Le Moche Le Chien, la nuit et le couteau

Le Moche, et Le Chien, la nuit et le couteau, dyptique de Marius von Mayenburg, mis en scène de Jacques Osinski.

     lemoche.jpgJacques Osinski met en scène un diptyque, deux pièces de Marius von Mayenburg, dramaturge et auteur associé à Thomas Ostermeier à la Schaubühne, bastion berlinois de la scène internationale. Mayenburg est un auteur plutôt « tendance », en prise directe avec le mal radical, la violence et la déshumanisation de nos sociétés repues, artificiellement gonflées et satisfaites, dans lesquelles les hommes sont à la fois individualisés à l’extrême, et paradoxalement  banalisés et standardisés tout autant. Être ou ne pas être, la question existentielle shakespearienne est d’actualité, toujours et encore. Le Moche fait état d’un homme dans une entreprise qui,  brillant concepteur et inventeur, n’en est pas moins rejeté et marginalisé parce qu’il serait trop laid. Il n’est pas beau en quelque sorte, une appréciation discutable en soi, surtout quand Jérôme Kircher joue le rôle, acteur séduisant et attachant qu’on aime retrouver .  Un collaborateur inférieur dans la hiérarchie est choisi à sa place, qui, du coup, doit être évalué comme superman – Alexandre Steiger qui le joue avec beaucoup d’humour. Heureusement, la chirurgie esthétique existe et c’est Frédéric Cherboeuf qui fait le magicien des corps – il interprète également le supérieur de Lette (Le Moche), qui a refusé la promotion personnelle de l’inventeur pour représenter l’entreprise et la « vendre » bien. Le sourire naît à la vue de ces jeux de rôle et de chaises musicales …Tout n’est qu’affaire d’apparence.   La femme de Lette (Delphine Cogniard) est adorable à souhait : «  Autrefois, avant de te rencontrer, je n’aurais jamais pensé qu’un jour, j’aurais un mari aussi moche, mais maintenant je ne le remarque plus … J’aime tout de toi, à part ça, j’aime par exemple ta façon de parler.» La même comédienne joue la directrice d’une grande entreprise, nymphomane et mythomane affublée d’un fils qu’elle castre symboliquement sans cesse.
Tous les personnages sont interchangeables, et chacun décide d’agir à la façon de Lette : se « refaire » un visage si bien que tous se ressemblent avec le temps… Mais où est l’âme, le souffle et la vie de l’être singulier et unique ? Une réflexion ludique en forme de comédie amère.
La mise en scène d’Osinski s’amuse des apparences et des situations dont elle révèle les clins d’œil et la critique acerbe. Les comédiens participent avec subtilité à ce jeu de cache-cache, avec sourires, rires, boutades et réparties, mouvements enjoués. Le plaisir du plateau – le théâtre qui se partage – se vérifie à chaque instant pour le spectateur ébloui.
Quant à la seconde pièce, Le Chien, la nuit et le couteau, elle est beaucoup plus sombre, une féerie noire, un conte fantastique cruel et kafkaïen. Un pauvre bougre , seul , se parle à lui-même dans les rues anonymes et perdues d’un mauvais rêve énigmatique, (Denis Lavant excellent et contrôlé). Il rencontre un homme (Frédéric Cherboeuf), suivi d’un chien qu’on ne voit pas. On devine que la faim rôde et l’homme au chien tient un couteau dont le promeneur se saisira avant de le retourner contre son propriétaire à la première agression, même s’il est lui-même touché : « Il ne voulait pas tuer… »
Cette situation va se décliner plusieurs fois dans la pièce, avec une femme et sa sœur que joue la même comédienne (Gretel Delattre) et d’autres figures étranges – une infirmière, un geôlier …- que le promeneur rencontrera, derrière des rideaux, à l’orée d’une porte et dans l’ombre et les ténèbres qui envahissent tout.
La direction d’acteurs  est encore excellente , mais la dramaturgie de ce second volet plus discutable est en effet simpliste, avec l’image macabre de l’agression au couteau qui se répète à l’infini. Les hommes sont des loups pour l’homme – on le savait -, et ce songe de Mayenburg, bien que travaillé, tourne un peu sur lui-même.

Véronique Hotte


Du 28 avril au 22 mai 2011 au Théâtre du Rond-Point.
Le Moche
à 18h30, et  le dimanche 15h30 et Le Chien, la nuit et le couteau à 21h, et le dimanche à 18h30.


