La femme du boulanger

La Femme du boulanger de Marcel Pagnol, mise en scène de Pierre Antoine Lafon Simard

635375.jpgLa Femme du boulanger présentée au  Théâtre de l’île à Gatineau, Québec,  est  inspirée d’un récit de Jean Giono, filmée et ensuite  adaptée à la scène par Marcel  Pagnol qui se situe en Provence. Comme  Jean de Florette ou  Manon des Sources, la femme du boulanger  est un de ces personnages « troubles » qui rompt avec les conventions du milieu rural, qui arrive de l’extérieur pour semer la zizanie dans la communauté de ce  petit monde campagnard  où les liens affectifs  sont étroits, où les gens se méfient des étrangers et où la cruauté se manifeste autant que la générosité
Aimable Castanier, le nouveau boulanger du village suscite l’envie de tous les hommes. Sa jeune et belle épouse Aurélie fait rêver maris et célibataires. Le jour où le berger Dominique  jette un regard sur la jeune femme , c’est un coup de foudre partagé. Aimable  est tellement aveugle  qu’il n’entend même pas les commérages, tant et si bien qu’il ne comprend pas pourquoi  un jour, sa femme  ne rentre pas.   Lorsqu’il apprend qu’elle est partie avec Dominique, au sourire naïf et au regard un peu « simple »  Aimable tellement  bouleversé, refuse alors d’ allumer son four.  Il n’y aura plus de pain au village.  C’est la catastrophe!
Paniqués, les villageois  s’organisent pour retrouver Aurélie.  Ce n’est pas la trahison de la femme  qui les inquiète, ni les considérations morales sur l’adultère. La fugue de la jeune femme  les amuse plutôt. Non, ils sont bouleversés uniquement parce qu’ils n’auront plus leur pain quotidien, chose incompréhensible pour un Canadien …
L’œuvre commence comme une satire plutôt gentille de la vie rurale, mais devient une dénonciation assez amère de la cruauté des hommes  marqués par des traditions ancestrales.  Et même si la recherche  de la jeune femme aboutit à la réconciliation entre les habitants souvent empêtrés dans de vieux  conflits, familiaux,  Pagnol ne pardonne pas la manière dont les villageois semblent indifférents aux souffrances du mari trompé. .  Jean-Pierre Beauquier  incarne parfaitement le désespoir du  boulanger qui a perdu son épouse adorée.  Son corps courbé, ses yeux cernés, son regard un peu fuyant traduisent sa douleur avec beaucoup de discrétion,  et   l’acteur .évite  le mélodrame ou la sensiblerie exagérée.  André St Onge, (Antonin le voisin  bûcheron),  robuste  et près de la terre,  incarne l’esprit de cette  population, enracinée dans son territoire, accaparée par ses besoins les plus primaires,  ses bêtes, ses femmes et les petits conflits avec le voisinage. Le curé (Patrick Potvin), est le type même du petit hypocrite, et  Pagnol nous en fait un portrait détestable et caricatural.   Jean-Yves Mathé joue très bien le petit pêcheur qui décrit au ralenti (au grand énervement de tout le monde)  comment il a découvert  Aurélie toute nue dans les bois!  Tableau « pastoral »  qui porte le  coup de grâce au pauvre mari.    Le  metteur en scène Pierre-Antoine Lafon- Simard  montre qu’il sait  diriger ses seize comédiens sur  le petit espace du Théâtre de l’Ile.  Il a fait ressortir les moments de confrontation collective ainsi que  les  mouvements d’émotion  intime avec beaucoup de  finesse, en valorisant un jeu  plus corporel que psychologique. Sans doute inspiré autant par le cinéma que par la scène, quand il  fait bouger toute cette merveilleuse-et détestable- communauté.
Dans les premières scènes,  il y  a un excès d’orchestration physique qui écrase les émotions et  transforme les personnages en marionnettes ,à tel point qu’ils sont un peu noyés dans la chorégraphie. Le metteur en scène a sans doute choisi cette manière de faire pour  mettre en évidence la contraste entre le début un peu comique de la pièce et le drame qui va  éclater au  deuxième acte. Mais  en tout cas,  l’esthétique de son  travail est  claire, et  ce jeune homme  ira certainement  loin.

