Qu’après en être revenu

Qu’après en être revenu par L’Association W / Jean-Baptiste André

            8100test.jpgJean-Baptiste André est une figure marquante du cirque contemporain dans sa spécialité (l’acrobatie et les équilibres sur les mains) comme dans le rapport qu’il entretient avec la danse. Les spectacles créés par sa compagnie (il a d’autres collaborations artistiques en dehors, résolument transdisciplinaires) sont des soli caractérisés par un dépouillement, un art de l’épure et une esthétique du gracieux, et il plaçe ses propositions du côté d’un art de la contemplation, assez formel, loin des modes narratifs non verbaux auxquels nous a souvent habitué le nouveau cirque.Pour ce spectacle, la promesse du changement est grande: il  s’agit d’un trio : deux hommes et d’une femme partageant la même spécialité. Et le titre même du spectacle nous convie à un propos qui à défaut de suggérer un espace, nous expose un temps : un après quelque chose.

Malheureusement, si l’on retrouve les qualités corporelles attendues chez Jean-Baptiste André et que l’on découvre celles des deux autres interprètes, ce spectacle suscite la déception. Tout d’abord la dramaturgie. Promise, elle est absente. Aucun point de vue, si ce n’est la suggestion d’efforts extrêmes d’une équipée d’explorateurs face à des entraves peu lisibles…Ont-ils chaud ? Ont-ils froid ? Autre chose peut-être ? Bien malin celui qui répondra sans avoir lu le programme du spectacle. L’interprétation ensuite. Ces explorateurs ne campent pas convenablement leurs personnages (on ne croit pas un seul instant qu’ils en soient) et quand ils quittent leurs postures acrobatiques, ils paraissent déserter leur corps, perdus sur un plateau nu certes, mais pas aussi vaste que celui du Théâtre de la Ville…
La musique, jouée en direct, prend le parti de l’omniprésence, de la lancinance,  et renforce ainsi le rapport au temps long, à l’épreuve endurée par les protagonistes. Bien vu, si cela prenait le relais du travail des interprètes. Mais quand celui-ci est en-deçà d’un niveau d’interprétation souhaitable – en l’occurrence lisible -, cette musique devient un vrai calvaire d’ennui. Deux minutes de silence en dernière partie de cette pièce nous ont procuré un état d’apaisement qui en dit long sur l’impression ressentie le reste du temps.
La problématique était belle et invitait, en l’espèce, à une mise en abyme des plus intéressantes : pourquoi, après être revenu de telles extrémités certains désirent à nouveau revivre ces extrêmes ? Traitée par un artiste de cirque, une plongée dans les ressorts de la pratique aurait été bienvenue, mettant en situation de parallélisme les explorateurs du Grand Nord et les artistes de cirque…
Mais cela reste au niveau de l’intention.Ils sont passés à côté et vous pouvez donc en faire autant, sans manquer d’assister aux autres spectacles de cette compagnie qui mérite d’habitude le détour…

Jérôme Robert

Du mer. 6 au sam. 9 avril à 19h – Grande Halle / salle Boris Vian
Dans le cadre du festival Hautes Tensions au Parc de La Villette
Pour en savoir plus :
http://www.villette.com/agenda/hautes-tensions-2011.htm


Archive pour avril, 2011

TARTARIN RACONTÉ AUX PIEDS NICKELÉS

TARTARIN RACONTÉ AUX PIEDS NICKELÉS  de Marie Vayssière, Compagnie du Singulier, 

  Étonnant spectacle, que cette célèbre œuvre d’Alphonse Daudet, contée par Miloud Khetib ,coiffé d’une chapka, à trois hurluberlus, Croquignol, Ribouldingue et Filochard, perruqués, grimés, en costumes caricaturaux, qui l’écoutent d’abord sagement, et qui s’échappent pour aller s’empiffrer et se saouler dès qu’il sort de scène ! De vieilles cartes géographiques de la France coloniale des salles de classe entourent le plateau, et servent d’accessoires aux trois compères pour figurer les transports de Tartarin en Algérie, à la recherche des lions qu’il compte exterminer. Tour à tour âne, lion, chameau, les comédiens qui portent  des cartes  et qui sont habillés d’oripeaux dansent un ballet infernal autour du plateau dans un joyeux foutoir de serpentins et d’objets disséminés.
Ribouldingue interrompt le conteur pour conter avec une toute petite voix l’histoire de Blanquette, celle du chien, de l’Alsacienne et d’Hannibal à Capoue. Un autre Pied Nickelé prend parfois la parole avec gravité. Le retour triomphal de Tartarin à Tarascon, délivré de sa passion léonine qui a constaté qu’il n’y avait pas plus de lion en Algérie que sur le Pont neuf est un triomphe.
Le Studio Théâtre de Vitry, lieu de fabrication, géré avec une belle générosité par Daniel Jeanneteau et Damiano accueille de loin en loin pour trois représentations des spectacles singuliers qui méritent de trouver une véritable diffusion ignorée par des institutions égoïstes. Ce Tartarin pourrait réjouir toutes les générations.

