chaque sketch  trop  souvent  racoleur et semble beaucoup apprécier quand le texte est à double sens, sexuel, bien entendu,  et Virginie Hocq n’hésite pas à en rajouter une petite, voire une grosse  louche. Et là, c’est souvent limite : cela passe quand même, grâce à une gestuelle et à une diction tout à fait impeccables: on voit qu’elle a eu de bons  enseignants au conservatoire de Bruxelles et qu’elle a beaucoup travaillé …

  Mais cela suffit-il? Pas si sûr. Virginie Hocq est sympathique et a un talent comique indéniable , mais, attention danger:  elle aurait tout intérêt à mettre son énergie et sa belle  intelligence de comédienne au service de textes qui volent quand même un peu plus haut.
  La virtuosité facile paye sans doute mais… à très  court terme, et Virginie Hocq devrait faire preuve de plus d’exigence dans ses choix.

 

Philippe du Vignal

Le Petit Montparnasse  31 rue de la Gaieté 75014 Paris 01-43-22-74

Lise Brunel nous a quittés…

Lise Brunel nous a quittés…

image51.jpgElle allait avoir 80 ans et nous l’avions bien connue dans les années 70 aux Chroniques de l’Art Vivant que dirigeait Jean Clair, historien et critique d’art; Lise Brunel, critique avertie, fit partager en pionnière, avec humilité et générosité, sa passion de la danse contemporaine, notamment américaine  avec Trisha Brown,inconnue à l’époque à qui elle consacra à un livre.
C’était une époque de découvertes, où, dans ce même magazine, nous le faisions pour le théâtre actuel, Dominique Noguez pour le cinéma, et, récemment disparus, Daniel Caux  pour la musique et Alain Clerval pour la littérature. Alors que la France découvrait encore seulement Maurice Béjart…
Lise Brunel avait d’abord été danseuse avec Londolf Child,chorégraphe de la danse expressionniste allemande, puis elle collabora comme critique aux Lettres françaises et travailla aussi au Musée d’art moderne avec Pierre Gaudibert mais aussi avec  les grands maîtres Françoise et Dominique Dupuy qui, les premiers en France, accueillirent Merce  Cunnignham. Elle fut aussi la conseillère de Jean-Marc Adolphe à l’Espace Kiron. C’était l’épouse de Jacques Dugied, scénographe de cinéma, en particulier de Lautner .
C’est dire qu’elle avait traversé toute la danse contemporaine qui lui devra beaucoup.  Adieu, Lise et merci.

Philippe du Vignal

Petit mal

Petit mal par Race Horse/Compagny Circo Aereo

Dans le petite monde du cirque contemporain (tout de même 950 spectacles, environ, sont à l’affiche dans l’hexagone en ce  moment) les artistes scandinaves ont fait une percée notoire, apportant un génie, une touche qu’on leur connaissait jusqu’alors en littérature et au cinéma : une certaine esthétique du loufoque voire de l’absurde. Les trois jeunes acrobates de Race Horse se sont attachés la collaboration de Maksim Komaro, co-fondateur avec Jani Nuutinen de la compagnie « Circo Aereo » en 1996 et dont on avait pu voir les talents aux côtés de Jérôme Thomas comme  des Objets volants dans l’excellente pièce Espresso, pour ne citer qu’un exemple.Dans un terrain vague formant un huit-clos réussi, ils nous dépeignent tout à la fois les solidarités, les violences et les tentatives – avortées – d’émancipation  de  leur modeste condition. Bref, ils « zonent » parce qu’ils n’arrivent pas à en sortir….
Mais le propos est à peine lisible à travers le traitement formel proposé et en dehors de qualités physiques exceptionnelles, point de dramaturgie véritable. Il ne se passe rien, ou plutôt, ou suivant une écriture rythmique qui ferait pâlir d’envie les meilleurs cirques traditionnels. Les numéros individuels et les tableaux collectifs s’enchaînent suivant un conformisme assez déroutant (le numéro au mât chinois est d’un classicisme stupéfiant), reléguant en prétexte «façon fil rouge , un propos qui tenait déjà sur un simple petit aide- mémoire.
Alors oui, les corps paraissent engagés dans l’action, mais la violence est à peine suggérée et les corps ne sont jamais habités par l’interprétation dramatique que nous étions en droit d’escompter au regard du propos suggéré.Oui encore, le foisonnant et le loufoque viennent de temps en temps briser la monotonie des tableaux qui nous sont proposés.
Oui enfin, certains numéros -comment les appeler autrement ?- sont plus forts que d’autres (au trampoline comme la scène des ballons qu’on ne dévoilera pas ici. On ne leur retirera pas une chose qui peut suffire à certains spectateurs : il est agréable de les voir s’envoyer en l’air comme ils le font et on ne boude  pas devant le plaisir qu’ils éprouvent. Mais cela semble un peu court au regard du dispositif proposé.
Présenté par nombre de professionnels, qui avaient pu voir ce spectacle à l’étranger , comme une sorte du cirque Archaos des années 2000, ce spectacle est d’un ennui profond traversé par quelques fulgurances… 

 Jérôme Robert

Du jeu. 7 au sam. 9 avril à 21h et le dim. 10 avril à 17h – Grande halle / Salle Charlie Parker