La question de la  langue a dû poser certains problèmes au départ ,puisque l’équipe de création n’a pas  modifié le texte  pour l’adapter au contexte québécois. Le parler  français de Provence, avec ses rythmes, sa syntaxe, son accent, s’inscrit clairement dans ces dialogues écrits.  D’autres références culturelles françaises persistent mais le metteur en scène  a maintenu les accents locaux, français et québécois et cette manière de parler représente bien la  hiérarchie sociale d’un pays  rural , québécois ou non. Choix judicieux qui fonctionne pour le public d’ici. La scénographie, composée d’un panneau pliant en trois parties, parait souvent   encombrante. Elle a  au moins, le mérite de faciliter les multiples  changements de décor.
Cette Femme du boulanger est un excellent divertissement mais aussi une observation méticuleuse de toutes les passions humaines d’une  microsociété . Comme Michel Tremblay, Pagnol adore et déteste ses personnages mais cette ambivalence lui permet de mettre en scène la substance humaine et dramatique de cette  œuvre que Lafon-Simard a réussi à bien capter.

Alvina Ruprecht  

La Femme du boulanger,jusqu’au 18 juin au Théâtre de l’Ile, à 20h00.  T:  819-595-7455



Archive pour 19 mai, 2011

La présentation de saison 2011-2012 du théâtre National de Chaillot

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La saison 2011-2012 du théâtre National de Chaillot

 

    La présentation de la future saison du théâtre National de Chaillot s’est effectuée comme chaque année par une traduction simultanée en langue des signes. Mais c’est avec quatre cygnes et deux danseuses que la soirée a débuté.
Première sortie pour ces oiseaux qui ont nourri l’imaginaire de la danse depuis Tchaïkovski. Ils retrouveront la salle Jean Vilar lorsque Luc Petton présentera son spectacle « Swan » en juin pour six représentations seulement ! Comme pour le festival d’Avignon, les directeurs de structures aiment créer le besoin chez les spectateurs et ainsi en frustrer beaucoup d’autres ! 
Les coûts individuels importants de chaque représentation peuvent expliquer ces courtes durées.
Didier Deschamps, le futur directeur est intervenu seulement en fin de présentation, (il succède à Dominique Hervieu à la direction en 2012), et il a souligné au contraire son désir d’intensifier des séries plus longues de représentations et de développer des résidences d’artistes. Il a fait référence aux maîtres du passé, Jean Vilar, Antoine Vitez et Maurice Béjart, et a confirmé la poursuite du partenariat avec le centre national de la Danse et une nouvelle collaboration avec « les Etés de la danse », un festival qui accueillera en septembre Michael Baryshnikov.
Quant à José Montalvo reste , lui,  à la direction artistique du théâtre. Pour sa dernière saison, Dominique Hervieu invite les grandes figures de la danse contemporaine. Trisha Brown, qui, à 75 ans, présente « Quatre pièces » mêlant trois reprises et une création. Rosalba Torres Guerrero, du collectif des ballets C de B d’Alain Platel propose un solo, puis Koen Augustijnen du même collectif jouera avec ses danseurs « Au-delà » en avril 2012 (le visuel de cette création sert à la couverture de la plaquette de présentation de saison).
The Forsythe Compagny présente en décembre deux reprises et une création de William Forsythe. Marion Levy avec « Dans le ventre du loup » crée en janvier une histoire dansée des trois petits cochons. Russel Maliphant, chorégraphe néoclassique anglais, offre un ballet inspiré par les sculptures d’Auguste Rodin. Il faut citer aussi Hervé Robbe, Carolyn Carlson et Thomas Lebrun qui complètent cette saison, et Dominique Hervieu et José Montalvo pour la reprise d’ Orphée . Enfin, en avril,  Jean-Claude Gallotta donnera sa version personnelle du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky.
Dans le domaine du théâtre, retour de Wajdi Mouawad, Krzysztof Warlikowski et Vincent Macaigne dont le Hamlet se jouera cet été au Festival d’Avignon. Cette présentation de saison s’est achevée par une pantomine finale un peu trop programmée (!)  : chaque spectateur avait reçu un mouchoir en papier pour faire un dernier geste d’ « au revoir » à Dominique Hervieu qui dansait sur le plateau avec sa troupe…

 

Jean Couturier         ​

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