Edith Rappoport

Studio Théâtre de Vitry 

http://www.studiotheatre.fr/tartarin-raconte-aux-pieds-nickeles.html

Les petits tours de prestidigitation de tonton Fredo…

  C’était dans les tuyaux depuis plusieurs jours, et voilà,  c’est confirmé: tonton Fredo , ministre de la culture de la République française,  (si, si!) a pris sa décision et ne renouvellera pas le mandat d’Olivier Py , directeur du Théâtre de l’Odéon, et  le remplacera par Luc Bondy, ( 63 ans), par ailleurs, excellent metteur en scène. Donc,  au nom de la République, le couperet est tombé  ….
Les raisons? On se demande encore: guère d’atomes crochus entre le ministre et le directeur, dit-on, mais cela ne suffit pas, d’autant que la direction artistique  et la programmation d’Olivier Py ont été depuis sa nomination d’une qualité exemplaire. Petits règlements de compte entre « amis »,  comme dans une république bananière, mais quand il s’agit d’un haut poste comme celui-ci, l’hypothèse ne tient pas non plus  la route. Mais  la très récente création d’Adagio qui retraçait la carrière de François Mitterrand, dit-on, n’aurait pas plu au ministre , ni en haut lieu…
Vous avez dit en haut lieu? Là, la piste serait plus sérieuse mais, vu les événements actuels un peu partout , au Japon comme en Afrique, le dit » haut lieu « a sûrement d’autres chats à fouetter. Encore que? On en a vu d’autres; depuis longtemps, et nous n’avons pas la mémoire courte, le Ministère de la Culture, à la botte du pouvoir,  s’est fait une spécialité de ce genre de coups bien hypocrites et pas du tout  réglos.

 Et tonton Frédo,  qui n’en est pas à une gaffe près, aurait  même précisé avec beaucoup de délicatesse, qu’Olivier Py serait « bien traité »: comme un otage, un prisonnier, un suspect quelconque?  Vive la République….  et tous aux abris! L’affaire est trop grave et le Ministre  doit absolument  et très vite s’expliquer. Il répliquera sans doute qu’il a mis fin à un contrat mais n’a pas procédé à un licenciement. Refrain connu : comme à Radio-France encore récemment…. Offrira-t-on, en compensation,  la direction du Festival d’Avignon à Olivier Py ? Peut-être.
   En tout cas,  ce genre de décisions n’honore pas Frédéric Mitterrand qui avait récemment reconnu qu’il ne connaissait pas bien le milieu  du théâtre; moralement , ce n’est pas bien! Une pétition de soutien – on verra bien qui signera dans le milieu -va être mise en place : levez le doigt ceux qui approuvent une décision aussi bête que malsaine. Olivier Py va  pouvoir compter ses amis.
Le ministre reviendra-t-il sur sa décision? Ce serait étonnant mais sait-on jamais! Pas question de céder à la pression de la rue, avaient dit déjà Devaquet  en 86, Balladur en 94 , Juppé en 95  et Fillon en 95 aussi., et le gouvernement avait capitulé : oui, mais voilà, il faudrait que la profession fasse preuve d’une belle unité, et cela, c’est moins évident!  Bien entendu, nous vous tiendrons au courant.   Et Luc Bondy, dans cette histoire nauséeuse qui n’honore pas le pays des droits de l’homme  et qui sent les fins de règne? Il serait tout à  son honneur, dans ces  circonstances,  de refuser rapidement  cette nomination…

En attendant , à titre personnel, nous apportons notre soutien et celui du Théâtre du Blog, à Olivier Py ainsi qu’à l’équipe du Théâtre de l’Odéon.

Philippe du Vignal

Frédéric Mitterand Olivier Py Odéon

De Jacques Livchine :
On attend mieux que cette réaction alignée et conformiste.
A part les milieux confinés des courtisans du théâtre public, tout le monde s’ en fout.
C’est le Système de toutes les nominations qu’il faut révolutionner! C’est l’ancien régime, 5  théâtres nationaux et directeurs nommés par Sarkozy. Vous croyez que dans ma municipalité PS je puisse faire l’éloge de Sarkozy une seule minute dans une pièce que j’aurais écrite! je serais viré illico. Celui qui paie il veut du retour électoral . Il faut faire une loi de séparation du theatre et de l’etat.
Nous dépendons tous du politique et le théâtre s’en trouve bien malade.
Et puis vous savez, ceux qui connaissent les coulisses savent à quel point Py sous des airs de pureté a su être intrigant. Quand tu te jettes dans les bras de l’état tu es foutu. A la tête d’un theâtre national tu n’es plus qu’un artiste médiocre.