Dans le cadre du festival Hautes Tensions au Parc de La Villette

Pour en savoir plus : http://www.villette.com/agenda/hautes-tensions-2011.htm

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Nour

Nour par Le GdRA

       7503gdra.jpgLe GdRA, fondé en 2007 par Christophe Rulhes, Julien Cassier et Sébastien Barrier , nous a ébloui lors de sa première création intitulée Singularités ordinaires qui a même été invitée au  Festival in d’Avignon, excusez du peu pour une première… L’attente était donc grande pour cette nouvelle création.La compagnie est pluridisciplinaire et met en œuvre  une esthétique du foisonnant, qui rappelle le rêve – et qui  l’atteint par bien des aspects – celle d’un théâtre total.
Si leur attachement à la forme est une chose, la notion de propos demeure la pierre angulaire d’un  travail qui débute une fois encore par une démarche de type ethnographique, suivant l’école d’une sociologie du sujet, du singulier, et qui réfute une sociologie globalisante et déterministe. Elle enterre la démarche bourdieusienne, en quelque sorte.
Ils s’appuient donc sur la théorie des réseaux rhizomiques et sur leur décryptage pour explorer la figure d’une personne unique. La démarche est donc oxymorique en apparence : une lecture du complexe pour étudier le singulier. Voilà le programme intellectuel, plutôt stimulant, du reste.Le dispositif scénique marque « la patte » de la compagnie : l’omniprésence d’un blanc tranché par un sol rouge, une scénographie qui s’élève telle une petite pièce d’architecture et qui masque un trampoline en fond de scène, des coulisses à vue permettant aux artistes de s’asseoir et de changer de costumes,  et qui contribue  utilement à marquer l’ambiguïté entre réel et fiction.
La personne singulière s’appelle Nour. Une jeune femme issue d’une famille de  neuf enfants dont les parents sont d’origine algéro-marocaine, qui ont immigré dans la région de Boulazac. Elle a vécu chez ses parents mais a passé beaucoup de temps chez sa tante à l’instigation de sa mère qui cherchait à la protéger d’un contexte familial peu évident. Elle a tissé un réseau de relations représentées par des figures emblématiques qui nous sont présentées sous forme de documentaires relayés par les jeux des comédiens. Chacun nous livre une facette du kaléidoscope qu’est Nour, éclairant ainsi sa trajectoire émancipatrice (incarnée par sa passion pour la danse hip-hop).
Cette pièce est parfaitement léchée, les artistes se livrent à de multiples niveaux de jeu   avec la voix comme avec les corps, appuyés par un musicien polyinstrumentiste et véritable performeur vocal.Tout est parfait ? Hélas, non. Et à peu près à tous les étages.  D’abord, s’il ne fait aucun doute que les documentaires aient pu nourrir le propos de la compagnie, et qu’ils sont agencés suivant un ordre qui sert la compréhension de la vie de Nour, le choix qui consiste à « doubler » les dires des personnes interrogées par les artistes sur le plateau apparaît artificiel dans la mesure où cela n’apporte rien, ni au fond, ni au traitement formel. On voit bien l’intention de faire le pont entre le réel supposé et la fiction, mais  cela paraît quelque peu  plaqué …Et toute la phase introductive du spectacle consiste en un propos très revendicatif sur l’intérêt – et l’importance – d’une approche du singulier, du retour à la personne pensée dans un système plutôt que d’une étude improbable et peu féconde d’un système globalisant.
Cet exposé avec lequel on peut être assez rapidement d’accord présente une conséquence directe quant à la  réception du spectacle : celle d’une attente d’une mise en application assez scrupuleuse de ladite conception à partir d’une méthode scientifique, donc. Et ce, quand bien même la forme de la restitution ne serait pas celle d’une thèse de doctorat en sciences sociales et humaines, cela va de soi. Mais au-delà de « l’exposé des motifs » et des effets de la méthode promise comme féconde, que nous est-il dit ? Quelle est la force du décryptage promis ? Que la vie est plus complexe qu’il n’y paraît ? Qu’il est possible de vaincre les lois présumées universelles du déterminisme social ? Que bien des problématiques – qui sont évoquées mais qui ne sont jamais articulées les unes aux autres, chose qu’on attend précisément d’un tel travail – traversent cette histoire, s’agençant entre elles pour créer  des pistes de compréhension de cette trajectoire de vie ? Mais à quoi bon lever ces lièvres assez connus, si ce travail reste à effectuer par le spectateur ?
Enfin, un hiatus apparaît entre la forme aseptisée de la scénographie et l’implication des corps et des voix des personnages, plus en lien avec l’esprit revendicatif du propos. Comme si la nécessité de faire apparaître la patte formelle  de la compagnie avait été surestimée. Impression en l’occurrence,  un peu gênante.
Le spectacle est donc en-deçà de ce qu’il prétend être;c e qui lui confère une relative suffisance malgré l’empathie qui caractérise le sujet de la pièce. En somme, il est à la fois plaisant par son ambition et par une bonne partie du traitement formel, mais déplaisant dans ce qu’il charrie comme pensée politiquement correcte ,  quelque peu moraliste (penser  la place de l’individu dans le social et pas autrement) et se perd dans sa propre logorrhée: on peut réduire le spectacle d’une bonne vingtaine de minutes.
Ce travail vaut  la peine d’être vu : et dans les moments de réussite ,  on sent que bien des manières d’envisager le spectacle vivant et sa fonction sociale sont aussi  possibles.


Jérôme Robert

Du mer. 6 au sam. 9 avril à 21h - Espace chapiteaux
Dans le cadre du festival Hautes Tensions au Parc de La Villette

Pour en savoir plus :. http://www.villette.com/agenda/hautes-tensions-2011.htm


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