Archive pour 1 mai, 2011

Le Moche Le Chien, la nuit et le couteau

Le Moche, et Le Chien, la nuit et le couteau, dyptique de Marius von Mayenburg, mis en scène de Jacques Osinski.

     lemoche.jpgJacques Osinski met en scène un diptyque, deux pièces de Marius von Mayenburg, dramaturge et auteur associé à Thomas Ostermeier à la Schaubühne, bastion berlinois de la scène internationale. Mayenburg est un auteur plutôt « tendance », en prise directe avec le mal radical, la violence et la déshumanisation de nos sociétés repues, artificiellement gonflées et satisfaites, dans lesquelles les hommes sont à la fois individualisés à l’extrême, et paradoxalement  banalisés et standardisés tout autant. Être ou ne pas être, la question existentielle shakespearienne est d’actualité, toujours et encore. Le Moche fait état d’un homme dans une entreprise qui,  brillant concepteur et inventeur, n’en est pas moins rejeté et marginalisé parce qu’il serait trop laid. Il n’est pas beau en quelque sorte, une appréciation discutable en soi, surtout quand Jérôme Kircher joue le rôle, acteur séduisant et attachant qu’on aime retrouver .  Un collaborateur inférieur dans la hiérarchie est choisi à sa place, qui, du coup, doit être évalué comme superman – Alexandre Steiger qui le joue avec beaucoup d’humour. Heureusement, la chirurgie esthétique existe et c’est Frédéric Cherboeuf qui fait le magicien des corps – il interprète également le supérieur de Lette (Le Moche), qui a refusé la promotion personnelle de l’inventeur pour représenter l’entreprise et la « vendre » bien. Le sourire naît à la vue de ces jeux de rôle et de chaises musicales …Tout n’est qu’affaire d’apparence.   La femme de Lette (Delphine Cogniard) est adorable à souhait : «  Autrefois, avant de te rencontrer, je n’aurais jamais pensé qu’un jour, j’aurais un mari aussi moche, mais maintenant je ne le remarque plus … J’aime tout de toi, à part ça, j’aime par exemple ta façon de parler.» La même comédienne joue la directrice d’une grande entreprise, nymphomane et mythomane affublée d’un fils qu’elle castre symboliquement sans cesse.
Tous les personnages sont interchangeables, et chacun décide d’agir à la façon de Lette : se « refaire » un visage si bien que tous se ressemblent avec le temps… Mais où est l’âme, le souffle et la vie de l’être singulier et unique ? Une réflexion ludique en forme de comédie amère.
La mise en scène d’Osinski s’amuse des apparences et des situations dont elle révèle les clins d’œil et la critique acerbe. Les comédiens participent avec subtilité à ce jeu de cache-cache, avec sourires, rires, boutades et réparties, mouvements enjoués. Le plaisir du plateau – le théâtre qui se partage – se vérifie à chaque instant pour le spectateur ébloui.
Quant à la seconde pièce, Le Chien, la nuit et le couteau, elle est beaucoup plus sombre, une féerie noire, un conte fantastique cruel et kafkaïen. Un pauvre bougre , seul , se parle à lui-même dans les rues anonymes et perdues d’un mauvais rêve énigmatique, (Denis Lavant excellent et contrôlé). Il rencontre un homme (Frédéric Cherboeuf), suivi d’un chien qu’on ne voit pas. On devine que la faim rôde et l’homme au chien tient un couteau dont le promeneur se saisira avant de le retourner contre son propriétaire à la première agression, même s’il est lui-même touché : « Il ne voulait pas tuer… »
Cette situation va se décliner plusieurs fois dans la pièce, avec une femme et sa sœur que joue la même comédienne (Gretel Delattre) et d’autres figures étranges – une infirmière, un geôlier …- que le promeneur rencontrera, derrière des rideaux, à l’orée d’une porte et dans l’ombre et les ténèbres qui envahissent tout.
La direction d’acteurs  est encore excellente , mais la dramaturgie de ce second volet plus discutable est en effet simpliste, avec l’image macabre de l’agression au couteau qui se répète à l’infini. Les hommes sont des loups pour l’homme – on le savait -, et ce songe de Mayenburg, bien que travaillé, tourne un peu sur lui-même.

Véronique Hotte


Du 28 avril au 22 mai 2011 au Théâtre du Rond-Point.
Le Moche
à 18h30, et  le dimanche 15h30 et Le Chien, la nuit et le couteau à 21h, et le dimanche à 18h30.

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