Py , ce que j’ai vu de lui. Je me tais. A l’opéra , oui ,il doit être bon. Il a de la chance d’être viré, ça grandit sa légende. Bondy est une crapule et leurs histoires d’Europe des impostures totales. Faisons occuper tous les théâtres nationaux par des vrais artistes, des vraies compagnies, éliminons les petits carriéristes, Brochen, Mayette, et. Je ne sais plus qui.

Je sais faire la différence entre le théâtre du soleil et l’Odéon .

Jacques Livchine

réponse de Philippe du Vignal:

Réponse à Jacques Livchine

La réaction soi-disant “alignée et conformiste” n’est pas seulement la mienne! Mais celle des autres collaborateurs du Théâtre du Blog que j’ai pu joindre. Non,tout le monde ne s’en fout pas, et que Chéreau, entre autres, se soit manifesté, en disant que c’était le fait du Prince: c’est évident et qu’un ministre de la Culture se voit finalement désavoué en filigrane par l’Elysée, France-Inter ce matin) ce n’est pas tous les jours que cela se voit Et bien entendu, cette affaire dépasse de loin le cas d’Olivier Py: là-dessus , nous sommes d’accord là-dessus.
Le système de nominations est toujours passé par l’Elysée, à plus ou moins haute dose, nous le savons tous, et ce n’est pas à toi que je ferais la démonstration, via le biais de réseaux que nous connaissons tous. Revoir le système? Mais que proposes-tu? Les nominations à la tête d’organismes d’Etat resteront faites par l’Etat, contrôlés par L’Etat… ou par les collectivités locales: on ne voit pas bien comment et par quel système cela pourrait se passer autrement, quel que soit le gouvernement.
J’ai vu personnellement la plupart des spectacles d’Olivier Py et de ceux qu’il a programmés. Ce qui semble n’être pas ton cas, comme tu le reconnais. Même si je n’ai pas trouvé ( en particulier l’Orestie) qu’ils étaient tous d’une qualité exceptionnelle mais quand même, on verra si son successeur aura plus de talent pour renouveler son public .
Qui peut afficher un tel bilan quatre ans après avoir été nommé?
Ne répondez pas tous à la fois. Mayette, à la Comédie Française, sûrement pas! Hervieu à Chaillot pas plus! Brochen, n’en parlons pas, Besset à Montpellier! … Et, que Jacques Livchine se rassure, nous saurons toujours faire la différence entre le Théâtre du Soleil et l’Odéon.
Ce qui tient d’un véritable scandale,et qui est insupportable, c’est cette arrogance, ces explications vaseuses, comme si toute décision d’un ministre de la Culture était le fait du Prince depuis deux ans qu’il a été nommé. « Bilan remarquable, il a été bon mais ce n’est pas une raison »: ce que le Ministre reprocherait à Olivier Py , c’est le manque d’orientation vers l’Europe, ce qui est quand même un peu énorme.Mais il a quand même eu comme du mal à invoquer ce qui ressemble fort à un prétexte. Tout se passe comme si Frédéric Mitterrand semblait un peu dépassé par cette tempête médiatique, en allant jusqu’à dire qu’il trouve que Claude Régy est un immense metteur en scène, même s’il a signé la pétition en faveur d’Oliver Py. En fait tout se passe comme si le Ministre avait été obligé de se plier à une décision qui ne venait pas de lui.
Tout cela ne vole pas très haut Attendons la suite… D’autant plus que François Baroin, porte-parole du gouvernement, a bien précisé que le Ministre proposait, et que le Président décidait.. C’est très aimable pour tonton Frédo! Et les explications ce matin à France-Inter du Ministre ne sont pas plus claires! Le Ministre, qui n’a pas même pas vu le dernier spectacle d’Olivier Py, se défend par rapport à un agenda jugé pas évident: quid de Muriel Mayette toujours pas renouvelée à quelques mois de l’expiration de son mandat,ou du successeur d’Alain Crombecque à la tête du Festival d’Automne: le moins que l’on puisse dire est que tonton Fredo a habilement botté en touche mais n’a pas vraiment répondu aux questions précises  de Laure Adler.
Mais il fera tout pour placer Olivier Py à la tête du Festival d’Avignon, comme, poussé dans se derniers retranchements, il a fini par l’avouer, ce qui était un secret de Polichinelle. Mais de toute façon, d’ici là, comme il ne sera plus ministre de la Culture, il ne prend pas beaucoup de risques… Souvenez-vous Catherine Trauttman avait placé Dominique Pitoiset à la tête de Chaillot; entre temps Catherine Tasca devient ministre: Pitoiset passe à la trappe  et  c’est Goldenberg qui est nommé, et ce ne fut pas spécialement  une réussite!
Tout se passe en fait comme si Frédéric Mitterrand avait plus ou moins été mis devant le fait accompli et faisait semblant de ne pas le savoir, même si l’affaire en question l’a quand même éclaboussé. On attendait mieux d’un Ministre de la République…Laure Adler recevra Robert Abichared, homme de grande intelligence théâtrale et de haute pensée: ce serait étonnant qu’il soit d’accord avec ce genre de mesures.  Quant à Luc Bondy, on lui souhaite bien du courage…

Philippe du Vignal

21h05 jeudi . Py accepte comme réparation Avignon! L’incendie est éteint. Qui défendra les 2 directeurs d’Avignon ? On est en pleine décadence et je soupçonne Py d’être un fameux intrigant.
Ils doivent diriger le festival alors qu’ils sont désavoués. Mitterrand doit démissionner selon moi. Il n’est pas à la hauteur de sa tâche, et Py ne sort pas grandi de cette affaire

Jacques Livchine

Les deux directeurs d’Avignon ont déjà obtenu un rallongement de leur contrat initial et Py  n’ pas pris lmeur place  quand il accepté ce lot de consolation. Peut-on le lui reprocher? Muriel Mayette est renouvelée.Mais attendons la suite de cet épisode. Ainsi finit l’un des plus mauvais spectacles de l’année.
Et Mitterrand, qui s’est déconsidéré dans cette histoire , ne démissionnera pas, il faudrait être bien naïf pour le croire, mais il  sera peut-être remplacé à la faveur d’un de ces  nombreux remaniements ministériels dont Sarkozy est coutumier.

 

Philippe du Vignal
 

 

TECHNIQUE DE L’EXIL

TECHNIQUE DE L’EXIL.Projet théâtral de Serge Tranvouez, sur des textes et chansons de Léo Ferré, conçu et réalisé par Serge Tranvouez et Stéphane Leach Serge Tranvouez.

Compagnon de Didier-Georges Gabily dans Violences et Les cercueils de Zinc entre autres, Serge Tranvouez s’était imposé en 1995 avec Le Partage de midi. Après plusieurs spectacles, notamment Jazz de Koffi Kwahulé au Lavoir moderne Parisien, il s’était beaucoup impliqué dans la pédagogie et avait monté un remarquable Gibier du temps de Gabily, avec les élèves du Conservatoire.
Cette fois, il revient lui-même sur scène pour ce “projet” qui semble totalement abouti. Il dit les textes splendides et mal connus de Léo Ferré, sur des musiques composées et accompagnées par Stéphane Leach au piano, à la guitare et sur un étrange instrument lumineux de la famille de l’orgue de Lasry-Bachet, il chante aussi ses chansons inoubliables, comme Les anarchistes et Ni Dieu ni maître. Une belle présence qui porte une trentaine de textes importants. On ne voit pas bien comment ce projet pourrait encore progresser, si ce n’est par l’accueil de structures professionnelles qui semblent de plus en plus sourdes…

Edith Rappoport

Théâtre de la Bastille

 

 

LE BONHEUR DES UNS

LE BONHEUR DES UNS mise en scène de Philippe Delaigue, d’après Working, Histoires orales du travail aux États Unis de Studs Terkel, avec le Quatuor Debussy

Arrivée en retard, nous avons manqué le meilleur monologue du spectacle qui précède un beau quatuor à cordes, perché en haut d’une structure métallique. Au pied de  laquelle cinq personnages viennent témoigner de leurs métiers, deux call-girls devenues prostituées, un fossoyeur, un chef d’entreprise, une femme au foyer…. Entre chaque témoignage, le Quatuor donne Steve Reich, Phil Glass, George Crumb… Les acteurs sont malheureusement souvent dissimulés sous les 32 lampadaires qui surplombent le plateau, et qui cachent la vue des derniers rangs de cette salle complètement pleine.
On ne comprend pas bien le dispositif ni les éclairages et le spectacle s’étire en longueur ! Bizarrement, pour les amoureux du théâtre documentaire dont je fait partie, la mayonnaise semble ratée. Nous avions  gardé un beau souvenir des Derniers jours de l’humanité de Karel Kraus, que Philippe Delaigue avait joué au Théâtre de la Bastille, il y a une quinzaine d’années, avant qu’il ne prenne la direction du CDN de Valence qu’il vient de quitter.

 

Edith Rappoport

Théâtre 71 de Malakof

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Pieds nus, traverser (Z) mon cœur

Pieds nus, traverser (z) mon cœur,  de et par Michèle GuiGon, coécriture et dramaturgie de Suzy Firth, mise en scène d’Anne Artigau.©Vincent Serreau

  Michèle Guigon voilà deux ans avait déjà créé un remarquable solo, La Vie va où... C’est la vie où elle racontait avec beaucoup d’humour et de distance,  l’épreuve , en l’occurrence un grave cancer, qui l’avait atteinte et qui  lui avait redonné le juste sens des choses et de la vie.
Elle réitère cette fois avec un autre solo qu’elle a écrit et qu’elle vient de créer à la Comédie de Caen. “ Le titre, dit-elle, s’est imposé à moi. comme si je devais traverser mon cœur , en faire la visite de fond en combles pour avancer, évoluer. car après avoir énoncé que l’artiste est transformateur, j’ai ressenti le besoin de me mettre en conformité avec l’artiste en moi, que je sens précurseur de mon humanité. Monter ma vie au niveau de mes compréhensions d’artiste. Faire se rejoindre mes idées et mes actes, ce que je suis et ce que je pense”.

  Mais le spectacle va bien au delà de cette auto-proclamation un poil prétentieuse! Elle est seule sur scène ; il y a juste une chaise et une petite table débordante de feuilles de papier qui sont tombées un peu partout sur le plateau, comme un témoignage, un passage entre l’écrit et la scène. La cinquantaine arrivée, avec une belle lucidité, elle nous dit à la fois sa joie de revivre après les rudes traitements qu’elle a subis et elle nous livre des pans entiers de sa vie mais avec beaucoup de pudeur. Dans une sorte de grand écart entre l’écriture intime (comme elle dit: écrire sur l’intime. mais, écrire c’est intime!) et l’expression de cette intimité sur  le plateau. ce qu’elle réussit parfaitement aidée par  Suzy Firth et  Anne Artigau,  ses deux amies et collaboratrices de longue date.
  Elle raconte ainsi sa soumission absolue et quotidienne  aux indispensables médicaments qui sont passés de la salle de bains… à la cuisine, les rapports qu’elle entretient avec les médecins et son kiné qui lui dit: “ Vieillir c’est encore ce que l’on a trouvé de mieux pour ne pas mourir(…).  J’ai donc pour projet de vieillir ! Je sais que ce n’est pas très à la mode. Le botox, lui, est plus à la mode!  (…) Bien, quand on est jeune, on est surtout de jeunes cons, tout le travail consiste à ne pas devenir de vieux cons.
  Et elle fait un retour sur le passé de sa famille. Comment elle a retrouvé les brouillons des lettres que sa grand-mère avait écrit mais en vain pour faire libérer son grand-père dénoncé pour faits de résistance et fusillé par le Allemands au fort de Besançon. Il avait trente trois ans et son père  treize  . Son père qui ne rêvait que de tuer du Boche mais ne l’a jamais fait, fut ouvrier puis devint contre-maître, puis ingénieur et enfin  directeur d’une usine à Strasbourg. Mais,  emporté en six mois, comme elle dit, il n’avait pas su canaliser son énergie et il  est parti à  qurante ans seulement; elle en avait onze! Comme si l’histoire familiale s’était mise à bégayer.
  Le texte est d’une belle écriture, tout à fait maîtrisée, et même si le spectacle est encore un peu brut de décoffrage, et si la mise en scène flotte encore un peu. Il faudrait sans aucun doute revoir les éclairages vraiment trop parcimonieux surtout au début et la scénographie bien conventionnelle. Il faudrait aussi que Michèle GuiGon cesse de sourire tout le temps, ce qui tourne vite  au procédé et n’a rien de  convaincant…
  A ces réserves près, ces cinquante-cinq  minutes passent très vite  et Michèle GuiGon sait constamment préserver le fragile équilibre entre écriture et interprétation personnelle et trouve encore mieux que dans son dernier spectacle,  comment passer de la pensée à l’écriture, puis, comme elle  le dit finement,  de l’intime du “je” au jeu scénique. Les monologues ou “solos”,  selon l’expression actuelle, masculins ou féminins, sont un mode désormais très répandu mais il y en a peu qui aient cette qualité d’écriture et cette densité d’interprétation…

Philippe du Vignal

 Spectacle vu à la création  en mars à la Comédie de Caen; puis au Théâtre de l’Ouest Parisien, Boulogne-Billancourt les 17 et 18 mai 2011.
Au Lucernaire, Théâtre Rouge, du 22 juin au 23 octobre à 20h du mardi au samedi, et le dimanche à 17h, à partir du 11 septembre.

Les Serments indiscrets

Les Serments indiscrets, de Marivaux, mise en scène de Anne-Marie Lazarini.

 

arton273385462.jpg          Lucile et Damis sont promis l’un à l’autre mais tous deux, attachés aux libertés du célibat, sont résolus à ne point se marier. Pourtant, à la première rencontre, chacun tombe sous le charme de l’autre. Mais pas question de se l’avouer sans risquer de perdre de sa superbe… Et de leur côté, Lisette, suivante de l’une, et Frontin, valet de l’autre, joignent leurs efforts pour séparer les deux jeunes gens et garder ainsi l’emprise qu’ils ont sur eux. C’est sur ce rien, sur ces légers plis d’orgueil, que se bâtit l’ intrigue un peu labyrinthique de la pièce qui n’est sans doute pas une des meilleures de Marivaux.
Et malheureusement la mise en scène et la scénographie n’allègent pas les choses. De longs pans de toile de plastique blanc, créant des effets de résonance pas très agréables, et le sol, aussi recouvert de plastique est parsemé de fausse grosses pierres lisses (des sculptures de David Dreiding) sur lesquelles les acteurs s’assoient parfois avec maladresse, et qui ont la particularité de s’illuminer lorsque le noir se fait, entre chaque acte, sans aucune pertinence. Sur la blancheur du décor, encore renforcée par la luminosité et la couleur crème des robes, se détache une épinette toute peinte de rouge, à laquelle les actrices viennent parfois s’asseoir munies de partitions, sans toucher jamais au clavier. La motivation profonde de tout cela reste obscure. On ne comprend pas non plus pourquoi un perroquet est soudain apporté sur scène en guise de touche finale. Et cette torpeur générale qui nous prend est accentuée aussi par le jeu des acteurs, uniforme et sans couleur. Merci toutefois à Jacques Bondoux (Orgon, père de Lucile), et à Dimitri Radochévitch (Ergaste, père de Damis), et Cédric Colas (Frontin) qui ont souvent su trouver le ton juste et surtout Frédérique Lazarini (Lisette) pour sa vitalité et son énergie comique.
Un spectacle finalement assez fastidieux…

 

Élise Blanc

 

Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 24 avril.

 

 

Pina : dansez, dansez sinon nous sommes perdus

 

Pina : dansez, dansez sinon nous sommes perdus, en 3D de  Wim Wenders

pina.jpgTout amateur du travail de Pina Bausch peut  quand même voir ce film  de Wim Wenders réalisé après  son  décès , même s’il a un aspect d’hommage posthume qui se situe à l’opposé de l’élan vital incarné par la compagnie depuis sa création.
La 3D qui donne une dimension jusque là méconnue au travail chorégraphique, le spectateur a la sensation de se trouver  au milieu des danseurs qui dansent «  Le Sacre du printemps », « Café Müller », «  Konthakhof » ou « Vollmond ». Et on découvrira Wüppertal, qui nous transporte dans la vie de la compagnie. Loin d’un certaine agitation parisienne qui l’accueillait  à chaque venue au Théâtre de la Ville celle ci, il faut avoir vu cette troupe dans cette  ville d’Allemagne pour y découvrir une partie de son âme.Les rêves dansants remarquable témoignage sur la transmission d’une chorégraphie nous transportait déjà dans cet univers (voir Théâtre du blog  du 28/10/2010).

Que dire sur Pina Bausch ? Tout a été dit et écrit. Que retenir  d’autre que les larmes qu’ entraînent les images de ses spectacles sur le visage de  femmes et d’hommes du monde entier. Comme en a si bien témoigné le cinéaste Pedro Almodovar dans le film presque prémonitoire  Parle avec elle .

Jean Couturier

 

 

Pina, dansez, dansez, sinon nous sommes tous perdus : en salle dans toute la France.
Les rêves dansants  d’Anne Linsel et Rainer Hoffman et  Parle avec elle  de Pedro Almodovar  édités en DVD.

L’Opéra de quat’sous

 L’Opéra de quat’sous, de Bertold Brecht, mise en scène de Laurent Pelly, traduction de Jean-Claude Hennery, musique de Kurt Weill, basé sur la traduction de L’Opéra des gueux de John Gay.


opera4s.jpg Il fut créé en 1928 à Berlin,avec, entre autres, Lotte Lenya, l’épouse de Kurt Weill, et Kurt Gerron, dans une  mise en scène d’Erich Engel. Ce fut un succès européen: en cinq ans, il a été  joué plus de 10.000 fois et traduit en 18 langues! Gaston Baty le mit en scène  en 1930 au Théâtre Montparnasse, et l’opéra fut ensuite  monté  à Broadway en 1933.
Pabst en tira un film avec Lotte Lenya  et, un autre dans une version française,  avec  Margo Lion , Albert Préjean, Florelle et… Antonin Artaud dont un parent était producteur de cinéma.Si Brecht participa  au scénario, il renia  le film…

Cela se passe dans le quartier de Soho à Londres pendant une guerre que se livrent deux gangs: celui de Jonathan Peachum, qui a ouvert une école payante pour former des mendiants efficaces et celui d’un  criminel, Mackie, à la fois tueur à gages, cambrioleur d’envergure , maquereau et grand séducteur,   inspiré du personnage de L’Opéra des gueux de John Gay et de l’histoire de Jack l’Eventreur. Mackie a, en présence de sa bande, mais en cachette, épousé  Polly, la fille  des Peachum  qui, eux, n’acceptent  pas ce mariage, et qui vont mener contre lui une  lutte  impitoyable, en allant acheter les putains d’un bordel pour qu’elles le dénoncent , et « persuader »  Brown, le chef de la police-pourtant  grand ami d’enfance de  Mackie- grâce à un beau chantage:  Peachum menace en effet  de troubler les fêtes du couronnement en faisant défiler ses nombreux  mendiants atteints de maladies répugnantes.
Mackie  sent le danger et quitte donc le domicile conjugal mais il sera quand même  arrêté,  grâce à Jenny , une putain de bordel qui est  jalouse et qui se venge de Polly, que ne supporte pas non plus Lucy, la fille de Brown, que Mackie avait aussi déjà épousée .Il  s’évade, mais, vite repris, est  emprisonné et condamné à mort. Faute d’avoir pu réunir la somme nécessaire pour soudoyer les policiers….

Mais  Brown, quelques minutes avant la pendaison de Macheath qui a déjà la corde au cou, est intervenu , et un  messager de la Reine, comme dans les contes du Moyen-Age, vient  annoncer que Mackie a  été gracié par la reine, et même anobli avec une rente à vie…
Cette œuvre majeure de Brecht  surtout connue pour sa musique et, notamment  par la célèbre complainte de Mackie et devenue un célèbre standard de jazz est peu montée à cause de l’importante distribution qu’elle demande et de la difficulté pour les comédiens à chanter la musique de Kurt Weill. Laurent Pelly s’en est emparé  avec tout le savoir-faire qu’on lui connaît mais le résultat est des plus décevants. Sans craindre un stéréotype très à la mode, et sans doute pour appliquer  à la lettre la fameuse distanciation brechtienne, Laurent Pelly a imaginé de faire du théâtre dans le théâtre en laissant la scène nue et en faisant placer à vue- ce qui accentue encore la lenteur du rythme- des éléments de décor ni très beaux ni très efficaces, mais singulièrement encombrants ( un coup de chapeau aux accessoiristes  qui  les placent et replacent en vitesse!) à une époque que l’on peut situer dans les années cinquante, mais comme les flics ont des des gilets pare-balles, et des téléphones portables, on ne sait plus trop…
Bref, tout cela reste  approximatif. Par ailleurs, les comédiens font de leur mieux- qui est souvent l’ennemi du bien- mais  peinent  à s’en sortir  quand il s’agit de chanter les fameux songs  qui sont ici plus souvent criés que vraiment chantés, et le plus souvent couverts par un orchestre imposant de treize musiciens, dans une balance mal maîtrisée.
Tout se passe comme si l »interprétation semblait avoir été reléguée au second rang des préoccupations de Laurent Pelly: diction approximative,  surjeu, manque de crédibilité des personnages.  Comment croire vraiment à ce Makie/Thierry Hancisse,  au demeurant excellent comédien? Les actrices s’en sortent mieux, en particulier, Véronique Vella qui crée une  remarquable épouse Peachum; Marie-Sophie Ferdane en Lucy et Sylvia Bergé en Jenny sont aussi très bien.
Le spectacle  est un peu lourd, très  bon chic bon genre, et ronronne : on ne sent aucun parti pris, et il n’y a guère d’humour. On n’est  ni dans l’expressionnisme ni dans le réalisme, et il faut se pincer pour croire à ces putains de bordel pas très bien costumées,  comme le reste de la distribution, par le metteur en scène lui-même…  Bref, l’ensemble, où, heureusement les scènes de groupe sont bien maîtrisées, souffre surtout d’un manque de  direction d’acteurs.

Alors à voir? Non pas vraiment! Le spectacle traîne en longueur, sauf dans la seconde partie, plus rondement menée, plus lisible aussi mais Brecht n’aurait sûrement pas été d’accord avec cette  mise en scène …


Philippe du Vignal

Comédie-Française, salle Richelieu ( en alternance)

Les Cordonniers

Les Cordonniers  de Tadeusz Kantor, ouvrage collectif édité en polonais et en français sous la direction de Karolina Czerska.

 

Comme le dit Kantor lui-même (1915-1990), Les Cordonniers de Witkiewciz est la cinquième des pièces  qu’il créa après  Le Retour d’Ulysse, La Poule d’eau, Les Mignons et les Guenons, Le Fou et la nonne).  Autant d’étapes successives  dans le développement de ses idées théâtrales depuis Cricot 2 qu’il avait fondé en 1955 à Cracovie.
Les Cordonniers , c’est à la fois une pièce politique  où Witkiewicz (qui était né en 1885 et qui s’est suicidé en 39 quand les troupes soviétiques envahirent son pays) mêle , dans un joyeux fourre-tout, opinions philosophiques, érotisme et cruauté. L’auteur poloniais qui fut aussi peintre, a construit toute une œuvre théâtrale (quelque trente pièces jamais jouées de son vivant) sans aucun préjugé artistique, et  Kantor s’en est servi plutôt qu’il ne l’a réellement mise en scène:  » Je ne joue pas Witkiewicz, je joue avec Wikiewicz », disait-t-il.

Kantor était déjà un peu connu en France où il était venu avec La Poule d’eau d’abord au Festival de Nancy en 71, puis la même année au Théâtre de Malakoff, invité par Guy Kayat qui le réinvitera en 1972, pour y  créer Les Cordonniers , avec ses acteurs  dont les frères jumeaux Janicki, sa femme Maria Stangret, et des comédiens français : Michelle Oppenot , Claude Merlin, Paule Annen.
Kantor avait quelque peu modifié le texte en ajoutant des personnages qui deviendront des figures caractéristiques de son théâtre comme un général, un évèque et un ministre.
Il trouvait  sa mise en scène excellente mais la vérité oblige à dire qu’elle  n’était pas de la qualité de celle de La Poule d’eau: manque de clarté, manque d’unité dans le jeu ,et pièce assez complexe.. Le spectacle avait donc été  fraîchement accueilli par les quelques  critiques qui avaient bien voulu se déplacer.
On était sorti assez déçu, surtout après le coup de tonnerre magistral qu’avait été La Poule d’eau qui rénovait complètement les principes théâtraux et se situait plutôt dans la lignée des happenings et performances en vigueur dans les milieux avant-gardistes parisiens, et surtout américains et et polonais.
Probablement, à cause d’une salle  mal et peu éclairée , où l’on n’entendait pas bien  les paroles des comédiens. Et Kantor n’avait pas son équipe habituelle, ce qui est toujours un handicap pour un metteur en scène; assez furieux devant ce semi-échec, il avait toujours pris soin d’ effacer ces Cordonniers  de la liste de ses créations…
 Le livre, publié à la fois en polonais et en français, qui a sans  doute représenté un gros travail, constitue cependant un bon témoignage de ce que pouvait être le théâtre de recherche de l’époque, avec le texte de la pièce, des articles de Leslaw et Waclaw Janicki, d’André Gintzburger, de Bertrand Poirot-Delpech, Claude Merlin. et une importante iconographie, dessins de Kantor et photos.Bref, toute une époque qui appartient déjà à l’histoire du théâtre contemporain. qui s’est construit aussi grâce des mises en scène pas totalement abouties comme celle-ci.
Vous pouvez voir ci-dessous un extrait d’un petit spectacle Où sont les neiges d’antan? qu’il avait présenté au centre Pompidou et où on entend les commentaires  de Kantor  avec sa belle voix rocailleuse  et dans un français parfait.

Philippe du Vignal

Cet ouvrage  a été édité par la Cricoteka de Cracovie,lieu de conservation  d’une richesse exceptionnelle, puisqu’il  rassemble tous  les éléments de décor, accessoires, et documents du Théâtre Cricot de Tadeusz Kantor….Il  fera l’objet d’une deuxième édition plus complète.

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